114-Les metamorphoses des représentations des faits religieux dans les manuels de l’éducation à la citoyenneté de l’école primaire en Grèce (1982-2006)

                                                   Eleni Karachontziti

                    E-scol/Université de Paris8(France)-Université de Patras(Grèce)

Mots clés : enseignement des faits religieux, mythologie hellénique, manuel scolaire

Résumé : Ces dernières décennies, un grand débat se déroule en France à propos de la place de l'enseignement des faits religieux. Selon les rapports Joutard (1989) et Debray (2002), l'enseignement des faits religieux est nécessaire même dans des pays laïques comme la France, afin que les gens connaissent leur culture et pour qu'ils reconnaissent par la suite la valeur de la diversité qui caractérise de plus en plus notre société. Au niveau européen, on rencontre plusieurs modèles d'enseignement religieux, par exemple: pas de cours spécifique de religion en France, cours confessionnel en Italie et en Grèce etc. qui relève de la propre expérience historique de chaque état. Sans que cela signifie que la religion ne fasse partie que d'une certaine discipline. Pourtant les dispositifs qui s'occupent de l'enseignement des faits religieux évoluent sous la pression de la multiculturalité et de la sécularisation progressive des sociétés contemporaines. Même si le choix du contenu des programmes et des manuels diffère dans chaque pays, une harmonisation des valeurs promues s'effectue, encouragée par le processus de l'intégration européenne et l'intention de formation d'une citoyenneté commune (Willaime, 2005). Le système éducatif hellénique encourage traditionnellement l'enseignement de la religion chrétienne orthodoxe qui est en fort lien avec l'identité hellénique. Le développement du Cours de religion, comme des autres cours, se fait par le Ministère de l'Education Nationale et des Affaires Religieuses qui a pour mission la production des programmes éducatifs, la rédaction d'un seul manuel strictement produit sous les consignes des programmes et par la suite sa publication et sa distribution gratuite aux élèves. L'Eglise intervient sur le contenu du cours sans pourtant être formellement sollicitée (Molokotos-Liendermann, 2004). Selon les programmes du cours de religion de 1982, la mythologie hellénique est présentée en tant que la religion des anciens hellènes. Pourtant, on ne trouve pas de correspondance dans les manuels en faveur de la religion chrétienne orthodoxe. L'objectif de cette communication est de présenter le rôle de la mythologie hellénique dans le curriculum de l'école primaire hellénique depuis l'entrée de la Grèce dans l'Union Européenne.Fait-elle partie de l'enseignement des faits religieux? Est ce qu'il y a des transformations dans ses représentations pendant la période examinée? Pour la réalisation de cette recherche, nous avons fait l'analyse de contenu des programmes scolaires et des manuels du Cours de religion, du Cours d'histoire, de l'Etude d'Environnement et d'Education civique produits depuis l'entrée de la Grèce à l'Union Européenne.

1.Introduction

Ces dernières décennies, un grand débat se déroule en France à propos de la place de l'enseignement des faits religieux. Selon les rapports Joutard (1989) et Debray (2002), l'enseignement des faits religieux est nécessaire même dans des pays laïques comme la France, afin que les gens connaissent leur culture et pour qu'ils reconnaissent par la suite la valeur de la diversité qui caractérise de plus en plus notre société Au niveau européen, on rencontre plusieurs modèles d'enseignement religieux p.ex pas de cours spécifique de religion en France, cours confessionnel en Italie et en Grèce etc. qui relève par la propre expérience historique de chaque état. Sans que cela signifie que la religion fasse partie que d'une certaine discipline. Pourtant les dispositifs qui s'occupent de l'enseignement des faits religieux évoluent sous la pression de la multiculturalité et de la sécularisation progressive des sociétés contemporaines. Même si le choix du contenu des programmes et des manuels diffère dans chaque pays, une harmonisation des valeurs promue s'effectue, encouragée par le processus de l'intégration européenne et l'intention de formation d'une citoyenneté commune (Willaime, 2005). La Grèce fait partie des pays où le cours de religion est obligatoire. Le fort lien entre la religion orthodoxe et l’identité hellénique est évident à travers le déroulement de la procédure scolaire. La prière matinale, les symboles religieux dans la classe, l’assistance des élèves aux messes ecclésiastiques pendant les grandes fêtes religieuses et nationales, un cours de religion obligatoire avec le droit de dispense pour les élèves non orthodoxes depuis 2006, ne sont que des exemples du symbolisme religieux à la socialisation des jeunes et à la formation de leur identité sociale. Tout ça relève du niveau législatif par référence à l’ §3 de la Constitution hellénique(1975/2001) « la religion dominante en Grèce est celle de l’Église Orthodoxe Orientale du Christ », ainsi à l’§16.2 « l’instruction constitue une mission fondamentale de l’État et a pour but l’éducation morale, culturelle, professionnelle et physique des Hellènes, le développement d’une conscience nationale et religieuse ainsi que leur formation en citoyens libres et responsables » et à l’§1 de la loi 1566/1985 sur les buts de l’éducation « de devenir des citoyens libres, responsables et démocratiques qui défendent l’indépendance nationale , les acquis territoriaux du pays et la démocratie, que s’inspirent par l’amour à l’homme, la vie, la nature et qu’ils de foi vis-à-vis à la patrie et aux éléments originaux de la tradition chrétienne orthodoxe. La liberté de leur conscience religieuse est inviolable » Ainsi, le cours de religion comme toute autre matière enseignée à l’école, fait partie de la structure fortement centralisée du système éducatif hellénique, sous l’égide du Ministère de l’Éducation Nationale et des Affaires Nationales qui s’occupe également de la formation et la rémunération du personnel ecclésiastique, de l’instauration des évêques et de l’autorisation des lieux de culte. Ce Ministère en collaboration avec l’Institut Pédagogique (organisme consultatif) est responsable de la formation et du recrutement des instituteurs, de la définition des programmes d’études et de la rédaction, de l’impression et de la distribution gratuite des manuels scolaires. L’Église donne souvent son avis au ministère au sujet du contenu des cours et des manuels, même si elle n’est pas formellement sollicitée (Molokotos-Lindermann, 2004, 2005 ). Pourtant, selon le §9.1 de la loi 590/1977 de la Charte de l’Église est déclaré que la Sainte Synode « contrôle le contenu dogmatique des manuels du cours de religion ». L’intervention de l’Église à la désignation du cours de religion ou à la formation de toute représentation du fait religieux ne fait pas partie des objectifs de cette communication. Nous avons choisi de nous concentrer sur la mythologie hellénique, puisque les programmes scolaires la présentent comme la religion des anciennes hellènes, fait qui est occulté au contenu des manuels scolaires et qui consiste en un enjeu majeur de la transformation des représentations du fait religieux dans la connaissance scolaire hellénique. Dans cette communication nous tentons de montrer comment la mythologie hellénique se présente dans les manuels scolaires, publiés depuis les années 1980, de l’école primaire en Grèce. Notre intérêt de recherche s’inscrit dans le domaine de l’enseignement religieux et plus précisément de ces transformations. Pour la réalisation de la recherche nous avons fait l’analyse de contenu de 28 manuels (Étude d’environnement, Cours d’histoire, Cours de Religion, Education civique) et des programmes correspondants depuis l’année 1981. Depuis les années 1980, il y a une introduction progressive des nouveaux manuels à la procédure d’enseignement qui s’arrête, pour l’instant, au dernier renouvellement des manuels scolaires qui a eu lieu en 2006. Il est intéressant de mentionner qu’en Grèce le renouvellement des manuels n’est pas aussi fréquent que dans les autres pays européens (il y 2-3 renouvellements des manuels scolaires selon le cours pour une période de 22 ans). En plus, il y a un seul manuel scolaire par cours (pas de manuel alternatif) rédigé et édité sous le contrôle de l’Institut de Politique Éducative . Le contenu du manuel doit suivre les indications des programmes scolaires rédigés par le Ministère de l’Éducation Nationale et des Affaires Religieuses .

2. La mythologie hellénique dans les manuels scolaires

2.1 La mythologie hellénique dans les manuels des années 1980

Les programmes scolaires de l’Etude d’Environnement pour la 2ème, 3ème et 4ème classe de cette période prévoient une introduction sur la mythologie hellénique en tant que la croyance des anciennes hellènes. Pourtant, cette situation ne correspond pas au contenu des manuels scolaires. Dans manuel de 2ème classe, il n’y a aucune référence sur la mythologie ; fait qui peut être expliqué par la cohabitation du cours de Religion et de l’Etude d’Environnement pour cette classe. Dans le manuel « Nous et le monde-Étude d’environnement pour la 3ème classe » , la référence « Les hellènes croyaient qui descendaient d’Ellinas. Qu’est ce que vous connaissez de ce mythe ? » (p.194) Démontre que les origines de l’espèce hellénique remontent aux années mythiques. De cette manière, dans le manuel « Cours d’histoire pour la 3ème classe de l’école primaire-Aux années très anciennes » (1988) des mythes se présentent depuis le premier chapitre sur la préhistoire en parallèle avec les entreprises des hommes. Comme cela le mythe de Prométhée pour la découverte du feu, le mythe de Déméter et de Perséphone pour la culture de la terre, le mythe de Dédalos et d’Ikaros et le mythe de Minotaure pour le développement de l’architecture pendant la période minoenne, le mythe d’Atlantis pour la fin de la civilisation minoenne. La plus grande partie de la mythologie est citée dans le chapitre de la civilisation mycénienne afin de montrer le territoire, la richesse et la force du monde mycénien. Des extraits tirés dans l'Odyssée et l'Iliade (Ifestos construit les armes d’Achilles, Alkinoos parle de la vie des Achaioi, un sacrifice aux dieux, le roi du Chypre offre une cuirasse à Agamemnon) sont utilisés comme des témoignages de la vie quotidienne des mycéniens. Cet échange des informations historiques avec les mythes fait croire que les mythes se présentent en tant qu’événements réels (Fragoudaki, 1997). Le chapitre sur la civilisation mycénienne contient un sous chapitre sur les dieux des Achaioi où la présentation de douze dieux d’Olympe se fait : « Les hellènes croyaient à 12 dieux immortels, qui habitaient à l’Olympe, la montagne la plus haute de la Grèce. On les attribuait des caractéristiques tant divines qu’humains» (p.72) Dans les manuels pour la 4ème classe, les auteurs tentent de faire une liaison de la mythologie avec le territoire hellénique. Ainsi, dans le manuel « Nous et le monde. Étude d’environnement pour la 4ème classe » (1985), nous trouvons la citation suivante : « Olympe : La montagne la plus haute de la Grèce…les anciens hellènes croyaient qu’à ses sommets habitaient les dieux et dans les criques les mousses » ( 2ème volume, p.34) Dans le manuel « Cours d’histoire pour la 4ème classe-Aux années anciennes »(1988 ), par citation du mythe d’ «Iraklides –Les ancêtres d’Hercules » les fils de Hercules se présentent en tant que les ancêtres de Doriès, des premiers habitants de la Grèce. EN plus, dans le même manuel il y a plusieurs citations de la mythologie hellénique en tant que fait religieux. Un chapitre nommé « La religion, les arts et les lettres » où deux paragraphes sont dédiés à la présentation des 12 olympiens, où les dieux et les déesses se présentent avec leurs qualités tant divines qu’humaines. « Au début, chaque lieu avait ses dieux. Mais, dans beaucoup d’endroits, même après la descente de Doriès, ils ont continué à vénérer les dieux des mycéniens. Plus tard, tous les hellènes croyaient à doux grands dieux qu’on disait qu’ils vivaient à l’Olympe, la montagne la plus haute de la Grèce. Ils imaginaient que leurs dieux étaient de figure humaine et ils constituaient une famille. Ils mangeaient de l’ambroisie, ils s’amusaient et ils se disputaient comme les hommes. Les hellènes croyaient encore que tous les dieux étaient plus forts par les hommes, qu’ils ne vieillissaient pas et qu’ils étaient immortels. » (p.25) Chaque dieu se présente avec son domaine de protection, en donnant plus d’importance à Zeus qui sauf «dieu du ciel » fut aussi « père des dieux et des hommes » (p.26). Ainsi, suivent « Héra-la déesse de la famille et épouse de Zeus, Poséidon- dieu de la mer, Hestia, déesse de la maison etc. » (p.26) Dans le même manuel, nous trouvons aussi des passages, sur le culte des 12 olympiens dont les traces remontent à nos jours et consistent en une manifestation de paix, d’amitié, d’unité nationale et de collaboration mondiale : « Pendant des grandes fêtes religieuses des jeux panhelléniques se déroulaient, où des hellènes, de tout endroit, participaient. Les jeux les plus importants furent les Jeux Olympiques, qui se déroulaient tous les quatre ans à l’Olympie à l’honneur de Zeus»(p.47) « Sauf les Jeux Olympiques, d’autres jeux panhelléniques furent l’Isthmia à l’Isthme de Corinth, où on honorait Poséidon les Pythia à Delphes où on honorait Apollon et les Nemea à Nemea où on honorait Zeus » (p.48)

2.2 La mythologie dans les manuels des années 1990

Le rôle de la mythologie évolue dans les années 1990, par la révision des manuels du cours d’histoire pour la 3ème et pour la 4ème classe. Dans le manuel « Cours d’histoire pour la 3ème classe-Aux années très anciennes » (1996) , on trouve beaucoup plus des références sur la mythologie hellénique. Sur les traces de l’ancien manuel de 1988, il y a la présentation parallèle des mythes avec les entreprises des cultures préhistoriques. La nouveauté du manuel est qu'il contient un grand chapitre sur « La religion des hellènes » divisé en sous-chapitres suivants : a. La Titanomachie, qui traite la création du monde en commençant avec la phrase suivante « Aux années très anciennes, les Hommes expliquaient la création du monde avec un mythe » (p.102) b. Les dieux de l’Olympe : Zeus et Hera « Les anciens hellènes pendant leurs moments difficiles demandaient d’aide et de protection par les dieux. Ils croyaient que les dieux habitaient à l’Olympe, la montagne la plus haute de la Grèce et pendant leurs symposiums ils buvaient du nectar et ils mangeaient de l’ambroisie en discutant sur les problèmes des dieux et des Hommes (…) tous les deux protégeaient les hommes et ils aidaient pendant leurs difficultés. Tous les dieux les respectaient. Zeus envoyait aux Hommes le bonheur, quand ils étaient gentils et ils lui obéissaient. Au contraire, il punissait dur ceux qui désobéissaient à ses ordres » (p.106) C. Athéna et Poséidon, d. Aphrodite, Ifestos, Ares, E. Déméter et Perséphone, F. Pluton et Hermès, H. Estia et Asklipios, I. Europe où il y a des mythes sur la vie des dieux et sur leurs interventions dans la vie des Hommes d’où les qualités humaines et divines sont bien représentées. « Afrodite, la déesse de la beauté et de l’amour, fut la plus belle parmi les déesses » (p.113) L’introduction de l’Europe parmi le panthéon d’Olympe et le symbolise du mythe sur la déesse hellénique nous paraît très intéressante. Europe, la déesse hellénique « (….) une nuit Europe rêva que deux femmes, l’Orient et l’Occident, se battaient entre eux en son faveur. L’occident a gagné la lutte. Selon le rêve, Europe devait quitter l’Orient et ses proches et s’installer en Europe. Elle se réveilla effrayée et elle commença prier les dieux, et surtout Zeus, pour que le rêve ne se réalise pas. Mais lui, il avait des plans différents pour elle, parce qu’il fut amoureux avec elle et il la voulut à côté de lui en Grèce (….) depuis ce moment la Crète avec la Grèce et avec toute la terre jusqu'à la mer prisa le nom de la belle fille et s’appela Europe (….) ainsi, Europe arriva à l’Occident en quittant l’Orient pour toujours. » (p.136) , Enfin, le manuel révisé contient un chapitre supplémentaire nommé« Des autres héros mythiques », les mythes « le Persée et la Méduse », « Velerofontis et Chimère », « Méléagre », « Oedipe et la Sphinx », « Phaéton et le char de Soleil », « Les Dioskouroi », « Orfée et Eurydice » et finit par le sous-chapitre « Le peuple admire les héros », qui renforce le rôle de la mythologie dans la connaissance scolaire. Par le dernier sous-chapitre, les auteurs du manuel nous laissent comprendre que les héros furent des personnages historiques « Les hellènes furent jadis de force de nature, pas comme nous les fluets. Ils furent grands comme les peupliers (…) quand ils voulaient, ils levaient des montagnes entières. Vous ne voyez pas les anciens châteaux, avec quels pierres sont construites ? (…) » (p.215) Selon l’étude parallèle du programme scolaire correspondant, on constate que l’orientation de la mythologie des années 1990 change. Elle est désormais plutôt instrumentalisée comme source de valeurs, sans pourtant perdre son sens d’historicité. Dans la révision du manuel « Cours d’histoire pour la 4ème classe de l’école primaire-Aux années anciennes » (1997 ), les citations sur la mythologie ne semblent pas changer d’orientation. Pourtant, dans un chapitre supplémentaire « Sujets de l’ancienne histoire » on trouve le passage suivant : « Le théâtre fut né en Grèce antique par des manifestations pour le culte du dieu Dionysos. Pendant les fêtes de Dionysos des grandes équipes se formaient, qui chantaient des hymnes au dieu et ils dansaient. Plus tard, quelqu’un parmi les danseurs se distinguait et il parlait du contenu de l’hymne. Parfois, il faisait du dialogue avec les chanteurs. Ainsi, de la danse et du dialogue formé, l’ancien théâtre se développa progressivement…les pièces concernaient furent centré autour de la mythologie, et parfois autour d’histoire ou de l’actualité » (p.251),

2.3 La mythologie dans les manuels des années 2000

Le renouvellement des manuels qui a eu lieu en 2006 donne un nouveau sens dans la mythologie hellénique, on trouve des références dans les manuels de l’Étude d’environnement pour la 2ème, 3ème et 4ème classe et aux manuels du cours d’histoire pour la 3ème et 4ème classe . Le manuel « ’Étude d’environnement pour la 2ème classe » porte des références sur la mythologie tant comme religion des anciennes hellènes : «Les anciens hellènes croyaient aux dieux d’Olympe » (p.33) « Les anciens Hellènes choisissaient des beaux endroits pour construire leurs temples. Un tel endroit est Sounio, à Attiki. Là haut, sur un roché, les anciens ont construit un temple dédié à Poséidon, le dieu de la mer » (p.124), Que comme trace sur le langage contemporain « L’énergie qu’on prend par le vent, on l’appelle éolique. D’où penses-tu qu’elle a pris son nom ? Bah, par Eolos, le dieu des vents » (p.110). Le manuel « Cours d’histoire pour la 3ème classe de l’école primaire- De la mythologie à l’histoire » (2006), même s’il continue de traiter de la mythologie, est différemment structuré .Il est divisé en deux grandes parties : une sur la mythologie et une deuxième sur la préhistoire. D’un côté, la mythologie gagne une place importante en se mettant en premier plan, mais de l’autre côté elle se détache du déroulement historique. Ce grand chapitre, de 95 pages, contient alors, les sections suivantes a. La création du monde, b. Hercules, c. Thésée, d. La Cruise argonautique, e. La guerre de Troie, f. Les aventures d’Ulysse. Pourtant, le programme scolaire correspondant prévoyait aussi une section nommée « Religion des hellènes » qui n’existe pas dans le manuel. La présentation des dieux olympiens est citée dans deux sous-chapitres « Les dieux d’Olympe » et « Les déesses d’Olympe », « Là haut à l’Olympe habitaient les douze dieux immortels dans un palais splendide. Ils buvaient du nectar et ils mangeaient de l’ambroisie. De là haut ils gouvernaient les hommes. Zeus ou Dias fut le chef de dieux et des hommes. Il fut le dieu du ciel, qui ramassait les nuages et il envoyait la pluie à la terre. Il tenait les foudres et ils les jetaient quand il était fâché. Il s’appelait aussi Xenios, parce qu’il protégeait les étrangers » (p.11) « Apollon fut le dieu de la musique, des oracles et de la lumière. Il fut né à Delos avec sa sœur Artemis sous un palmier. Là bas, il se fut refugiée, Léto, chassée par Hera » (P.11) « À l’Olympe, au palais de Zeus, habitaient aussi les déesses. La première, fut Hera, épouse de Zeus et reine du monde. Elle protégeait le mariage et la famille et elle était très jalouse. » (p.15) Selon les passages du manuel, l’emphase se donne aux qualités humaines de dieux en insistant sur leurs liens familiaux, leur domaine de protection et leurs qualités ou défauts ; leurs qualités divines ne sont plus citées. Dans la même direction, se fait le remplacement des mots père et mère (manuels de 1986 et 1996) par chef et reine (manuel de 2006). De cette manière, des mythes sur la vie et les entreprises des dieux sont limités et ils se trouvent à la marge. La marginalisation du mythe de l’Europe est très intéressante, où Europe ne fait plus partie du panthéon européen. Le mythe est désormais utilisé comme récit pour la nomination du continent européen. Les autres sous chapitres sur la mythologie sont : les mythes des Héros qui ont influencé la littérature, le cinéma et la tradition populaire de notre peuple. Il n’y a plus de mythes sur la vie des 12 dieux de l’Olympe. Après d’avoir placé la mythologie dans le monde imaginaire et d’avoir détaché la « divinité » des 12 olympiens, les mythes héroïques, en contradiction avec les citations des anciens manuels, se présentent avec leur dimension « mythique » ; « Héra enviait Alcmène et elle haïssait bien Hercules. Mais un jour, Zeus envoya Hermès à ramener le bébé à l’Olympe et il l’a laissé boire un peu de lait par les seines d’Hera, alors qu’elle dormait, pour qu’il devienne invincible. Quand Héra se réveilla, elle comprit qui fut le bébé et elle se retira brutalement. Ce moment un peu de son lait coula au ciel et comme cela le Galaxie et ses milles étoiles créèrent » (p.23) Et en se situant dans le temps mythique, ils démarrent comme les contes de fées « A l’époque des héros et des mythes, le roi d’Iolkos, Essonas arriva une nuit sombre à la montagne Pélion avec son fils Jason » (p.52) « Avant beaucoup d’années, à l’époque ancienne, quand les douze dieux habitaient à l’Olympe, Zeus décida de marier le roi de Fthia, Pilea, avec une fée maritime, Thetida, la fille de Nireas » (p.58) En plus, comme la mythologie, les dieux et les héros sont liés à la construction imaginaire, parmi les passages des mythes on trouve des interventions des dieux ; fait qui n’était pas présent à la citation précédente des mythes où les entreprises des héros se présentaient dans le temps préhistorique. Le détachement du religieux par la mythologie continue à la quatrième classe. Dans le manuel « Étude d’environnement pour la 4ème classse » (2006 ), ce détachement est tenté par l’unité « Je compare des bâtiments » où on trouve une comparaison du Parthénon avec le Mémorial de Jefferson à Wassington (P.47). Le manuel «Cours d’histoire pour la 4ème classe de l’école primaire-Aux années anciennes » (2006), suit la même direction, où la présentation du panthéon olympien est citée au chapitre « La poésie et la religion des hellènes », après les poèmes d’Homère « Pendant l’époque homérique les hellènes croyaient aux douze dieux, lesquels on imaginait d’habiter à l’Olympe, la montagne la plus haute de la Grèce. Ils croyaient que là haut il y avait un palais splendide, où Zeus et sa femme, Héra, habitaient, alors que les autres dieux habitaient dans des petites maisons construites par Ifestos. Pour les anciens hellènes, tous les dieux vivaient comme une famille, ils mangeaient d’ambroisie et ils buvaient du nectar. Chef de tous fut Zeus, lequel les hellènes appelaient « père des dieux et des hommes. Il était de grande force et il gardait le foudre effrayant dans ses mains » (p.11-12) Positionnée à l’époque homérique, la religion des anciennes hellènes perd sa valeur en se brusquant entre histoire et imagination. La présentation des douze dieux, selon leurs liens familiaux, symboles et domaines de protection suit « Zeus, le plus grand parmi les douze dieux, gouverneur du ciel, de la terre et de la mer. Son symbole fut le foudre effrayant, Héra, l’épouse de Zeus, protégeait le mariage etc.» (p.12) De plus, il n’existe plus de références sur la religiosité des Jeux Olympiques ou de la tradition théâtrale. Pour la première fois dans les manuels examinés, on trouve quelques références mythologiques dans les manuels du cours de religion. Ainsi, dans le manuel « Cours de religion pour la 6ème classe de l’école primaire-Recherchant la vérité dans notre vie » (2006) On trouve quelques lignes sur les mythes en tant qu’effort des hellènes pour expliquer le monde « Ensuite, la recherche du début du monde me conduit aux anciens hellènes. Je les approche et j’écoute leur mythe pour la création de l’Homme (….) ce mythe paraît d’être assez apprécié, parce qu’il n’est pas seulement référé par Platon, mais par Hésiode et Eschyle » (p.7). « Les nouvelles réponses se donnent par les philosophes et les poètes tragiques. Pour encore une fois, mes pas me mènent en Grèce antique. Dans un théâtre, je vois une tragédie qui traite un ancien mythe, en lui donnant une autre dimension. Il est le mythe de Vellerofontis, qui avec son cheval ailé, Pégase, essaie d’envahir le ciel et de découvrir les secrets des dieux et les réponses qui veut » (p.9) Qui cessent d’être valide avec la naissance du Christ et l’expansion du christianisme.

3. Conclusion

Par l’étude diachronique de la présentation de la mythologie hellénique, nous constatons un déplacement considérable de sa fonction parmi la connaissance scolaire. Dans les années 1980, la mythologie hellénique –présentée en parallèle avec la préhistoire, est instrumentalisée pour faire le lien entre les civilisations préhistoriques, surtout avec la civilisation mycénienne, pour démontrer que les origines du peuple hellénique remontent à la naissance de l’espèce humaine et que le territoire qu’on appelle aujourd’hui « Grèce » était habité par la nation hellénique depuis toujours. Dans les manuels, publiés dans les années 1996-1997, nous constatons le renforcement du rôle de la mythologie par l’emphase de sa dimension religieuse. La mythologie, en se présentant toujours comme la vérité, devient une source de valeurs importantes pour la socialisation de la jeune génération. D’un côté donc, on trouve la religion des hellènes qui ouvre un espace fertile pour l’éducation morale et de l’autre côté on la retrouve dans la revendication de la Grèce dans le processus européen. Enfin, dans les années 2006, la mythologie se détache de son caractère religieux et de la continuité historique. En lui accordant un rôle, a part le temps historique, la mythologie devient une tradition, toujours d’importance considérable, qui a servi comme source d’inspiration pour des auteurs et des artistes partout dans le monde. La sécularisation du polythéisme ancien hellénique symbolise la valorisation du monothéisme, de l’unité, de la vérité absolue. Dans tous les cas, la mythologie hellénique est instrumentalisée pour la contribution à la redéfinition du mythe national selon les exigences de chaque période. Les variations, en se qui concerne sa dimension religieuse, témoignent une nouvelle approche sur l’enseignement des faits religieux et des enjeux sur le développement du discours identitaire pendant la période examinée.

Références : Debray, R., (2002), L’enseignement du fait religieux dans l’enseignement laïque, Ministère de l’Éducation Nationale

Fragoudaki, A., (1997), « Descendants des hellènes depuis l’époque mycénienne » : l’analyse des manuels d’histoire » dans Fragoudaki, A., Dragona, Th., (p.75-89), Qu’est ce que notre patrie-Ethnocentrisme dans l’éducation, Athènes, Alexandria

Molokotos-Linderman, L., (2004), « L’orthodoxie à l’école en Grèce » dans Revue internationale d’éducation de Sèvres, septembre 2004, Vol.36, p.71-84

-,« Mutations et débats sur la question religieuse dans l’espace scolaire grec » dans Social Compass, décembre 2004, Vol. 51 (4), p. 487-497

-, (2005) « L’enseignement de la religion en Grèce au miroir des manuels scolaires » dans Willaime, J.P- Matthieu, S., (p.71-82), Des maîtres et des dieux, Belin : Paris