169/13. Enjeux et effets de la recherche « avec » des adolescents : réflexion critique sur une expérience de recherche préliminaire (Marguerite Soulière)

Effets des recherches socio-cliniques sur les pratiques étudiées : enquêter/intervenir (Symposium international, AREF 2013)

 

169/13. Enjeux et effets de la recherche « avec » des adolescents : réflexion critique sur une expérience de recherche préliminaire

 

     Marguerite SOULIERE

 

École de service social, Université d’Ottawa, Canada

 

Mots clés : arts et méthodes de recherche, adolescents, jeunes, recherche-action participative

 

Mise en contexte

 

Entre 2010 et 2012 j’ai mené la phase exploratoire d’une recherche voulant documenter avec les jeunes entre 15 et 17 ans les relations de socialité et d’intimité entre filles, entre gars et entre gars et filles. De ma recherche doctorale sur l’adolescence des garçons, j’avais retenu des pistes intéressantes pour investiguer de plus près comment les jeunes conçoivent et vivent les redéfinitions des identités féminines et masculines, et comment, avec nuance et diversité, ils développent et entretiennent entre eux des relations amicales et amoureuses. À partir de ce large champ d’explorations possibles, dans une étape préliminaire, je poursuivais le double objectif de co-construire avec les adolescents l’objet central d’une étude plus élaborée, d’une part, et de l’autre de développer une démarche méthodologique qui permette de comprendre de l’intérieur, de saisir les axes autour desquels s’organisent pour eux les processus identitaires et relationnels. J’avais exploré la création collective de vidéos (jumelée à l’observation, aux entrevues individuelles et aux entretiens de groupe) dans ma thèse de doctorat. La démarche avait donné des résultats suffisamment convaincants, tant pour les possibilités de création et de réflexion pour les participants que pour les multiples voies d’accès à l’expérience des adolescents et à leurs propres mises en contexte. J’ai donc commencé l’étape exploratoire de cette nouvelle recherche en utilisant de nouveau la création, cette fois sous d’autres formes : le dessin collectif, le collage, le slam et surtout, l’improvisation théâtrale.

 

Ce texte est une réflexion critique sur cette expérience de recherche « avec » des adolescents. L’intrication des exigences institutionnelles, des procédures obligatoires en matière d’éthique de la recherche et la réalité de la pratique de la recherche a donné lieu à une prise de conscience qui transforme les visées de ma pratique (praxis?) de la recherche « avec » les adolescents.

 

Ayant été formée en anthropologie, ma double perspective critique et interprétative cherche à « comprendre aussi de l’intérieur » ce que vivent les adolescents, après avoir mis en lumière les enjeux de pouvoir et les fondements idéologiques et politiques des discours dominants qui les concernent. J’entrai dans cette recherche sur les relations de socialité et d’intimité avec cet objectif, voulant plus précisément me distancier des discours sur l’hypersexualisation des filles et le décrochage scolaire des garçons. L’un et l’autre corpus de données sur ces thèmes rapportaient la victimisation d’un sexe au détriment de l’autre. Je souhaitais poursuivre un travail déjà amorcé par d’autres (Fine, 1993 ; Nengeh-Mensah, 2009) et donner la possibilité aux adolescents garçons et filles d’exprimer leur univers relationnel, cette fois en dehors des postures idéologiques, à partir de thèmes et d’enjeux qui les touchent et les concernent, et de situations qui sont significatives pour eux. Si mon intention de départ visait la compréhension à travers divers modes d’expression, elle s’est transformée en visée d’émancipation : la recherche ne prendrait-elle son véritable sens que dans la mesure où elle fournirait aux jeunes les moyens de s’approprier le processus comme outil de connaissance, de conscientisation et de transformation?

 

Ce changement de perspective n’est pas étranger à tout le contexte dans lequel s’est déroulée cette recherche exploratoire. Un ensemble de contradictions et de non-sens a exacerbé une sensibilité déjà présente aux enjeux de pouvoir qui traversent à plusieurs niveaux la pratique de la recherche. Quels objectifs (individuels et collectifs) poursuit-on en faisant de la recherche sociale? Quels sont les écarts et les rapprochements entre les intérêts/intentions de ceux qui financent la recherche, ceux qui l’autorisent, ceux qui la pratiquent et ceux qui en sont la cible (sujets-objets-participants)? Quels sont les effets de ces tensions sur la pratique de la recherche avec les jeunes?

 

Faire subventionner sa recherche

 

Pour cette recherche préliminaire, qui fit partie de mon entrée en poste à Ottawa, je reçus des fonds internes, destinés au démarrage des projets de recherche des nouveaux professeurs-chercheurs, en vue de les préparer aux demandes de fonds externes à l’un des organismes publics subventionnaires de recherche. Comme mon université a établi dans ses priorités des cinq prochaines années de se hisser parmi les cinq premières institutions canadiennes en matière de recherche (Top 5 in 5), l’appui financier au démarrage de nos recherches représente un placement planifié. Compte tenu du faible taux d’acceptation (entre 17% et 21%) des demandes soumises aux trois grandes sources de financement canadien, la compétition est féroce et les attentes en matière de production de résultats préliminaires imposent une cadence au déroulement de la recherche. Ce tournant économique crée, pour le moins, un tiraillement entre la pression à montrer sa capacité à rapporter des fonds à l’université et le besoin d’accepter le temps long que prend la recherche « avec » les jeunes.

 

Enjeux et effets de l’éthique procédurale

 

Avant d’« aller sur le terrain », il faut d’abord obtenir le certificat émis par le comité d’éthique de la recherche de l’Université. Il s’est écoulé près de 5 mois entre le dépôt de la demande et l’autorisation à commencer à contacter les milieux et approcher des jeunes pour ma recherche. Au sujet de cette approbation institutionnelle, juste rappeler qu’elle est guidée par des principes directeurs reposant sur deux grandes traditions éthiques (Gaudet, 2009). Une première relève de l’impératif moral de la dignité humaine (tradition kantienne): le participant est protégé contre son instrumentalisation au service du projet des chercheurs (il est une fin en lui-même et non un moyen aux fins d’ambitions des chercheurs). Il doit être en mesure de donner son consentement à participer à la recherche (avec le droit de se retirer à tout moment) sur la base d’un choix libre et éclairé ; il doit être assuré de la confidentialité et de l’anonymat dans l’ensemble du processus (recrutement, collecte des données, analyse, publication des résultats). La deuxième tradition éthique sur laquelle reposent les principes de cet énoncé est l’utilitarisme : elle se traduit en éthique de la recherche par une vigilance à ce que non seulement les bénéfices de la recherche pour les participants (surtout les plus vulnérables) surpassent les inconvénients, mais qu’en plus, à ce que les effets positifs soient maximisés (Gaudet, 2009 : Cefaï, 2010).  Nul ne peut réfuter la justesse de ces principes. Leur application dans la pratique peut cependant varier.[1]    

 

Cinq mois d’échanges avec le bureau de l’éthique de la recherche[2] vinrent à bout des précisions à apporter aux 15 pages déjà remplies de rubriques détaillées.  Les principales concernaient les procédures entourant les outils de collecte de données, le consentement parental, et enfin le recrutement. Le comité d’éthique de la recherche considère être de son devoir de réviser les outils de collecte de données qu’utiliseront les chercheurs.  Dans le cadre de cette étape exploratoire, l’obligation de fournir les guides d’entrevue, d’entretiens de groupe et les thèmes des improvisations donna lieu à un long processus fait d’un mélange de résistance, d’explication et de négociation. La résistance venait du sentiment (partagé dans la communauté des chercheurs) d’ingérence bureaucratique du comité d’éthique dans ce qui me paraissait relever de questions d’ordre méthodologique. Surtout que cette composante était au cœur de ma démarche de recherche : construire au fur et à mesure et réajuster tout au long du processus les éléments qui en viendraient à construire l’objet central de la recherche à venir. C’est ce que j’ai tenté d’expliquer. En vain. J’ai dû fournir des guides préliminaires pour obtenir le certificat, tout en sachant qu’ils ne répondaient que partiellement à leur exigence. Pour le comité d’éthique, le cadre méthodologique doit être précisé afin qu’il puisse exercer le contrôle des risques et de leurs effets potentiellement néfastes. De mon côté, toute cette question d’éthique de la recherche prenait la forme d’un obstacle bureaucratique qui contrôlait de l’extérieur ma propre pratique de recherche.

Par ailleurs, en expliquant l’effet assurément dissuasif qu’aurait l’obligation du consentement parental, je réussis à convaincre le comité de transformer l’autorisation écrite des parents en lettre d’information à leur intention. Pour ce qui est du « recrutement des participants », les personnes qui transmettent l’information aux jeunes à propos de la recherche ne doivent pas être en position d’autorité ou avoir de lien de confiance avec eux. J’insisterai sur ce dernier point, parce qu’il est particulièrement évocateur des écarts entre les objectifs de protection derrière les procédures et leurs effets sur la pratique de la recherche « avec » les jeunes.

 

Je profitai d’une compétition d’impros entre écoles secondaires francophones de l’Ontario pour proposer à des jeunes filles de former un groupe de participantes. Une jeune professeure, à qui je demandai de me présenter à son groupe d’élèves refusa en me précisant qu’il ne lui était pas permis de le faire. Dans le quart d’heure qui suivit, l’assistante directrice de l’école hôte vint me trouver pour me rappeler la règle éthique (qu’elle prenait visiblement très au sérieux): les ados pourraient se sentir obligés de participer par crainte de représailles, ou par espoir de privilèges, venant de la personne qui, en étant porte-parole ou personne contact, pourrait avoir intérêt à ce qu’ils participent à la recherche. Cette règle voulant que le recrutement ne puisse se faire que par des personnes qui ne sont ni en lien de confiance ni d’autorité, va à l’encontre même des repères significatifs des adolescents. S’il s’agit de les protéger des personnes ou des expériences qui pourraient leur nuire, recevoir le cautionnement de celles qui les entourent et en qui ils ont confiance reste pour eux un élément de sécurité. Le cordon de protection dont on entoure les adolescents, en plus de les considérer comme des êtres incapables de juger et de décider, donne lieu à des procédures de recrutement extrêmement compliquées ou totalement inefficaces : annonces dans les journaux, sur les babillards de l’école ou à la radio avec message aux jeunes d’appeler à un numéro ou d’écrire à un courriel…

 

La réalité c’est qu’il devient problématique d’entrer en contact avec les adolescents, ne serait-ce que pour avoir un espace-temps privilégié pour proposer un projet de recherche, répondre à leurs questions, établir un dialogue dans des lieux qu’ils investissent, en lien avec des activités qui leur sont familières et des personnes avec qui ils se sentent en confiance. On peut se demander dans quelle mesure une pratique rigoureuse de l’éthique institutionnelle n’induit-elle pas une manière de faire de la recherche, à distance des participants? Et ne crée-t-elle pas une distorsion qui fait qu’on considère la recherche comme une activité potentiellement dangereuse : pour les jeunes qui sont avant tout vulnérables aux yeux de la société, et pour l’institution (à risque de poursuites) qui lui donne son aval? Pour preuve, lors de ma recherche préliminaire, lorsque pendant la journée de création, nous préparions des thèmes d’improvisations à partir de ce qui avait émergé des créations de la matinée (donc, qui n’avaient pas le sceau du comité d’éthique), j’avais incorporé cette crainte de susciter des effets indésirables, potentiellement nuisibles pour les jeunes. Ma proposition d’activité de recherche voulant que les jeunes s’expriment en toute liberté au moyen de divers modes de création m’apparaissait soudain comme un danger potentiel. 

 

Je réussis finalement, non sans quelques esquives à l’orthodoxie procédurale, à former les trois groupes : un de filles, un de garçons et un mixte. Tout au long de l’expérience je restai dans une posture inconfortable. Plus le temps passait, plus je prenais conscience que les délais pour transformer cette recherche exploratoire en résultats et en demande de subvention se rapprochaient. Et, à un autre niveau, plus je réalisais à quel point j’avais laissé sans réponse des questions et un malaise qui me tiraillaient pendant les séances de création-réflexion avec les adolescents. Au fil des mois et de l’analyse de cette exploration, je mesurais à quel point j’avais mis en arrière-plan ce qui m’apparaissait comme la véritable dimension éthique de la recherche. Avais-je négligé d’en tenir compte ayant mon certificat d’approbation éthique en main (tout en me permettant quelques entorses pour résister à cet excès de contrôle, pensais-je…et aussi pour a-v-a-n-c-e-r)? Étais-je à ce point prise par l’obligation de produire des résultats dont je pourrais rendre compte? Ou était-ce le format même de cette recherche exploratoire (où l’activité de création-réflexion s’échelonnait sur une seule journée)?

 

Une méthode basée sur la création-réflexion : effets souhaités et effets produits

 

Pour dire un mot sur la méthode, elle est inspirée des chercheurs qui utilisent la création vidéo et le théâtre avec les jeunes (Nyesito, 2000 ; Conrad, 2004) et qui théorisent les approches de recherche qualitative incorporant l’art et la création (Leavy, 2009). Le but visé est de faciliter l’expression en conjuguant la raison, la réflexion, la sensibilité, les émotions et l’intuition d’une part, et de l’autre, d’adapter aux sujets, les modes de collecte des données. Le choix de l’improvisation est lié au fait qu’un grand nombre d’écoles secondaires québécoises et franco-ontariennes offrent avec succès en activité parascolaire une ligue d’improvisation de théâtre. Ces ligues se rencontrent pour des compétitions extra-muros qui se terminent par un tournoi provincial à la fin de l’année. Cela fait partie de la vie de nombre d’écoles secondaires.   

 

La journée était divisée en deux parties : une matinée d’expression artistique sous diverses formes : dessin, collage, slam, poésie et dessin collectifs ; et un après-midi d’improvisation théâtrale. Nous étions trois (un animateur, une assistante de recherche et moi-même) à se partager les responsabilités du bon déroulement de ces séances qui étaient filmées. Pour guider les premières activités de création, nous nous étions inspirés des axes du cadre conceptuel que j’avais élaboré dans ma thèse en les adaptant au contexte de cette nouvelle recherche: le rapport à soi, le rapport à l’autre et le rapport au monde. Pour le premier groupe (filles), des thèmes d’improvisations avaient aussi été préparés à partir des analyses de ma thèse et de la littérature sur les relations adolescentes (amitié, amour, mixité, sexualité). Pour les autres groupes (gars et mixte), les thèmes proposés reprenaient les idées qui avaient émergé dans les groupes précédents. Pendant la pause du midi, nous reformulions et rajoutions des thèmes en fonction de ce qui avait été présenté par les jeunes le matin. Ces journées étaient complétées dans le mois qui suivait par des entretiens de groupe et des entrevues individuelles, eux-mêmes guidés par les analyses de l’étape précédente.  Voilà pour les activités de recherche que je considérais jusque-là « avec » les jeunes. Elles avaient été conçues pour comprendre de l’intérieur le monde des adolescents, en laissant de côté les catégories dominantes «à risque » qui les définissaient. Ces activités avaient été pensées pour ouvrir de nouvelles voies en vue d’aborder les choix et les conduites des adolescents avec leurs propres logiques et perspectives. Et en ce sens, cette étape préliminaire a atteint ses objectifs : poser les bases d’une recherche plus élaborée à partir d’éléments clés et d’agencements qui à la fois font du sens pour les adolescents aujourd’hui et rendent compte de leurs réalités complexes et diversifiées.

 

Néanmoins, comme j’ai déjà mentionné, un inconfort persistant avait teinté le déroulement de la recherche. La question de l’éthique de la recherche, celle que je souhaitais pratiquer me semblait toujours reléguée au second plan. Avec le recul, j’ai été en mesure de pointer deux moments « éthiquement importants » dans le processus de recherche, que Guillemin et Gillam, 2004 dans Clayton, 2013) décrivent comme « des situations difficiles, souvent subtiles et la plupart du temps imprévisibles qui surviennent dans la pratique de faire de la recherche » (p.262, traduction libre). Ceux que j’associe à mon inconfort.

 

Moment 1

C’était pendant les impros des filles. Depuis quelques scènes, elles orientaient le thème proposé autour d’un dilemme relationnel entre un gars « achalant » et une fille qui « sait se tenir » (« je pense que.. » ; « être une femme » ; « l’amour, c’est quoi? »). Lors d’une de celles-ci, une participante mima avec ses mains le geste d’ouvrir les jambes, et elle le fit avec une moue de dégoût telle, que j’en fus bouleversée. J’étais frappée du rapport à la sexualité féminine que ces filles manifestaient. Et moi assise avec ma caméra et mon carnet de notes, je me sentais comme une voyeuse qui ne faisait que prendre sans rendre ce qu’elles étaient en train d’exprimer, malgré elles sans doute. Je touchais la limite du sens d’avoir comme objectif la compréhension de la perspective des adolescents. À quoi toute cette démarche pouvait-elle bien mener si elle n’offrait pas aux filles elles-mêmes les possibilités de réfléchir (et d’agir?) sur ce qui, de manière évidente pour moi, entravait leur propre liberté d’être?

 

Moment 2

 

C’était au milieu de l’entretien de groupe avec les garçons, tous issus de l’immigration. Dans leurs impros, la différence fondée sur la couleur était revenue à plusieurs reprises. Pourtant, durant cet entretien, ils s’entendaient pour affirmer n’avoir jamais vécu ni discrimination ni racisme et ne faire aucune différence entre les amis de couleurs comme eux et les amis blancs. Il aurait été intéressant ici aussi d’approfondir et aller au-delà de ces apparentes contradictions, mais ce qui m’a touchée n’était pas de cet ordre cette fois. C’est lorsqu’un d’entre eux m’a regardée et demandé : «  Qu’est-ce que vous voulez au juste? » Je pouvais penser que tout avait été bien expliqué, que les garçons avaient répondu à l’invitation et s’exprimaient généreusement, mais je réalisais à ce moment que nous n’avions pas développé de véritables liens de confiance. Pourquoi proposer une démarche de réflexion-création sans disposer du temps nécessaire pour créer ces liens?  Une véritable vigilance éthique ne se situe-t-elle pas au cœur même du développement de relations attentives et sensibles avec les adolescents (Caron, 2009)? N’est-ce pas dans la construction de liens de confiance et de réciprocité que s’établissent des pratiques de recherche véritablement éthiques (Femmes autochtones du Québec, 2012)?

 

Pour conclure

 

Ces deux moments illustrent bien les effets de revirement que peuvent produire les multiples enjeux et tensions professionnels et institutionnels sur la pratique de la recherche avec les jeunes. La réflexion critique sur cette étape exploratoire a permis de pointer des enjeux épistémologiques, éthiques, méthodologiques qui l’ont traversée. Je conclurai en faisant ressortir trois éléments qui seront au cœur de la suite de la recherche et plus largement de la réflexion entourant la pratique de la recherche « avec » les adolescents. 1. La prise en compte et le respect du temps long de la recherche « avec » les adolescents basée sur la création-réflexion ; 2. La création de liens de confiance et de réciprocité avec les participants, ce qui implique la mise à plat et la problématisation des enjeux de pouvoir, des différences de statuts, de génération, d’appartenances à des groupes majoritaires/minoritaires ; 3. La mise en place d’un cadre de recherche (–intervention?) qui permette aux adolescents d’identifier leurs propres préoccupations et d’y réfléchir, de s’approprier ce qu’ils expriment et d’envisager des actions de transformation possibles (Conrad, 2004).

 

Reste à voir comment intégrer ces repères guidant une pratique de recherche « avec » des adolescents. Cette réflexion critique a aussi donné le souffle à la préparation du symposium La recherche « avec » qui se tiendra à Ottawa en avril-mai 2014. Cet événement souhaite mettre en lumière (et en commun) les enjeux que rencontrent isolément les chercheurs qui travaillent (ou souhaitent le faire) en étroite collaboration et à proximité des sujets.

 

Références bibliographiques :

 

Caron, Caroline (2009), Écouter « vraiment. Une méthodologie des sensibilités. Dans Vues mais non entendues. Les adolescentes québécoises francophones et l’hypersexualisation de la mode et des médias (p.116-161). Thèse de doctorat, département de communication, Université Concordia.

 

Cefaï, Daniel (2012), Coder l’engagement, présentation. Dans L’engagement ethnographique (p. 495-512). Paris : Éditions EHESS,.

 

Clayton, Kathleen Ann (2013), Looking beneath the Surface: a Critical reflection on ethical issues and reflexivity in a practitioner inquiry. Reflective Practice : International and Multidisciplinary Perspectives. vol.14. no. 4, 506-518.

 

Conrad, Diane (2004). Popular Theatre: Empowering Pedagogy for Youth”. Youth Theater Journal. vol. 18, 87-106.

 

Femmes Autochtones du Québec, Inc. (2012), Lignes directrices en matière de recherche avec les femmes autochtones, FAQ, 21p.

 

Fine, Michelle (1993). Sexuality, Schooling, and Adolescent Females : the Missing Discourse of Desire. Dans Lois Weis et Michelle Fine (dir.). Beyond Silenced Voices (p. 75-99), State University of New York.

 

Gaudet, Stéphanie (2009). Penser les éthiques de la recherché phronétique : de la procédure à la réflexivité. Cahiers de recherche sociologique. 48, 95-109.

 

Leavy, Patricia (2009), Method meets Art, New York, Gilford Press, 286p.

 

Nengeh Mensah, Maria (2009). Sexe, medias et hypermoralisation. Globe, Revue internationale d’études québécoises. vol. 12, no. 2, 169-180.

 

Niesyto, H. (2000), Youth Research on Video Self-productions. Reflections on a Social-aesthetic Approach, Visual Sociology.  vol.15. 135-153.

 



[1] Dans son article Penser les éthiques de la recherche phronétique : de la procédure à la réflexivité, Gaudet présente trois interprétations de ces principes dans leur application par trois institutions canadiennes : l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université d’Ottawa. Cette dernière est de loin la plus rigide et celle qui exerce le plus grand contrôle de la pratique de la recherche. 

[2] Même si cette note semble contradictoire, je tiens à souligner l’attitude d’ouverture et le désir d’adapter les procédures de la part des agents et de la direction du bureau de l’éthique de la recherche. On ne peut occulter le fait que les processus de la recherche qualitative sont encore mal connues et restent captifs des procédures établies en fonction d’une tradition de recherche en sciences médicales et de la nature.