082 - Les violences en CLIS 1 : violences pathologiques ou institutionnelles ?

Claire Saint Martin

Laboratoire EMA, Université de Cergy Pontoise, France

 

Mots clés : CLIS 1,  pathologies, violences, institution

 

A l’école élémentaire, les CLIS 1 (Classe pour l’Inclusion Scolaire), accueillent des élèves de 6 à 12 ans, « dont la situation de handicap procède de troubles des fonctions cognitives ou mentales ». Elles sont admises comme des classes difficiles, notamment en raison des violences générées, pense-ton,  par la pluralité des difficultés des élèves. Mais qu’en est-il exactement de la réalité de celles-ci ? Sont-elles systématiquement et irrémédiablement liées au handicap des élèves ou résultent-elles de causes plus générales ?

La communication propose de rapporter la méthodologie et les résultats d’une recherche menée en mars 2011 dans une CLIS 1, à partir de la dénomination par E. Debarbieux des violences scolaires sous le terme de microviolences. La recherche se situe dans le cadre de l’analyse institutionnelle.

L’observation s’est déroulée sur 13 demi-journées, pendant lesquelles je relevais dans un cahier tous les faits de violence au sein de la classe. Parallèlement à cette observation, j’ai mené des entretiens individuels avec l’enseignante, la directrice, un enseignant qui incluait une élève et les élèves qui le souhaitaient, en fin d’observation. J’ai également organisé avec eux un temps de réflexion collective sur le thème de la violence.

Les résultats, en   discernant deux typologies de perturbations : les manifestations d’hostilité et les diversions transgressives, questionnent la validité du terme de microviolence. Ils mettent en avant la dimension institutionnelle dans l’expression des violences, à différents niveaux : de la classe, de l’école, de l’Etat. Si les violences générées par la dynamique de classe peuvent être comparées à celles du milieu ordinaire (dysfonctionnement organisationnel, erreurs d’évaluation des compétences des élèves, confrontations d’affects…), les violences induites par le lieu école sont  plus spécifiquement reliées à la CLIS, par la stigmatisation de cette classe. Le regard sur le handicap, le tabou autour du handicap mental conduisent à l’isolement des élèves, par une négation de la nature et du fonctionnement de cette classe, de certaines problématiques de ces élèves. Au niveau de l’Etat, la constitution même des CLIS 1 peut générer des violences, par le nombre d’élèves fragiles, non autonomes, la fréquentation de la même classe durant un certain nombre d’années… Cette recherche démontre que les violences scolaires sont une production sociale, en tant qu’expressions des contradictions et des dysfonctionnements de l’institution.

 

Bibliographie :

Carra, C. (2009). Violences à l’école élémentaire. Paris, France : PUF.

Catini, L., Monceau, G. (2000). Socianalyse de la violence en éducation. La lettre du Grape, revue de l’enfance et de l’adolescence n° 39. Toulouse, France : Erès.

Debarbieux, E. (1999). La violence dans la classe (5è éd.)Paris : ESF.

Imbert, F, (2004). Enfants en souffrance, élèves en échec. Paris, France : ESF éditeur.

Lapassade, G. (1998). Microsociologie de la vie scolaire. Paris : Economica.

Pain,  J.  (Avril 2004). Violences et violence institutionnelle La responsabilité de l’institution. En ligne probo.free.fr/textes_amis/violence_institutionnelle_j_pain.pdf

Robbes, B., Bride, P. (coord.)  (2011).  Violences, l’école en cause. Cahiers pédagogique n° 488. Paris, CRAP-Cahiers pédagogiques

Sirota, R. (1988). L’école primaire au quotidien. Paris : PUF.

Vienne, P. (2009). Violences à l’école : au bonheur des experts. Paris : Syllepse.

Wiervorka, M. (2005). La violence. Paris : Hachette.