141 - Le rôle de l’accès à l’information et des capacités attentionnelles limitées des étudiants dans le recours au tutorat méthodologique.

Charlotte POURCELOT - Doctorante

Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l’Education et de la Communication (EA 2310)

Université de Strasbourg, France

 

Sandoss BEN ABID ZARROUK - Maître de Conférences

Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l'Education et de la Communication (EA 2310)

Université de Haute-Alsace, France

 

Pascal MARQUET - Professeur des Universités

Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l'Education et de la Communication (EA 2310)

Université de Strasbourg, France

 

Mots clés : Tutorat méthodologique, Primo-entrants, Information, Capacités Attentionnelles.

 

L’objet de cette contribution est l’étude et l’analyse de l’accès à la disponibilité de l’information des étudiants primo-entrants dans le cadre du tutorat méthodologique. Conçu à titre expérimental en 1992, le tutorat est généralisé au sein des universités françaises et institutionnalisé par circulaire en octobre 1996. Les États Généraux de l’université ont réalisé l’importance des actions à mettre en œuvre pour favoriser la réussite des étudiants et ce, dès leur entrée à l’université. Dans le cadre des réformes du premier cycle universitaire, le tutorat est l’une des réponses concrètes à cet objectif.

Le tutorat vise à favoriser la réussite de l’étudiant en lui permettant de s’adapter aux exigences méthodologiques nouvelles des études supérieures. Il est organisé pendant les six premiers mois au cours de la première année de DEUG. Il s’effectue sur la base du volontariat pour les étudiants. Il ne fait l’objet d’aucune évaluation ou notation rentrant dans le contrôle des connaissances. Toutes dispositions seront prises, par les établissements, pour que les étudiants qui en ont le plus besoin puissent bénéficier des séances de tutorat. (Christian Forestier, Directeur général des enseignements supérieurs, Circulaire du 24.10.1996).

Développé suite à la démocratisation puis de la massification de l’enseignement supérieur, le tutorat méthodologique poursuivait l’objectif de participer à la réussite de ces nouveaux étudiants alors peu préparés à l’enseignement académique. Il est destiné à prévenir les difficultés que rencontrent les étudiants primo-entrants, voire à y remédier. Cette mission d’accompagnement auprès d’un groupe d’étudiants volontaires peut être ponctuelle ou régulière et est assurée par des pairs plus avancés qu’eux dans le cursus universitaire. Nommés « tuteurs », ce ne sont donc ni des enseignants ni des personnels administratifs. (Annoot, 2001). Ils ont pour rôles de guider et d’assister leurs « tutorés », en leur délivrant les clés pour combler leurs « manques » et réussir à l’université. (Gerbier et Sauvaître, 2003). En aucun cas ils ne sont chargés de se substituer aux enseignants.

Bref, le tutorat est un dispositif qui est non seulement le fruit de la réflexion d’enseignants à la recherche de solutions pédagogiques pour prévenir l’échec des étudiants inscrits en premier cycle mais aussi le produit d’une politique éducative qui a encouragé ces initiatives pour les pérenniser. (Annoot, 2001).

Deux décennies plus tard, en décembre 2007, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a lancé le plan « Réussir en licence » (PRL). Il est venu renforcer cette bataille contre l’échec et l’abandon dans le premier cycle universitaire grâce à une allocation pluriannuelle de crédits supplémentaires. Ces derniers avaient notamment pour objectif d’aider les universités à développer leur action en faveur de la réussite de leurs étudiants inscrits en licence et plus précisément de « porter 50% d’une classe d’âge à un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 44,7% en 2008. » (MESR, 2010). Accueillir davantage de bacheliers en poursuite d’études, accroître les taux de réussite, réduire l’échec et l’abandon, tels étaient les effets recherchés entre 2008 et 2012.

C’est dans ce contexte évolutif que nous constatons actuellement que seule une minorité des étudiants primo-entrants ont recours au tutorat méthodologique et qui plus est, ceux qui en ont le moins besoin (Romainville et Michaut, 2012 et Ben Abid Zarrouk et Weisser, 2013). Pour quelles raisons les universités ne parviennent-elles pas à comptabiliser davantage d’étudiants tutorés ? Pourquoi ce dispositif, pourtant conçu pour aider à réussir, n’est-il pas prisé des étudiants ? Les primo-entrants ont-ils connaissance de son existence, de son fonctionnement, de ses finalités et de ses capacités à faire réussir ? Sont-ils suffisamment et correctement informés ?

73% des étudiants inscrits en première année de Licence Sciences et Technologies à la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université de Haute-Alsace, estiment que les informations reçues quant au tutorat sont suffisamment claires. Toutefois, plus de 47% se disent submergés par la quantité d’informations qu’ils reçoivent en début d’année universitaire. Les travaux de Borras (2011) ont commencé à montrer qu’une information insuffisamment prise en compte par les étudiants primo-entrants pourrait être l’une des explications à cette défaillance. Nous nous intéresserons donc particulièrement à ce facteur qu’est l’information pour tenter d’expliquer cette faible fréquentation aux séances organisées par les tuteurs. En effet, la surabondance informationnelle est-elle impliquée ? L’université parvient-elle à capter et à retenir l’attention de ses étudiants ? Les capacités cognitives de ces derniers sont-elles limitées au point de ne plus saisir les informations capitales et d'exploiter efficacement l'ensemble des informations auxquelles ils ont accès ? Nous testerons notre hypothèse grâce à une enquête réalisée au sein de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université de Haute-Alsace. Quantitative, elle est menée auprès d’un échantillon de 59 étudiants primo-entrants.

Cette étude empirique nous permettra non seulement de dresser le cadre dans lequel s’inscrivent l’échec et l’abandon toujours plus prégnants en première année de Licence mais également, de mieux comprendre les rôles attribués à l’information qui jusqu’à maintenant, ont été peu évalués.

 

Références bibliographiques :

Annoot, E. (2001). Le tutorat ou « le temps suspendu ». Revue des sciences de l'éducation, vol.27 n°2. En ligne :

http://id.erudit.org/iderudit/009938ar

Benabid, S. et Grolleau, G. (2003). Les nouvelles technologies de l'information et de la communication : un instrument potentiel au service de l'économie sociale ? Innovations, n°17, p. 139-155. En ligne :

http://www.cairn.info/revue-innovations-2003-1-page-139.htm

Borras, I. (2011). Evaluation du non recours au tutorat à l’université. Net.Doc. n°85. 1-31. En ligne  :

http://www.cereq.fr/index.php/publications/Net.Doc/Evaluation-du-non-recours-au-tutorat-a-l-universite

Chevaillier, T. Landrier, S. & Nakhili, N. (2009) Du secondaire au supérieur. Continuités et ruptures dans les conditions de vie des jeunes. Paris, La Documentation Française

Romainville, M. Michaut, C. (sous la direction de), (2012) Réussite, échec et abandon dans l’enseignement supérieur. Paris, De Boeck

Sirota, R. (2003). Entrer à l’université. Le Tutorat méthodologique. Recherche et Formation n°43. En ligne :

http://ife.ens-lyon.fr/publications/edition-electronique/recherche-et formation/RR043.pdf