122 - Écrire des descriptions en classe de 5e : la voie très traditionnelle des Programmes de l’enseignement de français et des manuels scolaires (2008-2010)

Rosine Galluzzo-Dafflon

CREN, Université de Nantes, EA 2661

 

Mots-clés : description, écriture, manuels, discours français

 

Les Programmes de l’enseignement du français de 2008 pour le collège accordent beaucoup plus d’importance à la norme que constitue la langue française qu’aux pratiques langagières effectives des élèves. Ils promeuvent de nouveau l’histoire littéraire et les genres en tant qu’objets d’étude et font moins de cas des sujets apprenants, autrement dit des « entours » qui intègrent des dimensions sociales, affectives, psychologiques, cognitives et excèdent ce qui relève du système didactique (Daunay, 2011).

Une analyse comparative des démarches, méthodes et outils mobilisés par neuf manuels « uniques » de la classe de 5e pour inviter les élèves à l’écriture – et plus particulièrement à celle de descriptions – s’attache à montrer la proximité de nombreuses activités d’écriture aujourd’hui proposées avec la pratique du « discours français » au XIXe siècle, tel que le décrit André Chervel (2006). L’analyse des séquences consacrées à la littérature du Moyen-Âge et aux romans de Jules met en évidence que l’expression écrite reste un « style soucieux de ses formes rhétoriques » et la description le lieu privilégié de l’enseignement (très traditionnel) du vocabulaire et des figures de style (Reuter, 2000). En ce sens, la description renoue avec une utopie linguistique, celle de la langue comme nomenclature, d’une langue monopolisée par sa fonction référentielle d’étiquetage (Hamon, 1993). Attentif à la maîtrise de la langue française, « décrire » est un exercice codé qui suit encore le dogme des « règles de la successivité » puisque, par le détour de la lecture littéraire, l’enseignement des règles d’écriture précède sa pratique effective. L’étude de la langue y tient une place privilégiée, focalisée sur la dimension textuelle de la description, au détriment de sa visée pragmatique (Reuter, 1998).

 

Références bibliographiques :

Chervel, A. (2006). Histoire de l’enseignement du français du XVIIe au XXe siècle. Paris : Retz.

Daunay, B. (2011). L’enfant, l’élève, l’apprenant en didactique du français. Recherches en didactiques. Les Cahiers Théodile 11, 49-62.

Hamon, P. (1993). Du descriptif. Paris : Hachette.

Reuter, Y. (2000). La description. Des théories à l’enseignement-apprentissage. Paris : ESF.

Reuter Y. (1998). Repenser la description. Pratiques, 99, 5-26.