225 - Pratiques littéraciées en milieux populaires défavorisés lors de l’accompagnement des devoirs scolaires.

Françoise Robin

CIRCEFT-ESCOL-Paris 8 ; Université Libre de Bruxelles-S.S.Education

 

Mots clés : échec scolaire, milieux populaires, devoirs scolaires, littéracie

 

Le contexte de notre recherche est l’échec scolaire important des enfants issus de familles « populaires précarisées », décrit et dénoncé sous différentes formes et à de nombreuses reprises par la littérature tant sociologique que pédagogique.  Des analyses de données issues de l’enquête Pisa tentent d’expliquer cet échec par des variables internes au système scolaire  (Duru-Bellat, Mons & Suchaut, 2004) ou par des variables externes associées à l’origine sociale (Meuret et Morlaix, 2006). A l’instar de Millet et Thin (2005), nous  croyons qu’on ne peut réduire l’analyse à des causes externes imputant la responsabilité aux familles, mais que néanmoins pour traiter le problème de l’échec scolaire il importe « de sortir de l’école pour mieux y revenir, c'est-à-dire y revenir armé de la connaissance de configurations sociales plus larges » (p. 20). 

Notre recherche a pour objectif d’investiguer des questions qui nous semblent délaissées dans un champ de la sociologie de l’éducation où des sortes d’homologies se sont installées et ne sont plus remises en question entre socialisation scolaire et scripturalité d’une part et socialisation familiale populaire et oralité d’autre part.  Au vu de nos observations, il nous semble que ces deux paires ne sont peut-être pas (plus) si différenciées du fait que la scolarisation massive a introduit l’écrit et des modes de pensée qui y sont associés, même dans les familles populaires défavorisés.

Plus spécifiquement, nous nous demandons comment  les parents « s’approprient » (de Certeau, 1990) et « recontextualisent » (Bernstein, 2007) ou non les tâches scolaires ?  Nous avons observé douze familles (belges ou issues de l’immigration) au cours de cette recherche.  Sept d’entre elles ont été observées durant une année scolaire (135 observations dont 72 enregistrées et 55 filmées) tandis que cinq familles ont été observées durant une période variant entre un et trois mois (21 observations dont 9 enregistrées et 2 filmées). Les situations ont été observées au moment de l’aide aux devoirs par les parents à leurs enfants âgés de six à sept ans, en première ou deuxième année de l’enseignement primaire. Nous adoptons une posture compréhensive pour analyser les logiques en jeu dans les pratiques d’accompagnement des parents.

Dans cette communication, nous illustrerons notre démarche et une partie des résultats par l’analyse des tâches de français (lecture, écriture, grammaire) en tant qu’ « événements de littératie » (Barton & Hamilton, 2010).  Ceux-ci sont étudiés dans la perspective de ce que les parents font des devoirs et ce que ceux-ci signifient pour eux.

 

Références bibliographiques :

Barton D. et Hamilton M. (2010), « La littératie : une pratique sociale », Langage et société, 2010/3 n° 133, p. 45-62

Bernstein B. (2007). Pédagogie, contrôle symbolique et identité.  Théorie, recherche, critique. Québec : Presses de l'université Laval, collection Sociologie contemporaine.

de Certeau, M. (1990). L’invention du quotidien 1. arts de faire. Paris : Gallimard.

Duru-Bellat, M., Mons, N., & Suchaut B. (2004). Organisation scolaire et inégalités sociales de performances : Les enseignements de l'enquête PISA. Éducation et formations, 70,  123-131.

Meuret, D. & Morlaix, S. (2006). L’influence de l’origine sociale sur les performances scolaires : par où passe-t-elle ? Revue française de sociologie, vol. 47(1), 49-79.

Millet, M. & Thin, D.  (2005). Ruptures scolaires. L’école à l’épreuve de la question sociale. Paris : PUF.