066 - À l'école de la rue

Tristana Pimor

LACES Univerité Bordeaux Segalen, France

 

Mots clés : Jeunes en errance, déviance, ethnographie

 

Dans le cadre d’une thèse conduite entre 2009 et 2012, à partir d’une étude ethnographique, réalisée avec des jeunes dits « en errance » vivant dans un squat et de leurs amis, nous nous sommes intéressés aux parcours de vie de ces acteurs que le sens commun nomme « punk à chien ». Une approche inductive et collaborative avec les enquêtés s’est imposée au regard du manque et des biais de la littérature française et de la méfiance des squatteurs à l’égard de l’enquêteur. Par le biais de dix-neuf récits de vie et d’une observation participante de douze mois, nous avons cherché à savoir si seuls des éléments objectifs de type familiaux, scolaires et d’appartenance de classe étaient influents dans leur construction identitaire ou s’il fallait prendre en compte les expériences sociales et les interprétations des acteurs. Ce groupe de jeunes qu’ils nomment eux-mêmes « La family » est composé d’une quarantaine de « zonards » ¬- suivant la terminologie indigène - habitant le squat, de « travellers » résidant en camion et d’amis vivant en appartement. Ces zonards appartiennent par ailleurs à un réseau d’interconnaissance plus vaste appelé la « Zone » dans lequel ils tissent des relations amicales, hostiles et utilitaires. La « Zone » regroupe en définitive tous les zonards de la ville d’enquête, voire de France et comprend des individus aussi bien isolés que des « familles » de jeunes de la rue. Voulant nous détacher des concepts d’exclusion décrivant de manière trop passive ou essentiellement réactive les orientations de vie des individus « en situation de précarité », nous avons opté pour un décryptage des trajectoires biographiques au travers des concepts de socialisation et de déviance (Lahire, 2001 ; Becker, 1985 ; Berger & Luckmann, 2008). Ainsi nous avons tenu compte d’une part, du temps en nous centrant sur les socialisations primaires et secondaires des acteurs, puis sur leur carrière « zonarde » et d’autre part, notre attention s’est portée sur les éléments objectifs (habitus, domination, désajustement, désorganisation sociale des lieux d’habitation familiaux, mobilité sociale) et subjectifs (stigmatisation, bifurcations biographiques, interprétation de la réalité, sous-culture) qui façonnent les parcours de ces jeunes. Nous avons ainsi dégagé quatre trajectoires antérieures à l’inscription dans l’univers de la « Zone » inhérentes à quatre positions plus ou moins engagés dans l’univers zonard. Dans cette communication nous nous proposons d’exposer uniquement les résultats et interprétations qui concernent le vécu et la socialisation scolaire. Outre la famille et la carrière zonarde, l’école joue ici pleinement un rôle dans l’inscription déviante de ces jeunes. Nous détaillerons alors en fonction des quatre trajectoires repérées les spécificités scolaires pouvant les divers positionnements plus ou moins déviants de ces jeunes.

 

Références bibliographiques :

Abbott, A.(2010). A propos du concept de turning point. in M. Grossetti; M.Bessi et C. Bidart (Eds.), Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’évènement.(pp. 187-211). Paris : La Découverte.

Becker, H. S. (1985). Outsider. (B. Chapoulie, Trad.) Paris: Métailié.

Berger, P,Luckmann, T. (1966). La construction sociale de la réalité. Paris: Armand colin.

Bourdieu, P. (2003). Méditations pascaliennes. Paris : Seuil. (éd. 1 ère édition 1997).

Clifford, J, Marcus, G. E. (1986). Writing culture : the poetics and politics of ethnography : a school of American research advanced seminar. Berkeley ; Los Angeles ; London: University of California press.

Dubet, F. (1994). Sociologie de l’expérience. Paris: Seuil.

Karsz, S (Dir)., (2004). L’exclusion : définir pour en finir. Paris: Dunod.

Lahire, B. (2001). L’homme pluriel : les ressorts de l'action. Paris: Hachette Littteratures.

Whyte, F. (2002). Street Corner society : la structure sociale d'un quartier italo-américain. Paris: La découverte [1943].