055 - Usages des catégories de santé mentale par l’école. Que diffusent les Inspections Académiques sur le T.D.A./H. ?

Magdalena KOHOUT-DIAZ

Université de Bordeaux, France

 

Mots clé : T.D.A. /H., santé mentale, adaptations pédagogiques.

 

Sous l’effet des politiques européennes, la France a souscrit depuis plus de dix ans au concept de « besoins éducatifs particuliers ». L’intention initiale était de mettre terme à la stigmatisation des élèves en difficulté et/ou handicapés par recours abusif au discours biomédical. Le problème est que la référence à des classifications médicales s’est au contraire trouvée renforcée avec la diffusion, dans le discours social, des catégories de la santé mentale. Quels sont les procédés et les impacts (supposés/réels) des catégories de la santé mentale dans les discours pédagogiques ?

L’enquête présente les résultats d’une recherche menée sur le cas particulier d’un trouble dont la prévalence ne cesse de croître en France et dans le monde : le Trouble de Déficit d’Attention avec Hyperactivité (T.D.A./H.). La recherche a consisté dans l’analyse systématique d’un corpus de documents (n = 91) proposés en ligne par les 34 Académies françaises. Les résultats mettent en évidence les dérives du discours pédagogique par manque de définition précise et spécifique du trouble. Les documents invitent à la prévention, au signalement et aux adaptations pédagogiques. Pourtant, les descriptions des troubles semblent établies uniquement sur des regroupements et des évaluations normatives de comportements. Elles viennent in fine alimenter des recommandations contradictoires ou floues, établies à partir de classifications aléatoires en Troubles de Conduites et des Comportements ou des Troubles Spécifiques des Apprentissages (T.C.C./T.S.A.). Un recours abusif au discours des sciences est également présent. Plusieurs travaux en neurosciences soulignent en effet qu’il n’y a pas de marqueur biologique du T.D.A./H., ce qui n'est pas évoqué dans notre corpus. Si le discours biomédical ouvre indiscutablement sur la prise en compte de la vulnérabilité et sur la prévention, la question demeure de savoir quelles adaptations pédagogiques précises sont possibles à partir de ces grilles de compréhension des phénomènes.

Références :

Armstrong, F., (2003), Le concept de « special educational needs » dans le contexte de la culture scolaire et sociale britannique. In La nouvelle revue de l’A.I.S. n°22, 2ème trimestre 2003.

Batstra, L., & Frances, A. (2012). DSM-5 further inflates attention deficit hyperactivity disorder. The Journal of Nervous and Mental Disease, 200(6).

Debarbieux, E., & Fotinos, G., (2012). L’école entre bonheur et ras le bol. Enquête de victimation et climat scolaire auprès des personnels de l’école maternelle et élémentaire. Rapport FAS/USU/OIVE.

Gonon, F., Guilé, J.-M., Cohen, D. (2010). Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité : données récentes des neurosciences et de l’expérience nord-américaine In Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence 58 (2010) 273–281.

Monfroy, B., (2002), La définition des élèves en difficulté en ZEP : le discours des enseignants de l’école primaire. In Revue Française de Pédagogie, N°140, juil. Aout, sept. 2002, p.33-40.

Plaisance, E. (1999). L’éducation spéciale…ou comment les mots font les choses. In Educations, n°17, p.49-61.