067/0 - « Ecole, identité, ethnicité »

L’objectif de ce symposium long « École, identité, ethnicité » est d’interroger l’Ecole comme espace de structuration identitaire des jeunes au moment où notre Vivre ensemble est questionné par la présence, désormais pensée comme durable et définitive, des minorités culturelles et cultuelles.

Dans notre modèle, l’idée de citoyenneté nationale fondée sur le Contrat, héritière des théories d’inspiration rousseauiste du pacte social volontariste, inscrit le sujet citoyen – qui n’a ni âge, ni sexe, ni origine sociale, ni origine ethnique – dans une appartenance collective. Principe d’allégeance à un État, mais aussi sentiment d’appartenance, la nationalité n’est pas tant un mode de construction d’une identité culturelle qu’une identité politique naturalisée. Transfigurée par son assimilation à l’idéologie de la construction de l’État-Nation, la nationalité est devenue le seul accès politiquement et socialement reconnu comme légitime aux droits politiques et sociaux, et donc à la citoyenneté. La centralité de la citoyenneté républicaine a conduit à une sous-estimation de la vitalité des appartenances singulières et collectives, mais aussi à la construction d’un habitus nationaliste républicain tendant à mettre hors-jeu tout autre mode d’identification. 

Dans notre histoire politique, la contribution de l'État moderne à la naissance du citoyen passe par un instrument idéologique d’inculcation des valeurs communes : l’Ecole. Si l’Etat joue sa pérennité dans la formation du citoyen, l’éducation est à la fois lieu et moment d’un choix politique par l’invention de l’Ecole républicaine et l’instrument de construction d’une mémoire collective comme d’une culture commune aujourd’hui révoquées en doute. L’invention de l’Ecole républicaine est partie prenante d’un projet de citoyenneté collective, qui revendique la neutralité politique. Or, dans une France devenue pluri-culturelle et pluri-cultuelle dans laquelle la présence des minorités a complètement bouleversé le paysage intégrationniste de la société française, les modalités de notre Vivre ensemble autant que les discours et institutions qui lui donnent sens sont questionnés. Dans notre imaginaire collectif, la question ethnique pensée comme transgressive fait effraction. Elle a valeur de « trauma » dans un modèle républicain, faiblement réfléchi par notre société car vécu comme universel et universalisable. De fortes résistances demeurent à poser autrement le débat social (voire scientifique) sur les nouvelles modalités de l’être-ensemble dans la France « patrie des Droits de l’Homme », où il ne peut y avoir que des discriminations de classes mais pas ethniques ou religieuses. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, les discussions tantôt politiques et sociales, tantôt scientifiques autour du « modèle républicain français d’intégration » témoignent implicitement d’une difficulté à penser notre « vivre-ensemble » face à cette question des cultures minorées, souvent pensée à partir du concept d’ethnicité. Peut-être parce que du fait de leur histoire, les Français pensent leur modèle comme le seul à validité universelle ? Si bien que considérer la « différence » des populations nommées « immigrées », « deuxième ou troisième générations », ce n’est pas tant attester de l’existence de traits culturels discriminants que de l’envisager comme le résultat de rapports sociaux sociologiquement et historiquement construits entre différents acteurs, inscrits à un moment donné de notre histoire : quand la démarche rationnelle d’adhésion au contrat (républicain) commence à faire défaut et que le mode associatif, communautaire ou volontaire tend à le concurrencer. L’arrivée en métropole de minorités fortement identitaires sur le plan culturel et religieux et installées durablement – et même définitivement pour les générations les plus jeunes – questionne notre modèle citoyen et donc notre Ecole.

Il s'agira donc de mettre en questions la notion de laïcité, pensée dans notre imaginaire et dans les discours collectifs comme une variation de l’universalité. L’installation de l’islam a déstabilisé une laïcité à la française prétendument universelle, mais qui  exprime cependant notre particularisme national. Le modèle de laïcité à la française, qui est pourtant une exception politique, nous semble aller de soi, mais il n’est pas réfléchi et déconstruit de manière critique, parce qu’imposé comme cadre de la réduction d’une espérance démocratique dans l’institution d’une république moniste. Dans sa communication,  Geneviève Zoïa se demandera  comment les tensions entre ethnicité et laïcité s’expriment dans notre modèle politique et les effets de ces tensions sur l’Ecole, ce que la communication de Béatrice Mabilon-Bonfils  illustrera en questionnant derrière la figure de l’autre dans l’Ecole, les impensé de la laïcité. L’Ecole est aujourd'hui confrontée à une demande croissante de pluralismes cultuels et culturels, parce l’apport récent des minorités ethno-religieuses à l’identité nationale n’y est pas pensé. François Durpaire montrera les enjeux des appartenances pluri-identitaires à l’école de la République et posera les jalons d’une  troisième voie entre une école multiculturalité et une école républicaniste.  Christine Delory-Momberger posera alors qu’apprendre la diversité, c’est apprendre de la diversité  en définissant les enjeux éducatifs et politiques d’une éducation à et par l’altérité à l’école.   Anne Dizerbo exprimera les effets potentiels de ces pluri-identités sur l’éducation à la citoyenneté au collège.  . Enfin, grâce à une analyse des recherches comparatives internationales, Max Barahona   se demandera si  la redistribution du capital culturel par l'intégration socio-économique à l'école est envisageable. Sophie Genelot, MCF Sciences  de l'Éducation, directrice IUFM de Bourgogne Iredu, Dijon  sera la discutante de ce symposium