084 - Enseigner en école rurale : quels impacts sur la construction de l’identité professionnelle des enseignants ? Etude comparative dans des territoires ruraux de quatre pays

                                                      Catherine Rothenburger
                                                          ISPEF, Lyon2 France

                                                          Pierre Champollion
                                  ADEF, Université Joseph Fourier, Grenoble France

Mots-clés : école rurale, identité professionnelle, premier degré, subjectivité, territoire

Associée à beaucoup de clichés, d’idéalisation et de nostalgie, l’école rurale constitue un objet de recherche renouvelé depuis les années 1980, tant au niveau national qu’international. Ainsi, A. Mingat et C. Ogier (1993) montrent que, contrairement aux idées reçues, les petites écoles rurales n’entrainent pas de surcoût global par rapport aux regroupements pédagogiques. A. Davaillon et F. Oeuvrard (1995) mettent en évidence les bonnes performances du système éducatif en milieu rural. L’Observatoire de l’Ecole Rurale  (1999 – 2005), en analysant de manière longitudinale les trajectoires scolaires des élèves ruraux, souligne le « déficit » d’ambition des enfants ruraux compte tenu de leurs bons résultats scolaires, « autodépréciation » qui les conduit à s’orienter davantage vers des études « courtes » (Y. Alpe, P. Champollion & J-L. Poirey, 2001 - 2010). Le programme international de recherche sur l’école rurale (2009 - 2012), auquel participent les auteurs, impliquant Espagne, Portugal, Chili, Uruguay et France, coordonné par l’université de Barcelone, s’intéresse aux pratiques pédagogiques des enseignants en école rurale, à leurs éventuelles régularités et transférabilités en milieu urbain.
Parler de petites écoles rurales du premier degré, dans ces pays, c’est  évoquer d’abord un type de structure multi-cours, mais aussi une diversité de  territoires ruraux. Si ceux-ci sont définis de manière relativement homogène par la densité de population, ils se caractérisent et se différencient par leurs histoires, leurs acteurs, leurs territorialités, leurs recompositions sociales et leurs interculturalités. Les petites écoles rurales françaises, espagnoles, chiliennes et uruguayennes (écoles à classe unique ou à deux classes) présentent des points communs en termes d’organisation et d’implication des acteurs locaux (en particulier des parents) dans leur fonctionnement. Chaque pays fait référence à ses « figures » de l’école rurale, de C. Freinet à G. Mistral ou A. Ferreiro.
Aujourd’hui, comment les enseignants du premier degré français, espagnols, chiliens ou uruguayens vivent-ils leur rencontre avec l’école rurale?  Que ce terrain d’exercice soit choisi ou subi, qu’il intervienne au début ou en cours de carrière professionnelle, il provoque un certain nombre de ruptures dans les représentations du métier et dans les pratiques professionnelles. Quels processus identitaires ces ruptures mettent-elles en mouvement chez les enseignants de ces quatre pays? Quelles différences dans les processus identitaires, dans les stratégies d’adaptation peut-on observer et quelles convergences peut-on mettre en évidence entre les quatre pays de cette étude au-delà de la diversité des systèmes éducatifs, des systèmes de formation et d’accompagnement des enseignants ainsi que de la diversité des territoires? L’utilisation des concepts d’identité subjective et d’action, développés par A-M. Costalat-Founeau (2008), ainsi que celui d’aire intermédiaire d’expériences emprunté à D. Winnicott (1975), permet une analyse de ces processus du point de vue de la psychologie sociale. Le corpus étudié est constitué de 44 entretiens compréhensifs et de 24 observations en classe, répartis sur des territoires ruraux français, espagnols, chiliens et uruguayens ; il est analysé de manière qualitative selon la méthodologie de l’analyse de contenu.

Références bibliographiques :
Alpe, Y., & Fauguet, J.-L. (2009). Sociologie de l'école rurale. Paris: L'Harmattan.
Bardin, L. (2007). L'analyse de contenu. PUF.
Champollion, P. (2013). Des inégalités d'éducation et d'orientation d'origine territoriale. L'Harmattan.
Chiappe, M., Carambula, M., & Fernandez, E. (2008). El campo uruguayo : une mirada desde la sociologia rural. Montevideo: Universidad de la Republica,Uruguay.
Costalat-Founeau, A. (1997). Identité sociale et dynamique représentationnelle. Rennes: Presses Universitaires de Rennes.
Gonzalez Fernandez, M., & Moyano Estrada, E. (2008, vol 42 n°2). Sociologia rural en Espana. Sociologia , pp. 107- 139.
Guerin-Pace, F., & Filippova, E. (2008). Ces lieux qui nous habitent, identité des territoires, territoires d'identités. INED, l'Aube.
Hernandez Aracena, R., & Pezo Orellana, L. (2010). La ruralidad chilena Actual. Aproximaciones desde la antropologia. Santiago de Chile: CoLibris.
Hervieu, B., & Viard, J. (2001). Au bonheur des campagnes. Editions de l'aube.
Lahire, B. (2012). Monde pluriel. Penser l'unité des sciences sociales. Paris: Seuil, Coll. La couleur des idées.
Vanier, M. (2009). Territoires, territorialité, territorialisation. Controverses et perspectives. Presses Universitaires de Rennes.