115 - La réforme du bac pro en trois ans et la croissance des poursuites d'études supérieures technologiques

P.Y. Bernard

V.Troger

CREN, université de Nantes

 

Mots-clés : orientation, enseignement technologique et professionnel, trajectoires scolaires, politiques éducatives.

 

La réforme du baccalauréat professionnel à la rentrée 2009 a réduit de quatre à trois ans la préparation de cet examen. Elle a donc symboliquement aligné le cursus des lycées professionnels (LP) sur celui des lycées généraux et technologiques, rendant en théorie plus accessibles à leurs élèves les poursuites d'études après le bac.
La recherche dont nous rendons compte ici s'est déroulée en deux étapes dont la seconde s’est terminée en juin 2013. Elle comprend un volet quantitatif : une première enquête par questionnaire a été effectuée à la rentrée 2009 auprès de 465 élèves de seconde professionnelle dans 16 établissements de l'académie de Nantes; une seconde dans 11 établissements de la même académie (dont 9 identiques à ceux de la première enquête) à la fin de l'année scolaire 2011-2012, auprès de 532 élèves de terminales professionnelles, juste avant que qu'ils passent le baccalauréat. Ce second panel était composé de 416 élèves inscrits dans le cursus en trois ans et de 116 élèves appartenant à la dernière promotion du baccalauréat professionnel en quatre ans. A cette première enquête quantitative nous avons associé une enquête qualitative par entretiens : 37 élèves du panel 2009, 31 enseignants et 7 chefs d'établissements ont été entendus dans le cadre d'entretiens semi-directifs. Une dernière enquête par questionnaires a été administrée à 142 anciens élèves du panel 2012 en février 2013, donc après le passage du bac, et 17 d’entre eux ont fait l’objet d’entretiens en juin dernier.
Les résultats de la première enquête montraient que la réforme s'est révélée attractive auprès des élèves et de leurs familles en facilitant l'éventualité d'une poursuite d'études : 81% des élèves interrogés se disaient satisfaits de leur orientation, et 59% exprimaient l'intention de poursuivre des études après le bac pro, pour la plupart en BTS. Les entretiens ont largement confirmé ces tendances. Les premiers résultats de la seconde enquête, qui font l'objet de cette communication, vont dans le même sens : les élèves de terminales interrogés en mai dernier ont conservé un projet de poursuite d'études dans une proportion légèrement supérieure à celle des élèves de seconde de 2009 (65 %), ce projet étant majoritairement tourné vers le BTS, avec une forte proportion en alternance. La comparaison avec les élèves de la dernière promotion du bac pro en quatre ans confirme la relation entre la réforme et la croissance des projets de poursuite d'études : les élèves  du cursus en quatre ans ne sont que 45% à envisager une poursuite d'études post-bac.
Le public des LP semble donc s'être approprié la réforme pour s'ouvrir plus largement l'accès à l'enseignement supérieur technologique. Il s'agit d'une évolution importante susceptible d'impacter significativement les flux vers l'enseignement supérieur. Mais les premiers résultats de l'enquête auprès des publics post-bac semblent aussi montrer la fragilité de ces poursuites d'études, beaucoup de titulaires du bac pro rencontrant de grandes difficultés en BTS. Cette enquête rejoint donc les questionnements déjà portés par des auteurs tels que Stéphane Beaud ou Ugo Palheta sur le rôle de la filière professionnelle dans un système scolaire qui tend à reproduire les inégalités sociales.

 

Références bibliographiques :
BEAUD S. (2002), 80 % au bac » et après ? : les enfants de la démocratisation scolaire, Paris , La Découverte.
DELAY C. (2011), Les classes populaires à l'école. La rencontre ambivalente entre deux cultures de
légitimités inégales, Rennes, PUR.
JELLAB A. (2008), Sociologie de l'enseignement professionnel, Presse Universitaires du Mirail.
Sociologie et sociétés, vol 40(1), pp. 195-225.
PALHETA U. (2012), La domination scolaire. Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public, Paris, PUF, coll. « Le lien social », 354 p.