054 - Quand la gouvernance transforme la professionnalité enseignante. Analyse des nouvelles formes de travail collectif au service de la réussite des élèves.

Sylvie MOUSSAY

IUFM- Université de Clermont-Ferrand, FRANCE

 

Luc RIA

IFE-ENS Lyon, FRANCE

 

Mots clés : Transformation du métier ; enseignant ; analyse de l’activité  

 

Cette contribution rend compte des résultats d’une étude dont la focale d’analyse porte sur les transformations du métier d’enseignant dans un contexte de changement organisationnel lié à la nouvelle gouvernance des établissements scolaires en éducation prioritaire. Conformément aux dispositions énoncées dans la politique ECLAIR, une autonomie plus ou moins grande accordée aux établissements en termes de recrutement et de gestion des ressources humaines, de contrats d’objectifs et de dispositifs d’aide et de prise en charge des élèves en difficulté a induit une évolution majeure du travail réel des enseignants qui tend vers une complexification (Maroy, 2006). La transformation du périmètre d’activité des enseignants est aujourd’hui mise en avant dans la littérature scientifique internationale soulignant l’émergence de métiers intermédiaires tels que les « teacher leaders » et « teacherpreneurs » (Bangs & Macbeath, 2009 ;  Barnett, 2011) impliqués aux côtés du chef d’établissement dans des modalités variées de pilotage des activités d’enseignement et d’accompagnement éducatif orientées vers la réussite des élèves. Les recherches récentes apportent une forme de compréhension sur le changement de leadership des établissements scolaires et confirment la thèse d’une nouvelle professionnalité enseignante marquée par une redistribution des tâches et des responsabilités. Mais elles omettent deux considérations importantes : celle qui permet précisément d’identifier les nouvelles composantes du travail réel des enseignants ; et celle d’analyser l’efficience de l’activité des « teacherpreneurs » dans des formes de travail innovantes avec les élèves. Aussi, la perspective de refonder le système de formation des nouveaux enseignants à l’horizon 2020 et d’accompagner ces derniers dans les transformations du travail obligent à circonscrire finement ce qui change dans l’ordinaire des pratiques enseignantes. Notre étude s’intéresse particulièrement à l’activité de quatre  enseignants- pilotes engagés dans des nouvelles formes de travail collectif avec la direction, les collègues, les CPE, les assistants pédagogiques, les parents. L’approche conceptuelle de notre étude est fondée sur les présupposés issus des théories de l’activité (Engeström, 2000 ; Leontiev, 1984) de la psychologie historico-culturelle (Vygotski, 1997) et des travaux en clinique du travail (Clot & Lhuilier, 2010). La démarche d’intervention-recherche s’appuie sur des observations de l’activité permettant de construire des matériaux pour des entretiens d’auto-confrontation simple et croisée avec quatre enseignants-pilotes. L’analyse des données d’entretien a été réalisée selon trois étapes : i) transcription et découpage du corpus en unités d’interaction délimitées à partir de l’énoncé par les acteurs d’un but d’action ; ii) chaque unité d’interaction a été numérotée puis regroupée dans un tableau en dissociant les énoncés d’un but d’action des énoncés d’un motif et d’une opération selon la méthode de codage de Méard, Bertone et Flavier (2008). Les résultats montrent premièrement que l’activité des nouveaux enseignants- pilotes est traversée par des tensions et des contradictions inhérentes au travail collectif. Deuxièmement, leur activité est fortement dépendante de l’initiative des uns et des autres. C’est particulièrement cette initiative qui est questionnée tant sur le plan du développement professionnel des enseignants que sur celui du travail avec les élèves, celui de l’aptitude à collaborer au sein de la gouvernance interne d’un établissement scolaire.

 

Références bibliographiques :

Bangs, J. et Macbeath, J. (2012). Collective leadership: the role of teacher unions in encouraging teachers to take the lead in their own learning and in teacher policy. Professional Development in Education, 38, 2.

Barnett, B. (2011). Teacherpreneurs: A more powerful vision for the teaching profession. Phi Delta Kappan, 92(6), 28-33.   

Clot, Y. et Lhuilier, D. (2010). Agir en clinique du travail. Toulouse : Erès.

Engeström, Y. (2000). Activity theory as a framework for analyzing and redesigning work. Ergonomics 43(7), 960-974.

Leontiev, A. (1984). Activité, conscience, personnalité. Moscou : Editions du Progrès.

Maroy, C. (2006). Les évolutions du travail enseignant en France et en Europe. Facteurs de changement, incidences et résistances dans l’enseignement secondaire. Revue française de pédagogie, 155, 111-142.

Méard J., Bertone S., et Flavier E. (2008): How fourth grade-students internalize rules during teacher-student(s) transactions. British Journal of Educational Psychology, 78, 395-410.

Vygotski, L.S.(1997). Pensée et langage, Paris : La Dispute.

Mots clés : Transformation du métier ; enseignant ; analyse de l’activi