178 - Typologie des formateurs préparant au métier de professeur d’Éducation Physique et Sportive Complexité des rapports Théorie / Pratique dans la formation en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS)

Youcef ALANBAGI

GEPECS, EA 3625, Université Paris-Descartes Sorbonne, France

Groupe TEC : Techniques et Enjeux du Corps : Jeux, Sports et Santé en Europe

 

Mots clés : Formation Professionnelle ; Professeurs d’Éducation Physique et Sportive ; Praxéologie ; Savoir-faire ; Savoirs Théoriques.

 

La mise en place de la mastérisation du métier d’enseignant d’Éducation physique et sportive (EPS) soulève de nombreuses interrogations. Parmi elles, quelles sont désormais les missions allouées aux enseignants-formateurs préparant les étudiants au concours ? Doivent-ils privilégier les apports académiques, la pédagogie ou les connaissances sur les activités motrices ? Une façon d’y répondre consiste à interroger les formateurs sur ce qui, selon eux, devrait caractériser aujourd’hui un enseignant d’EPS au sortir de sa formation diplômante. À partir de la théorie mathématique des élections de Condorcet, nous décryptons les réponses de quarante et un formateurs fortement impliqués dans ces Masters en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Le surgissement d’illogismes dans les comparaisons par paires est symptomatique de difficultés à se représenter leur propre fonction au sein de l’Université. De plus – construite sur la base d’entretiens semi-directifs préalables et traitée avec une Analyse factorielle des correspondances (AFC) – l’enquête par questionnaires révèle une typologie de ces formateurs de formateurs en trois pôles antagonistes que sont les Scientifiques, les Sportifs et les Didacticiens. En superposant le graphe obtenu à celui des étudiants qu’ils s’imaginaient être lorsqu’ils passaient eux-mêmes le concours, nous dévoilons d’étonnantes conjonctions : l’enseignant d’EPS débutant n’est autre que celui qu’ils pensent avoir été. Nous défendons l’idée que ces positionnements bigarrés et travestis d’affectivité témoignent du flou caractérisant l’objet scientifique des Unités de formation et de recherche en STAPS. Nous développons en parallèle le point de vue de la praxéologie motrice (science de l’action motrice) qui propose des contenus de formation en éducation physique issus de recherches de terrain. Dépassant la simple juxtaposition entre les savoirs théoriques et les savoirs pratiques, cet axe pourrait se présenter comme une perspective pour former des professeurs d’EPS à niveau master « bons pour le service ». La filière STAPS se doterait ainsi d’un objet (l’action motrice à travers les conduites motrices dans les pratiques ludomotrices), qui confère aux pratiques physiques plusieurs propriétés décisives que sont : une identité, une unité, une spécificité et une scientificité (Parlebas, 2010). La posture praxéologique bénéficie ainsi de ces quatre propriétés et la pourvoient des caractéristiques épistémologiques sévères, mais indispensables, en vue d’une présence légitime dans les cursus universitaires. Selon nous, les problèmes que rencontrent les STAPS aujourd’hui, trouveraient en partie leur solution si les cursus étaient explicitement réorientés vers un objet spécifique autour duquel les études pourraient être réorganisées. Cette exigence épistémologique est fondamentale car elle donne une cohérence au champ, même si le regard reste pluridisciplinaire.

 

Références bibliographiques :

Baillat, G. (2010). Dans les tourbillons de la mastérisation, comment trouver un cap ? et Les enjeux d’une réforme. Cahiers Pédagogiques, Hors-série n° 17, 13-14 et 29-30.

Étienne, R., Altet, M., Paquay, L. (Dir)., Lessard, C., & Perrenoud, P. (2009). L’Université peut-elle vraiment former les enseignants ? Quelles tensions ? Quelles modalités ? Quelles conditions ?, Bruxelles, Belgique : De Boeck.

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Lenoir, Y. (2010). Au Québec, pour une reconceptualisation d’un modèle de formation initiale. Cahiers Pédagogiques, Hors-série n° 17, 46-49.

Léziart, Y. (2012). Les STAPS et les sciences d’appui, Dépendance ou autonomie ?. In M. Quidu (dir.), Les sciences du sport en mouvement : Innovations et traditions théoriques en STAPS (p. 389-402). Paris, France : L’Harmattan.

Parlebas, P. (2010). Éducation physique, praxéologie et formation scientifique. Éthologie et Praxéologie, n° 14, 39-50.

Roux-Pérez, T. (2011). Identité(s) professionnelle(s) des enseignants : les professeurs d’EPS entre appartenance et singularité, Paris, France : Éd. EP&S.

Rayou, P., & Ria, L. (2009). Former les nouveaux enseignants. Autour des statuts, de l’organisation et des savoirs professionnels. Éducation et Sociétés, n° 23, 79-90.

Schön, D. (1996). À la recherche d’une nouvelle épistémologie de la pratique et de ce qu’elle implique pour l’éducation des adultes. In J.-M. Barbier (dir.). Savoirs théoriques et savoirs d’action (p. 201-222). Paris, France : Presses universitaires de France.