169/0. Effets des recherches socio-cliniques sur les pratiques étudiées : enquêter/intervenir

169/0. Symposium: Effets des recherches socio-cliniques sur les pratiques étudiées : enquêter/intervenir

 

Resp: Gilles MONCEAU

EMA, Université de Cergy-Pontoise, France

 

Discutants : Maryan LEMOINE, FRED, Université de Limoges, France et Bruno ROBBES, EMA, Université de Cergy-Pontoise, France

 

Mots clés : implication/ recherche-intervention/recherche qualitative/ socio-clinique/subjectivité

 

Il existe, en Sciences sociales, différentes traditions de recherche qualitatives mettant en présence effective (physique) les chercheurs et les sujets de leurs recherches. De la démarche d’enquête participation, initiée par la « Social Survey » (comme celle menée à Pittsburgh au début du vingtième siècle) (Savoye, 1994) aux différents modèles de recherche-action, recherche collaborative et recherche-intervention élaborés dans divers cadres théoriques psychologiques et sociologiques, une place est donnée aux sujets dans des dispositifs de recherche qui portent sur des objets qui les concernent.

Certaines pratiques ethnographiques et la plupart des pratiques se qualifiant de « cliniques » reconnaissent désormais l’intérêt de tirer des conséquences méthodologiques du fait que leurs objets de recherche impliquent des sujets humains.

En Sciences de l’éducation, il existe un important corpus de recherches se situant selon cette perspective (Hugon, 1988) et différentes manifestations scientifiques ont interrogé les relations entre chercheurs et praticiens (Eduquer, 2004) ou plus largement entre les chercheurs et les populations dont ils étudient les pratiques et les élaborations subjectives (Bourassa et Boudjaoui, 2012).

L’analyse institutionnelle propose des outils théorico-méthodologiques utiles à la conduite de telles recherches : analyse de la commande, des demandes, des implications et  de la transversalité ainsi que travail des analyseurs et des modalités de restitution. Ceux-ci seront mobilisés tout au long du symposium. Le concept d’implication étant, par exemple, couramment convoqué pour penser les méthodologies du travail « de terrain » (Lourau, 1988).

Le symposium a permis le croisement de différentes modalités de recherche qui, dans différents champs concernés par l’éducation et la formation, en France, au Brésil et au Canada, intègrent explicitement la subjectivité des sujets dans le processus de recherche. Cette orientation suppose la construction de dispositifs collectifs et assume un effet de transformation sur les pratiques sociales étudiées. Enquêter c’est alors intervenir.

Notre objectif scientifique étant principalement d’analyser la manière dont les pratiques de recherche transforment les situations étudiées, chaque communication présentera une ou plusieurs recherches récentes répondant à ces caractéristiques et explicitera d’une part l’effet d’intervention qui a été produit et d’autre part le type de connaissance produit par la recherche. 

 

Références bibliographiques :

Bourassa, B. et Boudjaoui M. (coords.) (2012). Des recherches collaboratives en sciences humaines et sociales (SHS) : enjeux, modalités et limites. Québec : Presses Universitaires de Laval.

Eduquer, 8 (« Agir et chercher »), 2004.

Hugon, M.-A. (1988). Recherches impliquées, recherches action: le cas de l'éducation. Bruxelles : De Boeck Université.

Lourau, R. (1988). Le journal de recherche. Matériaux pour une théorie de l’implication.Paris : Méridien-Klincksieck.

Monceau, G. (2013). L’analyse institutionnelle des pratiques. Socio-clinique des tourments institutionnels. Paris : L’Harmattan.

Savoye, A. (1993). Les débuts de la sociologie empirique, Paris : Méridiens-Klincksieck.

 

Programmation du symposium :

(Salle G005)

 

Jeudi 29 août 2013

9h-10h45

Introduction : Gilles Monceau

9h10 : Lucia Mourao, Institut de santé collective, Université Fédérale Fluminense

9h30 : Claudia Penido, Ecole de soins infirmiers, Université fédérale du Minas Gerais

9h50 : Arnaud Dubois, Sciences de l’éducation, EMA, Université de Cergy-Pontoise

10h10 : Discussion

11h-12h30

11h : Cinira Magali Fortuna, Ecole de soins infirmiers, Site de Riberao Preto, Université de Sao Paulo

11h20 : Anna Rurka, Sciences de l’éducation, CREF, Université Paris Ouest Nanterre

11h40 : Roberta Romagnoli, Faculté de psychologie, Université Pontificale Minas Gerais (Belo Horizonte)

12h : Discussion

14h30-16h30

14h30 : Solange L’Abbate, Sociologie, Santé collective, Faculté de médecine, Université de Campinas (avec Carla Spagnol et Luciane Maria Pezatto)

14h50 : Pascale Breugnot, CREF, ETSUP et CREF Université Paris Ouest Nanterre et Dominique Fablet, Sciences de l’éducation, CREF, Université Paris Ouest Nanterre

15h10 : Maria-Livia do Nascimento, Faculté de psychologie, Université Fédérale Fluminense

15h30 : Discussion et synthèse partielle

Vendredi 30 août 2013

9h-10h45

9h : Patricia Alonso Bessaoud, Sciences de l’éducation, FRED, Université de Limoges

9h20 : Marguerite Soulière, Anthropologie, Ecole de Service Social, Université d’Ottawa

9h50 : Laurence Gavarini, Sciences de l’éducation, CIRCEFT, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis

11h-12h30

11h : Silvia Tedesco, Faculté de psychologie, Université Fédérale Fluminense

11h20 : Sébastien Pesce, Sciences de l’éducation, EMA, Université de Cergy-Pontoise

11h40 : Discussion

12h : Synthèse et perspectives du symposium : Maryan Lemoine, Bruno Robbes et Gilles Monceau

 

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Résumés

(Le texte de chaque communication est disponible sur ce site)

 

Communication 1 

Un dispositif d'élaboration d'une parole audible. Le cas d'ateliers de parents et de professionnels de l'éducation

 

Patricia Bessaoud Alonso

FRED, Université de Limoges, France

 

Mots clés : dispositif/expérience/ démarche clinique

 

Ce dispositif s'inscrit dans le cadre d'une Recherche Action Formation- à mi-étape- visant à permettre une meilleure connaissance des relations entre parents et institutions éducatives. L'intention est d'accompagner les changements qui permettront de favoriser la réussite de tous les enfants, en particulier, ceux issus des milieux socialement défavorisés. La municipalité qui nous a sollicité - petite ville du centre ouest de la France peu urbanisée et relativement enclavée - , a été retenue par l'IRDSU (Inter Réseaux des professionnels du Développement Social Urbain) afin qu'elle soit associée à 22 autres sites et validée dans le contexte du chantier « Projet Éducatif Territorial ».

Le dispositif retenu a consisté en la mise en place d'ateliers (groupes de parole) : un groupe de professionnels de l'éducation et un groupe de parents. Les ateliers ont eu pour objet de créer une vraie circulation de la parole, supposant une réflexion des participants, centrée sur leurs vécus et l’interprétation qu'ils en ont, la confrontation de ces réflexions, devant permettre une évolution constructive des pratiques. Les groupes constitués ont été animés par une équipe de 4 personnes : deux universitaires, une clinicienne et une coordinatrice de MDA (Maison Des Adolescents). Chaque participant a signé un contrat garantissant la confidentialité des échanges ainsi que l'engagement d'assister à l’ensemble des séances. Les ateliers se sont organisés en cinq séances de « partage de l’expérience » et une séance de « croisement des savoirs », initialement programmés, puis trois séances furent finalement nécessaires, une séance d'écriture et une séance de synthèse pour chacun des groupes puis une  seconde séance de « croisement des savoirs ».

Notre interprétation des faits et gestes pendant les séances s'est déployée selon une approche clinique. Ce qui a supposé de créer les conditions à partir desquelles chaque groupe a pu décrire de façon la plus précise possible les faits vécus. L'interprétation s'entend, ici, comme l'expression d'une réalité subjective livrée au groupe qui en la recevant, réagit et lui donne un éclairage signifiant. Ainsi, à titre d'exemple, le déni n'est pas seulement dénoncé, il est pratiqué pendant les échanges ; la solitude est vécue dans le groupe avant d'être identifiée comme ressentie brutalement dans les établissements.

La Recherche Action montre que chacun de sa place et au regard de sa propre expérience, tente de bâtir, le devenir des enfants sans toujours avoir une conscience vive des certitudes et/ou des incertitudes qu'ils produisent au détriment d'un partenariat actif et élaboré conjointement.

C'est l'expérience de la relation parents/professionnels de l'éducation comme construction subjective fondée sur une parole, des allants de soi, des gestes, des silences, que je questionnerai, ici, comme un miroir fortuit des formes d'actions existantes.

 

Références bibliographiques :

Beillerot, J., Blanchard-Laville, C., Mosconi N. (2000). Formes et formations du rapport au savoir, coll. « Savoir et formation », Paris : L’Harmattan.

Goffman, E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne, Paris : Minuit

Segalen, M. (2010). A qui appartiennent les enfants, Paris : Tallandier

 

 

Communication 2

Analyser les pratiques des professionnels de la protection de l’enfance, entre recherche et intervention

 

Pascal Breugnot et Dominique Fablet

 CREF, Université Paris Ouest Nanterre La Défense

 

Mots clés : recherche socio-clinique/ analyse des pratiques/ formation, intervention.

 

Les recherches développées au sein de notre équipe de recherche se centrent, entre autres, sur l’analyse des pratiques dans le champ socio-éducatif et privilégient une approche socio-clinique. Ce qui permet de différencier les dispositifs d’analyse des pratiques professionnelles, c’est avant tout la finalité poursuivie : la formation initiale ou continue des professionnels, la production de connaissances quant aux pratiques professionnelles ou encore l’évolution de celles-ci, sans d’ailleurs que l’une de ces finalités soit exclusive des autres (Marcel J.-F. & al., 2002).

Néanmoins, dans le champ socio-éducatif et de façon plus générale, il semble pertinent de distinguer les activités de recherche socio-clinique, qui s’efforcent d’étudier différentes catégories d’actions, et les activités de formation et d’intervention qui ont davantage pour visée la transformation des pratiques socio-éducatives. Mais si la distinction se révèle utile, il ne s’agit pas pour autant d’opposer ces deux types d’activités, aussi après avoir caractérisé les unes et les autres, on mettra en évidence leur complémentarité à partir de deux exemples de recherche-intervention dans le secteur de la protection de l’enfance où il a été possible de combiner recherche, intervention et formation.

Récemment nous avons mené deux recherches à la demande de deux associations :

-la première sur deux dispositifs présentés comme innovants en ce qu’ils cherchent à développer en protection de l’enfance ce que les travailleurs sociaux appellent : « le travail avec les familles » ;

-la seconde sur la spécificité des pratiques de technicien(ne)s de l’intervention sociale et familiale lors de l’accompagnement des familles à leur domicile dans le cadre de la protection de l’enfance.

À partir de ces deux exemples, on cherchera à caractériser les orientations de travail et la démarche poursuivie, qui associe de façon différenciée production de connaissances et  intervention (analyse de la commande/demande, processus d’investigation, restitution, prolongements en termes de formation...) et à mettre en évidence leur intérêt et leurs limites.

 

Références bibliographiques :

Durning, P. (1995). Éducation familiale. Acteurs, processus, enjeux, Paris : PUF (réédition, L’Harmattan, 2006).

Enriquez, E. (2011). Désir et résistance : la construction du sujet, Lyon : Parangon/Vs.

Marcel, J.-F. & al. (2002), « Les pratiques comme objet d’analyse », Revue Française de Pédagogie, n° 138, 135-170.

 

Communication 3

Les effets d’une recherche sur un dispositif de formation des enseignants

 

Arnaud Dubois

EMA, Université de Cergy Pontoise, France

 

Mots-clés : monographies,/clinique d’orientation psychanalytique/ analyse de pratiques/ intervention.

 

Il s’agira dans cette communication de présenter la transformation progressive d’un dispositif de formation des enseignants du second degré débutants sous l’effet d’une recherche. Prenant appui sur les résultats d’une recherche menée dans le cadre d’une thèse en Sciences de l’éducation soutenue en 2011, je tenterai de restituer comment l’évolution de mon questionnement de recherche a progressivement modifié le dispositif d’analyse de pratiques dans lequel a été recueilli le matériel qui fut l’objet des investigations.

Le corpus était constitué d’un ensemble de monographies rédigées entre 2002 et 2010 par des enseignants du second degré débutants. Ces monographies - récits écrits de situations professionnelles vécues par des professionnels de l’éducation - ont été l’objet d’élaborations dans un groupe d’analyse de pratiques mis en place dans le cadre d’un dispositif de formation. Le travail proposé au groupe était clinique, dans la mesure où le principal objectif de ce dispositif est d’aider les praticiens à « élaborer psychiquement » (Blanchard-Laville, 2012) une partie des processus inconscients à l’œuvre pour eux dans les institutions dans lesquelles ils travaillent et dans les relations dans lesquelles ils sont engagés. Le cadre théorique mobilisé pour l’étude du matériel de recherche ainsi rassemblé, c’est-à-dire le cadre de la clinique d’orientation psychanalytique en Sciences de l’éducation, a permis de formuler des hypothèses sur les processus psychiques inconscients à l’œuvre pour les enseignants débutants, à un moment où ils semblent traverser une « adolescence » et une « post-adolescence » professionnelles (Bossard, 2009).

Cette recherche portait sur des textes écrits dans le cadre d’un dispositif de formation dont la visée était d’aider les enseignants débutants à transformer des affects éprouvés en situation, afin qu’ils puissent les métaboliser et ainsi modifier leurs pratiques professionnelles. S’il a été impossible pour le chercheur de mesurer les effets de transformation de ces pratiques professionnelles, du fait de la méthodologie retenue, il s’est avéré que le questionnement de recherche a modifié le dispositif d’analyse de pratiques mis en place initialement par le chercheur, qui était aussi formateur.

Inspiré du courant psychanalytique de la pédagogie institutionnelle (Imbert, 1994), le groupe d’analyse de pratiques mis en place pour la formation était d’abord fortement marqué par les projections identificatoires du formateur aux figures fondatrices de ce courant pédagogique. La restitution de l’évolution du dispositif d’analyse de pratiques sous l’effet de la recherche permettra de rendre compte de l’effet de transformation du dispositif de formation proposé, et d’expliciter l’effet d’intervention produit sur l’institut de formation.

 

Références bibliographiques :

Blanchard-Laville,  C. (2012). Pour une clinique groupale du travail enseignant. Cliopsy, 8, 47-71.

Bossard, L.-M. (2009). Enseignants débutants : de « l’adolescence professionnelle » à la « post-adolescence professionnelle ». Cliopsy, 2, 65-77.

Imbert, F. et le GRPI. (1994). Médiations, institutions et loi dans la classe. Paris : ESF.

 

Communication 4

Enjeux d’une équipe de santé de la famille gérée par l’université

 

Cinira Magali Fortuna

NUPESCO, Université de São Paulo, Brésil

 

Mots Clés : santé de la famille/santé collective/ recherche-intervention/ analyse institutionnelle

 

Au Brésil, depuis 1994, les équipes de Santé de la famille sont en charge de la réorganisation du système de santé selon une logique d’accompagnement des familles vivant sur un même territoire. Le rôle de chacune de ces équipes est de développer des actions de prévention, de promotion, et de soins. Au minimum, elle se compose  d’un médecin, d’une infirmière, de deux infirmières auxiliaires, d’un dentiste et de six agents communautaires de santé.

Pour former des professionnels répondants au besoin de cette organisation, des structures et des dispositifs particuliers sont mis en place pour préparer à des pratiques plus polyvalentes dont l’objectif est de prendre en compte les usagers non seulement dans leur santé physiologique mais aussi dans leur insertion sociale. 

En 2002-2003 nous avons mené une recherche-intervention avec une équipe de Santé de la famille qui nous avait demandé de l’accompagner dans la mise en place d’actions plus pertinentes en Santé de la famille. Cette recherche a eu comme cadre théorique et méthodologique l’Analyse  institutionnelle et la Santé collective.

Une équipe de Santé de la famille avait été implantée dans un centre de santé « traditionnel », fonctionnant depuis les années 1940 comme PMI (Protection Maternelle et Infantile).  Cette équipe a alors été en lien avec d’une part l’Université et d’autre part le Secrétariat de la Santé de la Municipalité. Après plusieurs changements de politique de santé, le centre est devenu un lieu de stage pour la Faculté de médecine.

Au bout de dix années de cette recherche-intervention, les données ont été revisitées et les effets de l’intervention mis en analyses.

L’analyse collective du travail a montré que la consultation médicale individuelle constituait toujours la principale offre de l’équipe envers ses usagers. Ainsi, malgré le changement prescrit par la nouvelle politique de santé, les analyses montraient une persistance des mêmes optique et logique qu’avant l’instauration de la Santé de la famille.

La présence de l’Université (incarnée par des professeurs de médecine, des internes, des étudiants en psychologie et en odontologie, des infirmières…) avait induit des inconvénients autant que des avantages. Si l’Université pouvait apporter son aide, elle pouvait aussi être perçue comme une charge venant s’ajouter à celle des usagers du centre.

La construction de l’analyse collective a débouché sur une lecture plus complexe des problèmes et a pointé la difficulté d’intégrer les travailleurs de l’ancienne équipe à la nouvelle équipe de Santé de la famille. Le processus d’analyse a cependant permis un changement de point de vue en passant d’une compréhension uniquement lié aux  vécus individuels à une prise en compte plus large du contexte historique, social et politique aussi bien local que national. De plus, l’existence de projets « cachés » a été mise en évidence.  C’est par exemple le cas du désir de servir de « modèle » pour d’autres municipalités implantant des équipes de Santé de la famille dans des centres de santé déjà existants.

Au terme de cette recherche, l’Université et la municipalité ont décidé (sans consulter l’équipe) de retirer les internes et médecins contractuels. Ainsi, l’équipe va continuer à fonctionner de manière traditionnelle mais avec des agents communautaires de santé.

Cela serait-il un effet de l’intervention ?

 

Références bibliographiques :

Baremblitt, G.-F. (1998). Introdução à esquizoanálise. Belo Horizonte : Instituto Felix Guattari,1998

Franco,T. B ; Anadrade, C. S. ; Santos, V.S. (2009). A Produção de Subjetiva do cuidado - Cartografia da estratégia saúde da família. São Paulo: Editora Hucitec.

L’Abbate S. (2003). A análise institucional e a saúde coletiva. Ciênc. saúde coletiva. 8(1) : 265-74.

Monceau G. (2008). Implicação, sobreimplicação e implicação profissional. Fractal. Rev. Psicol. 20 (1): 19-26.

 

Communication 5

Revisiter les façons de voir et de traiter le décrochage scolaire, à l’occasion d’une enquête collaborative sur les partenariats éducatifs

 

Laurence Gavarini

ACEF-CIRCEFT, Université Paris 8-Vincennes Saint-Denis, France

 

Mots clefs : décrochage scolaire/remédiation/ recherche collaborative/ approches cliniques en sciences de l’éducation    

 

Nous évoquerons une recherche à ses débuts, menée  en Ile de France « S’arrime à quoi ? Liens, paroles, rapport au savoir des adolescents décrocheurs» (financement Fondation de France/Conseil Régional d’Ile de France- PICRI, 2012) et qui porte sur ce que nous appelons le désarrimage des adolescents pour nous décaler du discours sur le décrochage scolaire. Une hypothèse théorique nous permettant de revisiter les façons de voir et de traiter la question repose sur l’idée  d’homologie fonctionnelle  (Pinel, 1996),  le désarrimage des  adolescents générant ou pouvant être  en miroir des processus de déliaison, repérables au sein des collectifs et des équipes de travail censées mobilisées autour des collégiens en grandes difficultés. Ces fonctionnements  en miroir entre les  professionnels (que ce soit les équipes enseignantes et  éducatives, le  Groupe d’Aide à l’Insertion, le Pôle Pédagogique Social et d’Orientation, le Réseau Ambition Réussite, le Programme Personnalisé de Réussite Educative, les  dispositifs de remédiation scolaire, l’inter-secteur Pédopsy...) et les usagers, objets de leur  soin  (les collégiens en grande  difficulté  ou classés  décrocheurs)  nous ont paru repérables dès les premiers contacts avec le terrain.

Cette hypothèse théorique est relayée dans notre travail sur le terrain par une hypothèse méthodologique qui consiste  à penser que le dispositif de recherche collaborative que nous proposons aux équipes a la force d’un analyseur, nous permettant de mieux comprendre les modalités et les processus du décrochage à travers notamment ces phénomènes en miroir. Il s’agit pour nous d’étudier in process  les liens /non liens existant entre les partenaires supposés prévenir, accompagner, remédier ensemble au dit décrochage scolaire. Nos premières observations, en particulier la difficulté que nous rencontrons à cartographier l’articulation des dispositifs en place, ne serait-ce  qu’à l’échelle d’un territoire urbain identifié, à mettre sur pied des groupes d’analyse de situations de décrochage avec des professionnels inscrits dans  des réseaux de partenariat, pourraient servir de premiers indices.

Cette recherche conduite par l’équipe Approches Cliniques de l’Education et de la Formation (ACEF-CIRCEFT) a une orientation explicitement référée à la clinique, alliant psychanalyse et socio-clinique. Nous y travaillons sur un matériel subjectif et représentationnel, issu  des acteurs individuels et institutionnels, rarement exploré jusqu’ici dans les recherches sur le  décrochage  scolaire.

Tester ces hypothèses au regard des premiers matériaux recueillis et montrer quelques possibilités heuristiques liées à ces phénomènes d’homologie fonctionnelle constitueront le propos central de cette communication pour une compréhension « revisitée » du décrochage scolaire.

 

Références bibliographiques :

Blanchard-Laville  C., Chaussecourte  P., Hatchuelle F. et Pechberty B. (2005). Recherches cliniques d’orientation psychanalytique dans le champ de l’éducation et de la formation. Revue française de pédagogie,  151,  111-162.

Cifali, M. et Giust-Desprairies, F. (2006). De la clinique : un engagement pour la recherche et la formation. Bruxelles : De Boeck Supérieur.

Pinel,  J-P (1996). La déliaison pathologique des liens institutionnels dans les institutions de soins et de rééducation. Perspective économique et principes d’intervention. In KAËS  (dir.) Souffrance et psychopathologie des liens institutionnels, Paris : Dunod.

 

Communication 6

Analyse institutionnelle/Socioanalyse et Santé Collective : recherche et intervention

 

Solange L’Abbate

Département de Santé Collective, Faculté de Sciences Médicales, Université de l’état de Sao Paulo à Campinas (UNICAMP), Brésil

 

Carla Spagnol

Ecole de Soins infirmiers, Université Fédérale du Minas Gerais (UFMG), Brésil

 

Luciana Maria Pezzato

Département d’odontologie, Université Catholique de Campinas, Brésil

 

Mots-clés : analyse institutionnelle/ socianalyse/ santé collective/ recherche-intervention/ savoirs et pratiques de santé.

 

Dans le contexte brésilien, depuis les années 1970, le terme Santé collective désigne une institution exerçant des activités à caractère associatif, universitaire, politique et idéologique, et proposant des manières novatrices d’articuler différents champs contribuant à la santé de la population. Sa forme la plus visible est sans doute l’Associação Brasileira de Saúde Coletiva (Abrasco : Association brésilienne de Santé collective), fondée en septembre 1979.

Les possibilités d’appliquer le cadre de référence de l’Analyse institutionnelle et de la Socianalyse (Lourau, 1970) à des objets de recherche et d’intervention en Santé collective ont été mentionnées pour la première fois lors du séminaire « Éducation, médecine et action sociales : de la recherche clinique au politique », qui s’est tenu en septembre 2002 au département des Sciences de l’éducation de l’Université Paris VIII (Saint Denis). Depuis, dans le cadre des études de master/doctorat du Département de Santé Collective de la Faculté de Sciences médicales de l’Université de l’état de Sao Paulo à Campinas (Unicamp), au Brésil, des recherches et interventions conduites par moi-même et/ou sous ma direction se sont traduites en mémoires, thèses, textes et articles abordant des thèmes différents, comme :la formation des médecins « residentes » (internes) de soins primaires; la constitution d’équipes d’accueil en santé mentale ; l’analyse des situations de conflit dans des équipes d’infirmiers hospitaliers (Spagnol, 2006); des propositions d’approches novatrices en santé buccale (Pezzato, 2009).

En combinant différentes stratégies théorico-méthodologiques : des entretiens non directifs, un dispositif socianalytique, des principes de recherche-action-intervention, la tenue de journaux individuels et collectifs, des chercheurs ont produit des transformations importantes dans les organisations faisant l’objet de leurs analyses. Parmi ces changements, nous citerons : une plus grande compétence d’action des médecins « residentes » (internes) grâce à l’appropriation des instruments de l’Analyse institutionnelle (selon les témoignages des sujets eux-mêmes) ; l’élaboration de matériel didactique pour la formation des infirmiers leur permettant d’agir de façon plus efficace dans les conflits surgissant au sein des équipes ; la rénovation des pratiques des chirurgiens-dentistes en transformant leur conception  de l’organe buccal ; l’amélioration de la prise en charge en santé mentale par une plus grande responsabilisation de l’équipe par rapport à sa patientèle.

Tous ces travaux ont été réalisés dans le cadre d’organisations de santé faisant partie du Sistema Único de Saúde (SUS - Système unique de Santé), à caractère public. Ils articulent étroitement recherche, formation des professionnels et transformation des pratiques individuelles et collectives.

 

Références bibliographiques :

Lourau, R. (1970).  L’analyse institutionnelle. Paris : Minuit.

Spagnol, C.-A. (2006). A trama dos conflitos vivencia da pela equipe de enfermagem no contexto da instituição hospitalar : como explicitar seus “nós”? Tese de doutorado em Saúde Coletiva, Faculdade de Ciências Médicas da Universidade Estadual de Campinas/São Paulo/Brasil.

Pezzato, L. M. (2009).  Encontros, instituições e sujeitos em análise: alta pactuada em Saúde Bucal. Tese de doutorado em Saúde Coletiva, Faculdade de Ciências Médicas da Universidade Estadual de Campinas/São Paulo/Brasil.

 

Communication 7

Implications des professionnels des soins de santé: réflexions sur les actions du programme HIPERDIA dans les centres de santé

 

Lucia Cardoso Mourao et Tuany Nobre Soussume

Institut de Santé Collective, Université Fédérale Fluminense (UFF), Brésil

 

Mots clés : analyse institutionnelle/ éducation en santé/ implication/ promotion de la santé/ soins de santé primaires

 

La santé publique, au Brésil, est une pratique sociale à laquelle contribuent les activités des différents professionnels dans un système de santé hiérarchisé. Parmi les actions réalisées par ces professionnels de santé, dans le domaine des « soins primaires », se trouve le système d'enregistrement HIPERDIA destiné aux malades souffrant d’hypertension et de diabète.

Les situations personnelles et professionnelles des individus mais aussi les modalités de gestion influent sur le fonctionnement de ce système.  La vie quotidienne des équipes, la disposition des locaux, la structuration du temps, les rapports économiques et matériels entre les professionnels, tout cela participe, en continu, à la production de la réalité institutionnelle et de ses aléas. Cette observation est importante pour le travail d’analyse institutionnelle qui vise à comprendre les déterminations institutionnelles qui pèsent sur les pratiques (Monceau, 2008).

L’objectif de notre travail de recherche-intervention avec une équipe professionnelle du programme HIPERDIA est d’analyser ses pratiques en interrogeant leurs effets sur la mise en acte du droit des citoyens à la santé.

L'implication est l'un des concepts fondamentaux de cette approche. Elle se définit par la relation que nous établissons tous, consciemment ou inconsciemment, avec notre objet d'étude et/ou d’intervention, avec notre référence à un champ épistémologique, avec notre écriture et avec tout ce qui affecte les conditions de notre travail (rémunération, carrière et appartenances organisationnelles). L'implication se réfère également à la dimension affective de notre vie personnelle et familiale et, enfin, à nos relations avec l'ensemble de la société dans laquelle nous vivons. (Lourau, 1998). A partir de concepts opératoires tels que l’implication, la transversalité et les analyseurs, nous avons cartographié l'activité du professionnel impliqué dans le programme HIPERDIA en le considérant comme un sujet en interaction avec d'autres sujets appartenant à d’autres professions.

Un espace de dialogue et d'analyse réflexive est construit comme dispositif de collecte de données. Il s’agit d’entretiens individuels et de groupes de discussion. Ce dispositif a permis aux professionnels de mieux saisir, par eux-mêmes et par le travail d’analyse collective, quelles sont les institutions qui les traversent et à quels processus subjectifs ils sont exposés (Altoé, 2004).

Le résultat principal de cette étude est la possibilité pour le professionnel de retrouver une capacité à agir en comprenant mieux les  aspects affectifs, les dimensions professionnelles et idéologiques qui sont inhérentes à toute pratique. Accepter et analyser ces dimensions peut contribuer à donner plus de puissance et de légitimité à leur travail, ce qui peut avoir un effet sur la qualité de vie des brésiliens qui bénéficient du service de santé.

 

Références bibliographiques :

Altoé, S, (org).  (2004). René Lourau: analista institucional em tempo integral. São Paulo: Hucitec.

Lourau, R. (1988). Le Journal de Recherche. Matériaux d’une théorie de l’implication. Paris : Méridiens Klincksieck.

Monceau, G. (2008). Entre pratique et institution. L'analyse institutionnelle des pratiques professionnelles. Nouvelle Revue de l'Adaptation et de la Scolarisation, n°41, 145-159.

 

Communication 8

Les effets  d'une pratique d'intervention au sein d'un établissement de  protection des enfants

 

Maria Livia do Nascimento

Département  de Psychologie, Université Fédérale Fluminense (UFF), Brésil

 

Mots-clés : protection/ négligence/ judiciarisation/ gouvernabilité

 

Les réflexions présentées dans cette communication s’appuieront sur une pratique d’intervention réalisée auprès des conseils tutélaires de l’Etat de Rio de Janeiro. Le Conseil tutélaire est un équipement social de la protection des enfants et des adolescents au Brésil.

La proposition est de mettre en analyse les significations, qui circulent dans cet établissement, données aux pratiques de protection à partir  d’un analyseur :  la négligence de la  famille. L’objectif est de problématiser la manière dont s’institue la relation entre la protection apportée par les professionnels et la  négligence qu’ils perçoivent de la part de la famille.

Dans le contexte du Conseil tutélaire, la protection occupe une place naturalisée, instituée.  Sa garantie est désirée par tous. 

Dans le même temps, la négligence est généralement comprise comme volontaire, comme un acte irresponsable de la part des parents envers leurs enfants.  Cette négligence est souvent considérée par les professionnels comme relevant de responsabilités individuelles.  L’évaluation négative de la famille est alors liée au fait que lorsque les parents ne se comportent pas de la manière attendue par le Conseil, ils sont perçus comme coupables de négligence.

Compte tenu de ces interrogations, notre intervention auprès du Conseil tutélaire propose la construction de dispositifs collectifs mettant en analyse la production, par les professionnels, de cette idée de familles négligentes dans le contexte de la protection instituée. Plus largement, on pense à la criminalisation des familles pauvres et aux interventions juridiques et sociales qui punissent la pauvreté. La protection est alors travaillée comme une pratique de gouvernement de la vie des sujets.

Pour effectuer une telle analyse, deux références épistémologiques et méthodologiques sont utilisées: 1) l’analyse institutionnelle qui met en évidence l’analyse des implications,  la transversalité et la construction de analyseurs,  2) la notion de biopouvoir de Michel Foucault et ses réflexions sur la régulation de la vie. Avec ces outils, il est possible d'intervenir au Conseil tutélaire en portant attention à la culture contemporaine  de la punition et à l'exercice de l'autorité diffusé dans le social, pour discuter le lien entre la protection, la surveillance et le jugement et enfin, pour penser la judiciarisation de la vie.

Ce travail a été mené avec des stagiaires de psychologie, sous ma direction. Nous menons l’analyse de la routine quotidienne  du conseil, en particulier en ce qui concerne l’équipe des conseillers. La proposition est de procéder à l’analyse des mouvements, des savoirs cristallisés et des vérités établies présentes dans les relations entre ces conseillers et les familles. Cette perspective de travail met en question  les pratiques instituées et les vérités hégémoniques, considérées universelles et intemporelle. C’est le cas lorsque des parents sont jugés négligents et que ceci est suivi de punitions, de contrôle et de menaces.

L’intervention a eu comme effets la production de tensions, de brouillages de ce qui est institué et de construction de nouvelles références à partir du travail entre l’équipe du Conseil et les stagiaires-intervenants. En recourant à l’analyse des implications, il est possible de rompre la reproduction de l’institué.

 

Références bibliographiques :

Lourau, R. (1993). Análise Institucional e práticas de pesquisa.  Rio de Janeiro: UERJ.

Castel, R. (2003). L’insécurité sociale : qu’est-ce qu’être protégé ? Paris: Seuil.

Foucault, M. (2004). Securité,  territoire,  population.  Paris: Seuil.

 

Communication 9

L’analyse de l’implication comme dispositif de transformation du processus de travail

 

Cláudia Maria Filgueiras Penido

École de Soins infirmiers, Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG), Université de Itaúna-MG

 

Mots-clés: analyse de l’implication/ santé mentale/ soins de Santé Primaire/ stratégie de Santé de la Famille.

 

La présente étude prolonge une thèse doctorale qui avait pour objectif général d’analyser les implications d’une équipe de spécialistes en santé mentale (psychiatres et psychologues) et d’une équipe de Santé de la Famille (infirmiers, médecins généralistes et agents communautaires de santé) dans l' « Appui Spécialisé en Santé Mentale » (AESM) apporté par la première équipe à la deuxième.

La recherche a été menée à Santa Luzia (Minas Gerais).  Le chercheur ayant conduit ce travail et par ailleurs cadre de l'équipe qui offre l'appui en santé mentale (AESM), ce qui lui confère un statut de praticien-chercheur, ce dont les implications sont aussi analysées.

Au Brésil, l'AESM est théorisé comme « Apoio Matricial en Saúde Mental » (Appui Matriciel en Santé Mentale) (Campos, 1999). L'équipe de Santé de la Famille (ESF) est la coordinatrice du soin de santé primaire et elle est aidée pour soutenir la complexité de sa tâche. L'AESM a pour objectif pédagogique de collaborer à la construction de l’autonomie de cette équipe (ESF) de terrain. La démarche d’appui (AESM) est fondée sur la co-responsabilisation et le partage du savoir clinique entre spécialistes et généralistes.

L'Analyse institutionnelle de René Lourau est le référentiel théorico-méthodologique de cette recherche, notamment son concept d'implication (Lourau, 1996), compris comme étant le rapport que les acteurs entretiennent avec l'institution. Les données ont été recueillies à partir de la consultation de documents, de groupes focaux menés avec les deux équipes et d’entretiens conduits avec les cadres concernés.

Pour analyser les implications primaires et secondaires (Lourau 2004) du praticien-chercheur (auteur de cette communication) , analyse menée transversalement à la recherche, l'écriture diaristique a été utilisée.

On a identifié que l'équipe spécialisée, l’équipe d’appui, se légitime  souvent de son savoir pour justifier ses avis sur les aspects du processus de travail, ce qui engendre des conflits avec l'ESF. La surimplication (fort engagement idéologique et organisationnel) de l’équipe d’appui dans le dispositif de l’AESM rendait les psychologues et les psychiatres appartenant à celle-ci, peu ouverts à des changements dans le processus de travail, changements demandés par les travailleurs de Santé de la famille.

Par exemple, nous avons identifié que l'équipe d’appui était tellement attachée à la stratégie pédagogique de la « consultation partagée» (consultation avec les patients menée conjointement par des professionnels de l'une et de l'autre équipe) que ses membres pouvaient refuser de voir un patient si l'infirmière où le médecin de l’ESF n'était pas disponible pour partager la consultation. Ce type de refus générait des tensions non analysées entre les deux équipes.

Pendant la recherche, l'analyse des implications du praticien-chercheur était progressivement restituée et discutée entre lui-même et son équipe, ce qui a contribué à élargir, pour tous, la capacité d'analyse du processus de travail. C’est principalement la prise de conscience de la surimplication de l’équipe d’appui dans les objectifs pédagogiques du dispositif qui a été retenue comme résultat. Celui-ci a stimulé une négociation plus horizontale dans la conduite du travail entre les équipes concernées. Elles ont, par exemple, envisagé qu’il était possible de partager le savoir clinique sans être nécessairement toujours en co-présence  au moment de la consultation.

 

Références bibliographiques :

Campos, G. W. S. (1999). Equipes de referência e apoio especializado matricial : um ensaio sobre a reorganização do trabalho em saúde. Ciênc Saúde Coletiva, vol. 4, n° 2, 393-403.

Lourau, R. (2004). Implicação: um novo paradigma? In: Altoé S. (Org.) René Lourau: analista institucional em tempo integral. São Paulo: Hucitec, p.246-258.

Lourau, R. (1996). Interventions socianalytiques : les analyseurs de l’église. Paris : Anthropos.

 

Communication 10

Transformation des pratiques au travers de l’enquête dialogique : analyse d’une expérience de recherche-action-formation

 

Sébastien Pesce

EMA, Université de Cergy-Pontoise (UCP), France

 

Mots-clés : communauté de recherche, pragmatisme,  recherche-action-formation

 

La présente proposition porte sur  un dispositif de recherche-action-formation mis en œuvre au sein d’équipes éducatives et pédagogiques. Ce dispositif s’inscrit dans la tradition de la « théorie de l’enquête » développée par Dewey (1938) sur la base des apports de la sémiotique peircienne (Peirce, 1878). Ce modèle décrit la production des connaissances comme le résultat de l’action conjointe des membres d’une « communauté de recherche » qui, sur la base du constat d’une crise (un écart entre théories de références et expérience empirique) s’engage dans une activité d’investigation. Cette enquête amène les sujets à questionner les modalités de leur engagement sémiotique dans leur environnement : quels sont les signes qu’ils identifient, quels modes de lecture leur appliquent-ils, quelles formes d’action privilégient-ils sur cette base ?

Le dispositif de formation vise à rassembler les conditions de constitution de telles communautés. Il s’agit, en s’inspirant de diverses modalités d’analyse de pratique et en les aménageant, d’accompagner les équipes dans la production de récits portant sur les situations critiques, l’élaboration d’interprétations conflictuelles, la recherche et la mise en œuvre de pistes d’actions. Cette modalité d’intervention se distingue d’autres formes d’analyse de la pratique professionnelle par certains traits : elle suppose des sessions longues (2 jours en moyenne) ; elle s’appuie sur une forte intégration de l’alternance entre sessions formelles et temps d’expérimentation sur le terrain ; cette alternance est l’occasion de la mise en œuvre d’expérimentations pédagogiques qui font l’objet d’une contractualisation ; les apports théoriques proposés au groupe sont essentiellement inspirés de la sémiotique et de la pragmatique peirciennes ; les interactions, dans les premières sessions, sont très précisément cadrées, s’éloignant autant que possible d’une logique de « libération de la parole ».

Les principaux effets du dispositif sont l’identification d’abord, la verbalisation ensuite, et finalement la reconfiguration des schémas narratifs et des métaphores qui organisent l’investissement par les acteurs de leur environnement de travail. Si la déconstruction des situations vécues est la première condition de cette transformation, c’est surtout la manière dont est structurée l’expérimentation de terrain, analysée puis réajustée de session en session, qui rend possible l’ajustement des ces schémas. En effet ceux-ci ne relèvent ni de la simple « connaissance », ni de « représentations mentales » : l’ajustement de ces schémas exige un jeu de désincorporation et d’incorporation progressives (Merleau-Ponty, 2003).

Dans un tel contexte, la subjectivité des professionnels organise pleinement la recherche à deux niveaux : pensée comme constituée notamment de ces schémas narratifs, elle est le matériau même que manipule le groupe pour repenser son action collective ; par ailleurs, pour l’intervenant dont le projet est de construire une connaissance portant sur les modalités d’engagement dans l’action et les conditions de transformation des postures professionnelles, elle est la matière première du travail de recherche.

 

Références bibliographiques:

Dewey, J. (1938) Logic, The Theory of Inquiry, New York: Henry Holt.

Merleau-Ponty, J. (2003) L’institution de la passivité, Paris : Belin.

Peirce, C. S. (1878). Comment se fixe la croyance, La Revue Philosophique de la France et de l’Etranger, vol. VI, 3ème année, p. 553–569.

 

Communication 11

Recherche-intervention dans le Centre de Référence de l’Assistance Sociale – (CRAS) Vila Cemig : rapports entre l’université et la communauté dans le cadre de l’assistance sociale au Brésil

 

Roberta Carvalho Romagnoli, Faculté de psychologie

Université Pontificale Catholique de Minas Gerais (PUC Minas), Brésil

 

Mots-clés: recherche intervention/ analyse institutionnelle/ assistance sociale/ subjectivation.

 

Différentes modalités de recherche-intervention reconnaissent, au Brésil, la complexité sociale et l’absence de neutralité des chercheurs signalées par Lourau (2004). Ces recherches ont aussi pour intention de contribuer effectivement à la production scientifique et à la construction de la société. Monceau (2005) affirme qu´indépendamment du choix théorique-méthodologique, la position du chercheur peut être celle de mettre son savoir-faire au service de l´expérimentation sociale ou d´un changement social plus vaste. Dans ce contexte, un effort est fait pour élever les recherches participatives au statut scientifique et pour rompre avec l´hégémonie des recherches traditionnelles encore en vigueur.

Parmi les recherches participatives qui reconnaissent l´indissolubilité du lien sujet/objet, l´implication du chercheur, la complexité et l’articulation entre production scientifique et intervention, se trouve la recherche-intervention institutionnaliste. La recherche menée au Centre de Référence de l’Assistance Sociale (CRAS) Vila Cemig s’inscrit dans cette modalité et son objet porte sur le travail collectif entre une équipe de professionnels et les usagers pour qui elle travaille.

Le Système Unique d’Assistance Sociale (SUAS) a été implanté au Brésil en 2005 pour organiser la politique sociale en mobilisant des actions participatives et décentralisées afin de combattre la pauvreté et l’exclusion sociale. Selon cette politique, le CRAS est l’équipement chargé de la protection sociale basique. Il a pour objectif de prévenir les situations de risque social en renforçant les liens sociaux et familiaux. Dans le travail quotidien, l’équipe du CRAS Vila Cemig affronte différents défis et difficultés : l’interdisciplinarité (l’équipe est composée de différentes professions), l’action sur le réseau social (l’équipe doit s’appuyer sur les relations sociales actives dans la communauté) et la centralité de la famille (l’équipe doit faire avec l’importance que la population donne à la famille).

Lors de la recherche, le champ d’intervention est constitué par l’équipe de recherche, les employés du CRAS et les familles utilisatrices du service. La production de connaissances  est réalisée au fil du travail, en prenant en compte les difficultés quotidiennes exprimées par les participants. L’équipe de recherche prend en compte ses propres implications primaires sur le territoire où elle mène ses travaux mais aussi ses implications secondaires dans l’Université et dans l’Assistance sociale (Monceau, 2010).

Le processus a débuté en août 2012, avec le groupe d’étude « Psychologie, Assistance Sociale et CRAS». Ce groupe réunissait des élèves en études supérieures en Psychologie à la PUC Minas (Université Catholique Pontificale du Minas Gerais) et des employés du CRAS Vila Cemig. Son objectif était d’étudier la politique publique de l’assistance sociale, l’interdisciplinarité et l’articulation avec les familles. Le groupe était hétérogène et a permis à tous de réfléchir en associant théorie et pratique. Il a aussi permis d’échanger des expériences distinctes marquées par des insertions institutionnelles différentes.

Nous considérons ce groupe comme un dispositif d’intervention sur la réalité et nous proposons d’en étudier le fonctionnement et la production. Actuellement, nous travaillons avec l’équipe du CRAS Vila Cemig pour identifier les effets de notre pratique de recherche sur son travail quotidien et sur ses rapports avec les familles du territoire. Notre pratique socio-clinique suppose la construction de dispositifs collectifs et assume un effet de transformation sur les pratiques sociales étudiées.

 

Références bibliographiques:

Lourau, R. (2004). Objeto e método da Análise Institucional. In: Altoé, S. (Org). René Lourau: analista institucional em tempo integral. São Paulo: Hucitec, p. 66-86..

Monceau, G. (2010). Analyser ses implications dans l´institution scientifique: une voie alternative. Estudos e Pesquisas em Psicologia, 10 (1), 13-30. Adresse électronique: http://www.revispsi.uerj.br/v10n1/artigos/html/v10n1a03.html.

Monceau, G. (2005). Transformar as práticas para conhecê-las: pesquisa-ação e profissionalização docente. Educação e Pesquisa, São Paulo, 31 (3), 467-482.

 

Communication 12

Les recherches participatives comme facteur de changement des pratiques professionnelles. Quelle place pour les "acteurs faibles"?

 

Anna Rurka

CREF, Université Paris Ouest Nanterre la Défense (UPONLD), France

 

Mots clés : travail social/ recherche participative/ acteur faible/ reconnaissance

 

A la base des trois travaux réalisés: une recherche doctorale portant sur l'efficacité des actions éducatives d'aide à domicile, l'évaluation participative de l'accueil du jour éducatif et l'étude intitulée "Les interventions socioéducatives en milieu ordinaire auprès des familles aux besoins multiples", financée par l'ONED dans le cadre de l'appel d'offres 2009, nous allons présenter une réflexion transversale sur l'interaction entre le chercheur, les usagers et les professionnels des services socio-éducatifs.

Les enquêtes menées ont mis en évidence le processus intersubjectif de production de la connaissance. En tenant compte de la subjectivité des acteurs et du contexte organisationnel des pratiques sociales, cette communication rendra compte d'une posture éthique du chercheur agissant sur les pratiques sociales étudiée et interrogera la notion de recherche participative dans le champ du travail social marqué par la relation asymétrique du pouvoir entre les différents acteurs (Bourdieu, 1993, Dhume 2001).

Deux questions centrales animeront cette présentation: la recherche a-t-elle pour vocation de porter la voix des acteurs faibles (Payet, Giuliani, Laforgue, 2008) ? Peut-elle être un moyen de leur émancipation et contribuer au processus de renforcement de leurs compétences ?

Les trois travaux mentionnés seront présentés selon les axes suivants: 

- le mode d'entrée sur le terrain, qui détermine la manière dont le chercheur se situe dans l'environnement étudié, est perçu par les acteurs et ajuste sa méthodologie au contexte de l'étude,

- en fonction des objets étudiés, les techniques de recherche employées qui déterminent le temps de présence du chercheur sur le terrain et favorisent les échanges informels entre les acteurs et le chercheur, 

- le processus de restitution de la recherche et son impact sur les pratiques des acteurs.

Bien que le niveau et la forme de la participation des acteurs à ces trois enquêtes aient été différents, elles ont été réalisées dans une approche compréhensive.  Les zones d'incertitudes qui sont apparues au chercheur, aux professionnels et aux usagers durant ce temps de l'enquête, nous ont amené à interroger les modalités organisationnelles de cette participation et son impact sur les pratiques sociales étudiées.

 

Références bibliographiques :

Bourdieu, P. (dir) (1993). La misère du monde, Paris : Seuil.

Payet, J.-P. ; Giuliani, F. ; Laforgue, D. (dir.) (2008).  La voix des acteurs faibles. De l'indignité à la reconnaissance. Rennes: Presse Universitaire de Rennes.

Dhume, F. (2001). Du travail social au travail ensemble. Le partenariat dans le champ des politiques sociales. Paris: Edition ASH.

 

Communication 13

Faire de la recherche « avec » les jeunes : enjeux épistémologiques, éthiques et méthodologiques

 

Marguerite Soulière

École de Service social, Université d’Ottawa, Canada

 

Mots-clés : jeunes, adolescents, recherche-action participative, arts et méthodes de recherche

 

En dépit des travaux de nombreux chercheurs qui s’éloignent des paradigmes dominants pour mener leur recherche auprès des jeunes il est toujours difficile d’aborder l’adolescence ou la jeunesse en contournant les représentations « à risque », en danger ou dangereux, qui leur collent toujours à la peau.  Au-delà de la multiplicité grandissante des discours critiques et alternatifs entourant les adolescents et les jeunes, un langage de fragilité/toxicité, d’inachèvement et de dépendance perdure et reste la référence principale qui participe à leur minorisation et justifie leur contrôle (Kelly, 2003). Ce contexte sociopolitique dans lequel les jeunes sont définis, cadrés et abordés constitue un véritable défi quand il s’agit de mener une recherche-action participative« avec » les jeunes.

Ma communication présentera un processus en cours d’élaboration d’un projet de recherche-action participative avec des jeunes franco-ontariens.  Commençant par une phase exploratoire consacrée à diverses méthodes de collectes de données faisant appel à la création (collages, dessins, poésie, improvisations) ce processus soulève des enjeux épistémologiques, éthiques, méthodologiques souvent inter-reliés, qui apparaissent dans les différentes étapes du projet. 

L’ensemble de ces enjeux, issus d’un contexte particulier canadien et franco-ontarien, amène à des questions de fond concernant les recherches « avec » les jeunes. Comment mettre en place les dispositifs qui en font de véritables collaborateurs  (Gélineau et al, 2012)? Comment surmonter les obstacles institutionnels tout en intégrant les possibilités de recherche-action qu’offrent les lieux où les jeunes se sentent « chez soi », à l’école par exemple ?  Comment tenir compte de l’inégalité des rapports entre chercheurs-adultes et jeunes-participants ? Comment, dans ce cadre, construire l’objet de recherche-action de manière à ce que cela concerne véritablement les jeunes ? Comment mobiliser les adolescents dans une démarche de création-réflexion-action qui sera la leur sans pour autant leur imposer notre enthousiasme, nos désirs d’exploration et nos manières de faire (Fine, 1994)? 

Cette présentation et les échanges qu’elle suscitera, se veulent également un point de départ d’une réflexion plus large sur les enjeux épistémologiques, éthiques, méthodologiques et pratiques de la recherche collaborative/participative qui se tiendra au colloque du Réseau francophone de recherche socio-clinique en éducation, santé et service social au printemps 2014 à Ottawa.  

 

Références bibliographiques :

Fine, M. (1994). Working the Hyphen : reinventing the Self and Other in Qualitative Research, in Denzin, N. N. Lincoln (dir.) Handbook of Qualitative Research, p70-82.

Gélineau et al. (2012). Quand recherche-action participative et pratiques AVEC se conjuguent : enjeux de définition et d’équilibre des savoirs. Recherches qualitatives. Hors série n° 15, 35-54.

Kelly, P. (2003). Growing Up as Risky Business? Risks, Surveillance and the Institutionalized Mistrust of Youth, Journal of Youth Studies , 6(2) : 165-180.

 

Communication 14

L'orientation éthique de la recherche-intervention

 

Silvia Helena Tedesco

Département de Psychologie, Université Fédérale Fluminense (UFF), Brésil

 

Mots-clés : recherche-intervention/ éthique/ production de subjectivité

 

La recherche-intervention a pour but de rendre possible une transformation de la réalité. Toutefois, d'après la conception traditionnelle du savoir, cela ne saurait se faire par une intervention directe au sein de la réalité. Définie par ses exigences d'universalité et d'impartialité, la recherche mènerait à l'acquisition d'un savoir pur, détaché par principe de toute application pratique. Il incomberait ensuite aux disciplines techniques d'extraire, à partir des informations obtenues au cours de la recherche, les éléments nécessaires à la mise en place de stratégies pratiques et d'applications empiriques susceptibles de transformer le monde. Dans un tel contexte, la théorie et la pratique se développent séparément. 

Une telle frontière entre la recherche et l'intervention pratique a été progressivement remise en cause. M. Foucault (1994), par exemple, grand défenseur d’un tel questionnement, rappelle qu'il n'existe pas de savoir libre ou détaché – notre regard aussi bien que notre discours sur le monde sont des pratiques historico-politiques productrices de réalité. C'est dans un même mouvement que nous changeons le monde et que nous le connaissons.

Si, on admet avec J.L. Austin (1990) que dire, c'est faire, on peut même affirmer avec M. Foucault (1994) que tout discours sur le monde, y compris celui que constitue la recherche, engage nécessairement la construction de ce monde. C'est le processus même de la connaissance, qui, en s'élaborant, introduit des changements, transforme la réalité (Monceau, 1996). Et dans le cas où la recherche concerne des sujets, on peut dire que celle-ci implique nécessairement un processus de production de subjectivités.

A ce titre une nécessité semble s'imposer : si chercher, c'est intervenir sur la réalité, mettre en œuvre un geste qu'on pourrait qualifier de clinique, il est pour nous nécessaire de problématiser l'orientation éthique de nos recherches.

On peut ainsi distinguer deux orientations politiques, deux tendances de la recherche :

-d'une part la recherche de stabilité, la mise en œuvre d'une pure répétition menant à la préservation de l'institué,

-ou bien d'autre part la réalisation d'actes éthiques par lesquels les forces instituantes engendrent une déstabilisation de l'institué et font dévier de leur marche régulière les événements du monde.

C'est une telle problématisation de l'orientation éthique de la recherche-intervention que nous nous proposons de développer dans notre communication. La présentation de quelques exemples de recherche-intervention dans des institutions publiques, engagées dans les politiques de santé brésiliennes concernant l'usage préjudiciel des drogues, sera l'occasion d'analyser les stratégies qui donnent lieu à des processus de construction d'un plan commun ou collectif.

Plutôt que de figer des identités et d'assurer la pure répétition des forces instituées, ces exemples montrent la possibilité de soutenir simultanément les dynamiques d'institutionnalisation et de subjectivation.

 

Références bibliographiques :

Austin, J. L. (1991). Quand dire c'est faire, Paris : Points.

Foucault, M. (1994). Dits et écrits, Paris : Gallimard.

Monceau, G. (1996). L’intervention socianalytique. Pratiques de formation –Analyses, nº32 (socianalyse et ethnosociologie).