133 - La pluralité des mondes dans un dispositif artistique à l'école : De l'art que l'on "dit" à l'art qui se "fait".

 

Virginie Ruppin 

Institut des Sciences et Pratiques d'Education et de Formation, Université Lumière Lyon 2, France

 

Mots clés : dispositifs artistiques, école primaire, valeurs.

 

Si l’on en juge par les nombreux dispositifs qui font l’objet de recherches, en particulier dans les quarante cinq pays représentés par les participants communicants au symposium consacré à l’évaluation des effets de l’éducation artistique et culturelle (Paris, 2007), la place de l’éducation artistique revêt depuis plusieurs années un intérêt mondial. En France, notamment depuis la loi sur les enseignements artistiques de 1988, renforcée par le Plan pour les arts et la culture de 2000, les enseignants, d’après les enquêtes qui se sont succédées durant cette période, portent un jugement extrêmement favorable sur les activités artistiques et la place de l’art en éducation.

Pour autant, ces mêmes enquêtes notent une forte distorsion entre cette faveur accordée à l’éducation artistique et les mises en œuvre réelles. Bien loin des pourcentages élevés dans l’échelle des appréciations, les pratiques effectives restent minoritaires. Toutefois, nous ne pouvons ni nous en tenir à ce double constat, ni l’analyser dans les seuls termes où les enquêtes le formulent. En rester à ce niveau d’analyse ne peut en effet conduire qu’à des interprétations de surface, et qui risquent de dissimuler les véritables enjeux politiques et éducatifs. Que dire de la distorsion entre l’opinion éducative et les pratiques effectives sinon qu’elle procède de la distance souvent invoquée en matière pédagogique « entre le dire et le faire » ?

La recherche que nous avons entreprise pour tenter de comprendre dans cette perspective les enjeux de l’entrée de l’art dans l’école d’aujourd’hui pose deux questions simples : Que « disent », mais surtout que « pensent » vraiment les enseignants quand ils opinent en faveur de l’art à l’école ? Que « font-ils » réellement lorsqu’ils s’engagent dans les pratiques artistiques ? Notre enquête s’est centrée sur un dispositif pédagogique qui a marqué entre 2000 et 2005 un important développement des pratiques artistiques dans l’école française : les classes à projet artistique et culturel. C’est dans la théorie des cités et la justification, élaborée par Luc Boltanski, que nous avons trouvé les éléments théoriques nécessaires, permettant de ne pas s’enfermer dans l’opposition du dire et du faire.

Après analyse des entretiens menés avec des professeurs des écoles et des observations de situation, nous pouvons voir qu’au-delà du consensus général et de l’accord quasi unanime sur les valeurs dont bénéficie l’éducation artistique, les pratiques pédagogiques effectives que les enseignants développent dans ce champ introduisent une pluralité de valeurs et de principes de justice. Les résultats les plus saillants auxquels aboutissent nos enquêtes seront présentés. Nous pouvons indiquer d’ors et déjà que le recours au cadre théorique de la théorie des cités et de la justification conduit à une lecture renouvelée du rôle que joue le recours à l’art et aux artistes dans l’école d’aujourd’hui.

 

Références bibliographiques :

Boltanski, L. et Thevenot, L. (1991). De la justification. Les économies de la grandeur. Paris : Gallimard.

Derouet, J.-L. (1992). École et justice. De l’égalité des chances aux compromis locaux ?. Paris : Métailié.

Kerlan, A. (2004). L’art pour éduquer ? La tentation esthétique. Contribution philosophique à l’étude d’un paradigme. Québec : Presses de l’Université Laval.