244 - Intervenir sur les stratégies d’écriture pour amener des élèves franco-canadiens à produire un récit imaginaire cohérent

Martine Cavanagh

Université de l’Alberta, Canada

                                                                                                                            

Sylvie Blain

Université de Moncton, Canada

 

Mots clés : Séquence didactique, Types de texte, Texte narratif, Stratégies d’écriture, Cohérence textuelle.

 

Selon le programme d’études pour l’enseignement du français écrit, les élèves franco-canadiens scolarisés dans les provinces hors Québec doivent apprendre à rédiger divers types de texte en s’appuyant sur des stratégies efficaces (Alberta Learning, 1998; Ministère de l’éducation du Nouveau-Brunswick, 2006). Au primaire, l’apprentissage du texte narratif est un objectif prioritaire. Or, malgré cet affichage officiel, les élèves éprouvent de grandes difficultés à composer des récits cohérents (CMEC, 2004; Cavanagh, 2001; Cavanagh, 2007a). Les causes de ces difficultés sont nombreuses, mais nous en retenons deux d'ordre pédagogique qui nous paraissent jouer un rôle important : d'une part les enseignants ont tendance à privilégier la grammaire de la phrase au détriment de la grammaire du texte (Carter et Thomas, 2000). D’autre part, leur pédagogie semble être davantage orientée vers le produit final plutôt que vers la démarche intellectuelle qui sous-tend la production d’un texte de qualité (Cormier 2005).

Face à ce constat, et dans la continuité des travaux nord-américains (Graham, 2006) qui ont démontré l'efficacité de l'enseignement explicite de stratégies d’écriture sur la qualité des textes produits par les élèves, nous avons entrepris d’étudier, dans le cadre d’une recherche longitudinale étalée sur deux ans, l’effet de deux séquences didactiques sur le texte narratif. Ces séquences didactique ont été élaborées à partir des principes (Tauveron 199; Cavanagh, 2010) s’inscrivant dans les paradigmes cognitiviste et socio-constructiviste de l’apprentissage de l’écriture. Conformément à ces principes, la première séquence, expérimentée lors de la première année de la recherche auprès d’élèves de la 4e année[1] du primaire, vise l’apprentissage de stratégies d’écriture lors de la production d’un récit imaginaire (Cavanagh, 2007b). La deuxième séquence, mise en œuvre l’année suivante auprès des mêmes élèves, aborde les stratégies d’écriture dans le cadre de la rédaction d’un récit réaliste.

Plus spécifiquement, à l’aide d’une méthodologie mixte qui emprunte des types d’analyse aux méthodes quantitative et qualitative (Johnson et Turner, 2003), nous cherchons à vérifier l’effet des deux séquences sur la cohérence textuelle (volet quantitatif) et sur la façon dont des élèves de niveaux d’habileté variés en écriture s’approprient les stratégies enseignées (volet qualitatif). Étant donné que nous souhaitons également déterminer l’effet du contexte linguistique sur la performance des élèves, l’échantillon retenu est composé de 200 élèves francophones répartis dans deux provinces canadiennes différentes : l’Alberta, une province anglophone unilingue, et le Nouveau-Brunswick, une province officiellement bilingue.

Lors de cette communication, nous présenterons les résultats en lien avec le volet quantitatif de la recherche en ciblant plus particulièrement ceux qui ont été obtenus lors de la première année de la recherche par les élèves de la 4e année provenant de l’Alberta. Trois dimensions de la cohérence textuelle seront examinées : la cohérence macrostructurelle qui renvoie à l’organisation d’ensemble du texte, la cohérence microstructurelle qui réfère à l’enchaînement des phrases et la cohérence situationnelle qui est liée à la pertinence des idées du point de vue de la situation d’écriture. Il convient de noter que la variable effet-maître (Bressoux, 2001) sera prise en compte au moment de l’interprétation des résultats qui seront nuancés à la lumière des limites méthodologiques. 

 

Références bibliographiques          

Alberta Learning (1998). Programme d’études de français - langue maternelle. Edmonton : Alberta Resources Branch.

Blain, S. (2001). Study of Verbal Peer Feedback on The Improvement of the Quality of Writing and the Transfer of Knowledge in Francophone Student in Grade 4 Living in a Minority Situation in Canada. Language, Culture and Curriculum. 14(2), 156-170.

Bressoux, P. (2001). Réflexions sur l’effet-maître et l’étude des pratiques enseignantes. Les dossiers des Sciences de l’Éducation.

Carter-Thomas, S. (2000). La cohérence textuelle. Pour une nouvelle pédagogie de l’écrit. Paris : L’Harmattan.

Cavanagh, M. (2007a). Profil scriptural d’élèves franco-albertains du primaire en vue de l’implantation d’un programme d’intervention en écriture. Revue canadienne de l’éducation/Canadian Journal of  Education, 30(3), 691-724.

Cavanagh, M. (2007b). Stratégies pour écrire un récit imaginaire. Montréal : Chenelière Éducation    collection « Didactique ».

Cavanagh, M. (2010). Élaborer une séquence didactique à l’écrit : selon quels principes théoriques? Enjeux, 77, 83-110.

Conseil des Ministres de l’Éducation du Canada/CMEC (2004). Résultats pancanadiens des élèves francophones en milieu minoritaire au Programme d’indicateurs du rendement scolaire (PIRS), Rapport analytique, Toronto, CMEC.

Cormier, M. (2005). La pédagogie en milieu minoritaire francophone : une recension des écrits, Ontario, FCEE.

Graham, S. (2006). Strategy Instruction and the Teaching of Writing: A Meta-analysis, in C.A. MacArthur, S. Graham &  J. Fitzgerald (eds.), Handbook of Writing Research, New York, Guilford Press, 187-207.

Johnson, B. et Turner, L. A. (2003). Data collection strategies in mixed methods research. In A. Tashakkori et C. Teddlie (dir.), Handbook of mixed methods in social and behavioral research (p. 297-319). Thousand Oakes, California : Sage Publications.

Ministère de l'Éducation du Nouveau-Brunswick (2006). Programme de français au

primaire. De la maternelle à la 8e année. Fredericton : Gouvernement du Nouveau-Brunswick.

 

Tauveron, C. (1995). Le personnage. Une clef pour la didactique du récit à l’école élémentaire. Neuchâtel-Paris : Delachaux et Niestlé.

 


[1] Les élèves de la 4e année du primaire sont âgés de 10 à 11 ans.