222/0 - Comment la question du rapport au savoir est-elle travaillée par les pédagogies différentes ?

Responsables et discutants :

Marie-Anne Hugon, Université Paris Ouest Nanterre la Défense, marie-anne.hugon@u-paris10.fr

Bruno Robbes, Université de Cergy-Pontoise, bruno.robbes@u-cergy.fr

 

Auteurs :

Pierric Bergeron, Université Paris Ouest Nanterre la Défense, pierric.bergeron@sfr.fr

Pierre Gégout, Université de Lorraine, Pierre.Gegout@univ-nancy2.fr

Xavier Riondet, Université de Lorraine, Xavier.Riondet@univ-nancy2.fr

Sylvain Connac, Universités de Montpellier II et III, sylvain.connac@gmail.com

Sylvain Genevois, Université de Cergy-Pontoise, sylvain.genevois@u-cergy.fr

Caroline Leininger-Frézal, Université Paris Diderot-Paris 7, carolinefrezal@wanadoo.fr

Philippe Goémé, Pôle Innovant Lycéen à Paris, Fespi, philippe.goeme@orange.fr

Éric de Saint-Denis, Microlycée de Vitry-sur-Seine, Fespi, eric.dsd@wanadoo.fr

Henri Louis Go, Université de Lorraine, Henri-Louis.Go@univ-nancy2.fr

Cora Cohen-Azria, Université Charles de Gaulle-Lille 3, cora.cohen-azria@univ-lille3.fr

Fréderique Landoeuer, Académie de Montpellier, frederique.landoeuer@wanadoo.fr

Sébastien Pesce, Université de Cergy-Pontoise, sebastien.pesce@u-cergy.fr

Laurent Lescouarch, Université de Rouen, laurent.lescouarch@univ-rouen.fr

 

Mots-clés : pédagogies différentes, rapport au savoir, apprentissages, savoir, culture

 

Texte introductif du symposium

Les sciences de l'éducation ont proposé deux définitions principales de la notion de rapport au savoir : 1. « processus par lequel un sujet, à partir de savoirs acquis, produit de nouveaux savoirs singuliers lui permettant de penser, de transformer et de sentir le monde naturel et social » (Beillerot, 2005. 1ère édition 1994, p. 839) ; 2. « relation de sens, et donc de valeur, entre un individu (ou un groupe) et les processus ou produits du savoirs » (Charlot, Bautier & Rochex, 1992, p. 29). Quant à la dénomination de « pédagogies différentes » (Viaud, 2005), elle renvoie à des pratiques mises en œuvre dans des écoles et des établissements de tous les niveaux scolaires, repérées dans le paysage éducatif comme « alternatives », « expérimentales » ou se réclamant de courants identifiables des pédagogies dites « nouvelles ». Ces pédagogies sont mises en œuvre auprès d’enfants et d’adolescents de tous niveaux, notamment auprès de jeunes entretenant un rapport problématique aux apprentissages en milieu scolaire. Leurs traits communs sont bien connus (Palmade, 1953). Les auteurs s’accordent à identifier, parmi ceux-ci, « une approche globale des savoirs remettant en cause découpages disciplinaires, hiérarchies implicites et explicites entre savoirs et valorisant activités artistiques et techniques » (Hugon, 2006, p. 423).

 

Parce que l’acquisition de savoirs scolaires par tous les élèves demeure la fonction sociale essentielle de l’école et est au cœur de l’activité enseignante, connaître comment les pédagogies différentes (se) posent la question du rapport au savoir et s’y prennent pour la traiter, est un enjeu primordial, pour ces enseignants comme pour ceux qui exercent en milieu ordinaire, mais également pour la recherche en Sciences de l’éducation.

 

Pour cela, les organisateurs de ce symposium ont posé les questions suivantes :

1 – Comment les pédagogues exerçant dans ces classes et/ou établissements procèdent-ils pour susciter l’intérêt pour le savoir en tant qu’objet d’apprentissage, intellectuel et culturel ? Comment les savoirs scolaires sont-ils abordés ? Comment la culture est-elle transmise ?

2 – Comment ces pédagogues travaillent-ils le rapport au savoir des enfants et des adolescents qui résistent à entrer dans les apprentissages ? Quelles sont les conditions d’évolutions favorables du rapport au savoir de ces élèves ?

Ces questions se posent dans un contexte où l’essor actuel des technologies numériques bouleverse les pratiques sociales, le rapport au savoir et la pédagogie. Qu’en est-il pour les pédagogies différentes ? Quels usages font-elles des technologies numériques ?

 

Les réponses des participants au symposium se répartissent selon quatre axes.

Le premier axe concerne l’organisation d’ensemble de la structure et de la classe. Il en montre les effets en termes d’apprentissages. Pierric Bergeron (Université Paris Ouest Nanterre la Défense) aborde les apprentissages au sein d’un lycée pilote innovant dédié aux NTIC. Il montre, à travers l’analyse d’entretiens réalisés auprès d’anciens élèves, l’existence d’expériences collectives d’autodidaxie rendues possibles par le fonctionnement même de la structure. Trois communications étudient le rapport au savoir induit par les dispositifs de travail mis en place dans des classes Freinet. Pierre Gégout (Université de Lorraine) analyse comment l’institution du plan de travail rend possible l’individualisation des apprentissages. Xavier Riondet (Université de Lorraine) étudie en quoi les conférences constituent une situation permettant d’élaborer un rapport au savoir spécifique. Sylvain Connac (Université de Montpellier) présente des dispositifs de travail en coopération à l’école élémentaire et en collège.

 

Le second axe présente des outils et des supports pour les apprentissages. Sylvain Genevois (Université de Cergy-Pontoise) et Caroline Leininger-Frézal (Université Paris Diderot-Paris 7) examinent le nouveau rapport au savoir en jeu dans des situations d’apprentissage ludiques et instrumentées, dites de « jeux sérieux ». L’usage de ces nouvelles technologies en milieu scolaire aurait pour effet la mise en œuvre de pratiques pédagogiques alternatives. Le rapport à l’écrit scolaire est souvent problématique chez des jeunes en rupture d’école. Philippe Goémé et Éric de Saint-Denis, enseignants dans des structures de raccrochage scolaire affiliées à la Fespi[1] (Pôle Innovant Lycéen à Paris et Microlycée de Vitry-sur-Seine) analysent des outils mis en place pour réconcilier des lycéens d’une classe de Première avec l’écrit de type scolaire, en géographie. La question du rapport à l’écrit est aussi abordée par Henri Louis Go (Université de Lorraine) qui étudie des journaux scolaires et des cahiers d’élèves. L’auteur examine comment les élèves travaillent le rapport à l’écrit en pédagogie Freinet et en viennent à une écriture littéraire. 

 

La nature même des savoirs explorés fait l’objet du troisième axe. Cora Cohen-Azria (Université Charles de Gaulle-Lille 3) a participé à une importante recherche dans une école de la banlieue lilloise pratiquant la pédagogie Freinet. Après avoir rappelé certains résultats concernant les places relatives des sujets apprenants, des enseignants et des savoirs, elle reprend ici des données relatives aux disciplines scientifiques en axant son questionnement sur le rapport aux savoirs : pratiques comparées des maîtres et productions générées en classe de sciences ; discours des élèves sur le travail scolaire et disciplinaire. Fréderique Landoeur, enseignante spécialisée (Académie de Montpellier) et Sébastien Pesce (Université de Cergy-Pontoise) analysent, à partir d’un recueil de données vidéo, des pratiques pédagogiques expérimentées en classe relais et dans des classes d’école élémentaire. En s’engageant dans une réflexion sur la question des origines, les élèves en viennent à explorer diverses disciplines et domaines de pensée : sciences, philosophie, arts, mythes et religions. Ces expérimentations montrent tout l’intérêt de proposer une approche pédagogique qui mobilise des contenus culturels exigeants pour nourrir intellectuellement des enfants « empêchés de penser » (Boimare, 2008).

 

Enfin, la manière dont les pédagogies différentes cherchent à structurer le rapport entre le sujet et l’apprendre, par exemple dans la pédagogie de projet, induit des déplacements de professionnalité. C’est ce que montre Laurent Lescouarch (Université de Rouen), à partir d’observations et d’enquêtes conduites auprès d’enseignants pratiquant des pédagogies alternatives (notamment la pédagogie Freinet). Ces constats  pourraient alimenter un quatrième axe de réflexion.

 

Ce symposium s’inscrit dans la continuité des échanges et des partenariats engagés entre chercheurs universitaires et enseignants, notamment lors des séminaires d’Arras (Université d’Artois) le 9 mars 2011, de Nanterre (Université Paris Ouest Nanterre la Défense), le 21 mars 2012 (http://www.recherchespedagogiesdifferentes.net/index.html) et de recherches de pédagogie (Reuter, 2007 ; Robbes, 2013, à paraître). Bien que le congrès AREF soit d’abord une rencontre entre universitaires, les initiateurs du symposium souhaitent vivement que dans le cadre de ce congrès, le dialogue déjà engagé entre chercheurs d’université et enseignants se poursuive et s’approfondisse, avec de nouvelles contributions et sur cette question du rapport au savoir. C’est l’une des originalités de ce symposium. De ces échanges, les organisateurs attendent :

1 - une connaissance plus fine du fonctionnement didactique et pédagogique de ces classes, écoles et structures, dans des perspectives de recherche et de professionnalisation ;

2 - le développement de réseaux rassemblant des enseignants des premier et second degré, et des chercheurs universitaires.

 

Références bibliographiques

Beillerot, J. (2005. 1ère édition 1994). Rapport au savoir. In Champy, P., & Etévé, C. (dir.). Dictionnaire encyclopédique de l’éducation et de la formation (pp. 839-840). Paris : Retz.

Boimare, S. (2008). Ces enfants empêchés de penser. Paris : Dunod.

Charlot, B., Bautier, E., & Rochex, J.-Y. (1992). Ecole et savoir dans les banlieues... et ailleurs. Paris : Colin.

Hugon, M.-A. (2006). Les pédagogies nouvelles : quel apport pour l’école aujourd’hui ? In Beillerot, J., & Mosconi, N. (dir.). Traité des sciences et des pratiques de l’éducation (pp. 421-432). Paris : Dunod.

Palmade, G. (1953). Les méthodes en pédagogie. Paris : PUF.

Reuter, Y. (dir.) (2007). Une école Freinet. Fonctionnements et effets d’une pédagogie alternative en milieu populaire. Paris : L’Harmattan.

Robbes, B. (2013, à paraître). Épistémologies de la pédagogie, relations aux savoirs et à la didactique. Les Cahiers du Cerfee, 34.

Viaud, M.-L. (2005). Des collèges et lycées différents. Paris : PUF.



[1] Fespi : Fédération des établissements scolaires publics innovants (http://www.fespi.fr/)