220 - Comprendre et apprécier les habiletés de collégiens sourds dans la décomposition de mots écrits morphologiquement complexes.

Fabre Marion

Centre PsyCLE EA 3273 Université d’Aix-Marseille, France

 

Barbier Marie-Laure

Centre PsyCLE EA 3273 Université d’Aix-Marseille, France

 

Mots clés : écrit, surdité, entraînement informatisé, morphologie.

 

Des compétences scripturales et un bagage lexical limités, si les difficultés des Sourds dans la maîtrise de l’écrit sont bien là, l’intérêt de la recherche est aussi d’interroger ce qu’ils savent et comment ils apprennent, pour comprendre davantage leur fonctionnement et porter une réflexion pédagogique (Marschark, 2007). Ainsi, les Sourds ne traiteraient pas l’écrit exclusivement de manière globale. Par le prélèvement d’informations visuo-orthographiques (Daigle, Armand, Demont & Gombert, 2009 ; Harris & Moreno, 2004) ou phonologiques (Alegria, 2006 ; Transler, Leybaert & Gombert, 1999), ils repèrent les composants sublexicaux de l’écrit. L’étude présentée vise, cette fois, à analyser leur habileté à repérer et manipuler les unités sémantiques, les morphèmes, via un entraînement informatisé. Ces unités sublexicales discernables visuellement sont probablement plus faciles à appréhender pour les Sourds, et leur traitement joue un rôle important dans l’acquisition de la lecture, en général (Marec-Breton, Gombert & Colé, 2005).

Les données de 13 collégiens (de la pré-6ème à la 4ème) sont considérées. Ils présentent tous des degrés de surdités (sévère, profond, cophose) pour lesquels aucune perception de la parole n’est possible, sauf à voix très forte près de l’oreille pour les surdités sévères (Lelièvre, Sander & Tallec, 2007). Tout d’abord, leurs compétences en lecture ont été évaluées au moyen d’un test de lecture silencieuse (Lefavrais, 1968). Ensuite, ces adolescents ont suivi l’entraînement sur la décomposition des morphèmes bases, préfixes et suffixes (6 séances espacées sur 3 mois). La correction et les stratégies de réponses ainsi que les temps de réalisation ont été enregistrés. Des ANOVA à mesures répétées et des corrélations permettent d’apprécier l’évolution des performances.

Les résultats sont élevés dès la première séance et se maintiennent au cours de l’entraînement. Ils sont corrélés avec les performances au test de lecture (rapidité de lecture et compréhension) et les élèves organisent de plus en plus linéairement leurs stratégies de réponses. Par contre, le temps de repérage des morphèmes reste élevé (M=20 sec.) et les participants restent fortement sensibles au contexte et au type de morphème. Ces résultats rejoignent les travaux de Berthiaume (2008) et témoignent de l’intérêt et des contraintes liées à l’apprentissage de la morphologie lexicale pour l’accès à l’écrit par les apprenants sourds. Cette recherche ouvre des perspectives en termes d’adaptations pédagogiques par la prise en compte des éléments sémantiques en lien avec la langue des signes française, langue de communication de nombreux enfants sourds aujourd’hui et reconnue comme telle par la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

 

Références bibliographiques :

Alegria, J. (2006). L’évaluation de la lecture chez la personne sourde. Une approche analytique. In C. Hage, B. Charlier et J. Leybaert (Ed.), Compétences cognitives, linguistiques et sociales de l’enfant sourd, pistes d’évaluation (p. 185-206). Belgique : Mardaga.

Berthiaume, R. (2008). Procédures morphologiques en lien avec les règles de formation des mots du français écrit chez les lecteurs sourds du primaire. (Thèse de doctorat, Université du Québec, Montréal, QC). Tiré de http://www.archipel.uqam.ca/1545/

Daigle, D., Armand, F., Demont, E., & Gombert, J.-E. (2009). Visuo-orthographic knowledge in deaf readers of French. Revue canadienne de linguistique appliquée, 12(1), 105-128. Retrieved from http://www.aclacaal.org/Revue

Harris, M. & Moreno, C. (2004). Deaf children’s use of phonological coding: Evidence from reading, spelling, and working memory. Journal of Deaf Studies and Deaf Education, 9, 253-268.

Lefavrais, P. (1968). La Pipe et le Rat. L'évaluation du savoir-lire du cours préparatoire à l'enseignement supérieur et le facteur d'éducabilité PI. Issy-Les-Moulineaux : Edition et Application Psychologique.

Lelièvre, F., Sander, M.-S., & Tallec, A. (2007). Handicap auditif en France, Apports de l’enquête HID 1998-1999 par l’Observatoire régional de santé des Pays-de-la-Loire. Document de travail de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, 71, 155 p.

Marec-Breton, N., Gombert, J.-E., & Colé, P. (2005). Traitements morphologiques lors de la reconnaissance des mots écrits chez des apprentis lecteurs. L’année psychologique, 105(1), 9-45.

Marschark, M. (2007). Comprendre et utiliser les bases cognitives de l’apprentissage chez les enfants sourds. Enfance, 3, 271–281.

Transler, C., Leybaert, J., & Gombert, J. E. (1999). Do deaf children use phonological syllables as reading units? Journal of Deaf Studies and Deaf Education, 4, 124-143.