*245 - L’injonction au récit de soi : un nouvel usage normatif de l’autonomie des individus

En l'absence de dépôt de l'auteur, voici le projet déposé avant expertise.

 

Larroque Christine

ISFEC , ICT

 

Bernet Olivier

CERS-LISST, UTM

 

Suchon Sandrine

ISFEC, ICT

 

Mot-clés: Récit , injonction biographique , formation

 

Le discours sur soi dans sa forme la plus aboutie – le récit biographique- nous renseigne sur l’affaiblissement de nos grandes institutions de socialisation. Très visible dans les années 1980 dans le travail social, la volonté de se rapprocher des publics, de les faire parler, s’est présentée comme une opportunité pour entrevoir les modalités d’un encadrement de l’autonomie des individus. Cette réponse à la crise des institutions s’est appuyée sur un déplacement des frontières de l’intime et du social, du public et du privé. Sur plus 20 ans, nous avons assisté à la transformation des biographies individuelles en parcours sociaux. Les conséquences sur l’ensemble de nos institutions de travail, de solidarité et de formation sont importantes puisqu’elles introduisent l’idée que l’individu devient l’acteur principal d’un parcours institutionnel, d’une trajectoire sociale où sont mises en avant ses capacités à intérioriser l’institution. Nous avançons vers une dialectique de soi à soi qui dessine les contours d’une responsabilité individuelle à tout moment et en tout lieu. Le champ de la formation adulte est le terrain que nous avons choisi pour analyser le récit sur soi. La place et du rôle de ce type d’écrit en formation est au centre de nos préoccupations parce que c’est souvent à travers lui que se configurent les choix de formations et les trajectoires professionnelles. Nous sommes nous-mêmes en formation de formateurs ce qui justifie notre intention de nous positionner en praticiens réflexifs. Ecrire sur ce qui se trame dans le passage à l’écrit professionnel est moteur de professionnalisation dans le repositionnement qui s’opère dans la construction d’une identité de formateur de formateurs. Nous intervenons dans différents dispositifs tels que la R.A.E.P , l’I.P.F du Diplôme de formateurs ou le repositionnement mi-carrière ; c’est à ce titre que nous accompagnons le récit sur soi dans différents moments de la trajectoire professionnelle. A partir d’un corpus de 56 dossiers R.A.E.P encadrés en 2012 et de l’animation de stages, nous nous questionnerons sur les effets d’une forme d’injonction biographique omniprésente dans le champ de la formation et du social. Ensuite, nous tenterons de dégager les principaux enjeux d’une écriture sur soi entre singularité et intériorisation du métier. Enfin, nous examinerons les conditions qui peuvent subvertir les limites du récit sur soi et même favoriser sa portée émancipatrice dans la construction des identités professionnelles.

 

Références :

-Astier, I, Duvoux, N, (2011). La société biographique : une injonction à vivre dignement, Paris, L’harmattan -Dubet, F (2002). Le déclin de l’institution, Paris, Seuil -Niewiadomski, C (2012).Recherche biographique et clinique narrative-entendre et écouter le sujet contemporain, Ramonville Saint Agne, Erès.