235 - Evolution des prescriptions des formations

Bernard FRAYSSE,

ENFA Toulouse, France

 

Thérèse LÉVENÉ,

TRIGONE-CIREL Université Lille1, France

 

Raquel BECERRIL-ORTEGA,

TRIGONE-CIREL Université Lille1, France

 

Guillaume GILLET,

ENFA Toulouse, France

 

Mots clés: Prescription, parcours des acteurs, formation, travail

 

Ce symposium proposé par des chercheurs de « culture différente » souhaite faire dialoguer tant des problématiques distinctes mobilisant des cadres conceptuels spécifiques que des méthodologies, qualitatives et quantitatives, qui s’y appuient. Ainsi notre approche souhaite explorer les liens possibles et mettre en dialogue la sociologie, la psychosociologie et les didactiques afin d’analyser les prescriptions dans les institutions de formation et professionnelles.

La psychologie ergonomique, science qui étudie les sujets humains au travail (Hoc, 1991), aide à comprendre comment les professionnels s’appuient sur la prescription du travail pour définir leur propre conception de la tâche à réaliser. La question de la prescription est donc abordée à la suite des perspectives ouvertes par l’ergonomie et l’analyse de l’activité professionnelle (Leplat, 1980, 1997). Pour ce qui est du travail enseignant « la prescription regroupe tout ce que l’institution scolaire définit et communique au professeur pour l’aider à concevoir, à organiser et à réaliser son travail.  En France, cette prescription prend trois formes principales, complémentaires et interdépendantes : la publication d’instructions et de programmes d’enseignement qui définissent en amont les attentes de l’institution scolaire ; l’évaluation du travail des enseignants par les corps d’inspection, réalisée au cours de leur activité ; l’évaluation des performances scolaires des élèves qui définit ce qui est attendu à l’issue de l’activité professionnelle des maîtres (Goigoux, 2002). Cet auteur distingue « la prescription primaire » de la prescription secondaire » émanant des instituts de formation professionnelle et élaborée et diffusée par des formateurs qui non seulement reformulent, interprètent ou concrétisent les injonctions hiérarchiques mais développent un ensemble de recommandations autonomes (Goigoux 2002). A la suite de Leplat (1980), Goigoux étudie donc la « tâche redéfinie », c’est-à-dire la tâche que les enseignants se donnent à eux-mêmes  en réponse aux prescriptions qui leur sont adressées, pour comprendre le travail qu’ils réalisent effectivement (Rabardel et al., 1998).

Dans le domaine plus proche de l’entreprise c’est la notion de compétence qui reconfigure la différence entre travail prescrit et réel , elle est une codification sociale du travail et une normalisation des comportements où l’autonomie et la responsabilité deviennent des prescriptions. « Ce ne sont pas seulement les compétences professionnelles techniques que l’on entend contrôler et évaluer, mais les capacités dites comportementales et relationnelles » Le Goff (1996).

Ce symposium se propose donc d’examiner les prescriptions des institutions de formation, qui s’opèrent en fonction des profils, c’est le propos de Thérèse Levené qui analyse les trajectoires de formation d'étudiants en sciences de l'éducation. Leur formation anticipe une reconversion ou répond à une rupture professionnelle, un licenciement en général. Le point de vue s'appuie sur une enquête quantitative en cours auprès d'étudiants de licence et sur une enquête qualitative débutante auprès d'étudiants de master.

Raquel Becerril de son côté interroge la prescription au travers de l’évolution des maquettes et en relation avec l'intégration des savoirs professionnels dans l'activité d'usinage industriel avec de Machines Outils à Commande Numérique. Le regard de la didactique professionnelle (Pastré, 1992; Rabardel, 1995; Veillard, 2012) et de la didactique de la technologie (Cartonnet, 2000; Lebeaume, 2011) porté ici aborde la prescription dans le contexte universitaire technologique et professionnelle au travers du curriculum, de la transposition et de la modélisation des pratiques.

Guillaume Gillet se saisit de la question des prescriptions « discrétionnaires » qu’il met en relation avec les pratiques enseignantes. Il choisit l’entrée par l’activité pour comprendre le processus de professionnalisation et par là les parcours professionnels des enseignants en agro-équipement exerçant en établissement d’enseignement agricole. Par l’analyse de pratiques d’enseignement en Sciences et Techniques des Equipements Agricoles (STEA) il interroge le dispositif actuel de formation des enseignants en termes de développement professionnel. L’analyse de l’activité enseignante selon une approche instrumentale fait apparaître de fortes variabilités praxéologiques en termes de savoirs enseignés. A l’instar de Drijvers & Trouche (2008) l’orchestration instrumentale mise en oeuvre par les acteurs montre combien le poids de l’environnement social combiné à celui des engagements personnels conditionnent la mobilisation et la contextualisation du savoir. A partir des invariants se référant d’une part à la situation, relatif au genre professionnel, et d’autre part à la personne, relatif au style de l’enseignant il saisit l’activité enseignante. Comment l’activité parvient-elle à s’organiser à partir de ce que l’auteur nomme des prescriptions discrétionnaires ? Si la pratique des enseignants experts repose sur un consensus entre invariants situationnels et invariants identitaires, alors il semble nécessaire d’adapter le dispositif actuel de formation des professeurs stagiaires dans une perspective de développement professionnel.

Nous intégrons dans notre approche la dimension internationale au travers d’un travail de recherche action que nous menons, depuis trois années, avec le Bénin et la ferme expérimentale de Songhaï. Cette ferme est un véritable laboratoire expérimental qui vise d’une part à mettre en œuvre de nouvelles pratiques culturales allant dans le sens d’une agriculture « propre » et conduisant à une autonomie de l’agriculteur béninois. D’autre part, Songhaï comprend un centre de formation à ces nouvelles techniques. Cette démarche s’inscrit dans la suite des travaux de recherche sur l’analyse de l’activité de professionnels utilisant les Bois Raméaux Fragmentés (BRF). L’objectif est d’à partir de cette analyse de concevoir des dispositifs de formation, à destination des établissements d’enseignement agricole (lycée, Centre de Formation d’Apprentis, Centre de Formation Professionnelle Pour Adultes). Nous collaborons avec le Bénin autant sur les aspects de formation (formation de formateurs) que sur les aspects de recherche conduits avec d’autres équipes, (agronomie, chimie des sols) pour mener à bien les aspects d’analyse de l’activité. Dans le cadre de ce symposium, on s’attachera donc à appréhender les prescriptions mises en œuvre dans cette institution de formation.  Comment et par qui sont elles élaborées, comment sont elles mises en application dans le centre de formation ? Prescriptions primaires, prescriptions secondaires ?

Ce symposium a donc pour ambition de poser les bases d’un projet de collaboration scientifique à partir de lectures croisées des prescriptions de formation dans des contextes professionnels différents ; quels sont les invariants qui permettent de comprendre et d’expliquer les évolutions et le changement de prescriptions; comment les sujets dans leur parcours professionnels respectifs se saisissent-ils de ces objets de changement que sont les prescriptions, comment ils transforment ces objets et comment à leur tour ces objets les transforment. Nous faisons l’hypothèse que la lecture plurielle, des didactiques (professionnelle, instrumentale, disciplinaires), de la sociologie et de la psychosociologie, permet d’éclairer les changements dans les évolutions des prescriptions.

 

Bibliographie :

Drijvers, P., & Trouche, L. (2008), From artifacts to instruments: a theoretical framework behind the orchestra metaphor, in K. Heid & G. Blume (eds.), Research on Technology and the Teaching and Learning of Mathematics, Vol.2, Cases and perspectives, 363-392, Information Age, Charlotte, NC, USA

Cartonnet, Y. (2000), L’actualisation de la technologie structurale pour la formation de la technicité d’un concepteur de produits industriels. Mémoire d’HDR didactique des disciplines. Université Paris XI.

Goigoux, R. (2002). L’évolution de la prescription adressée aux instituteurs : l’exemple de l’enseignement de la lecture entre 1972 et 2002. In J-M. Evesque, A-M. Gautier, C. Revest et Y. Schwartz (Eds.) Les évolutions de la prescription  (pp. 77-84). Actes du XXXVII ème congrès de la Société d’Ergonomie de Langue Française. Aix-en-Provence :  GREACT

Le Goff, J-P. (1996). Les Illusions du management. Pour le retour du bon sens, Paris: La Découverte

Lebeaume, J. (2011). L’éducation technologiaue au collage: un enseignement pour questionner la refondation du curriculuñ et les réorientations des disciplines. Education & didactique, Vol. 5, nº 2, p. 7-22.

Leplat, J. (1980). La psychologie ergonomique. Paris : Presses Universitaires de France.

Pastré, P. (1992). Requalification des ouvriers spécialisés et didactique professionnelle. Éducation permanente, n° 111. pp. 33-54.

Rabardel, P. (1995), Eléments pour une approche anthropocentrique des techniques dans le système éducatif, Actes du Séminaire de didactiques des disciplines technologiques, Cachan, (1993-1994). Ed : Association Tour 123. p. 5-18.

Rabardel, P., Carlin, N., Chesnais, M. et Lang, N. (1998). Ergonomie: concepts et méthodes. Toulouse : Octarès.

Veillard, L. (2012). Construire de curriculums d’apprentissage en situation de travail: quelles collaboration didactique entre écoles et entreprises Dans les formations en alternance?. Education & didactique, Vol. 6, nº 1, p. 47-68.