*030 - La Révolution : socle de la pensée politique d’Edgar Quinet ?

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QUILICI charlotte

étudiante Paris 7

 

Mot-clés: Démocratie,Révolution, Edgar Quinet, Philosophie

 

Parler d’un « socle » pour la pensée politique d’Edgar Quinet, c’est envisager le fait d’un avant et d’un après. En effet, toute pensée va de pair avec l’expérience d’un individu. Sans doute, plus l’expérience est dense, et plus la pensée est profonde. Ainsi, si nous ajoutons à cela la force d’un homme lucide et engagé dans son époque alors, nous sommes face, certainement, à une des pensées les plus brillantes dont la rigueur détermine l’avènement et la stabilité de notre démocratie.

Considérer son ouvrage « La Révolution » comme matrice de sa philosophie politique est possible à condition de tenir compte des événements politiques de l’époque : La Révolution de 1848, menée par les Romantiques, destinés à être devant l’Histoire des « quarante-huitards » , éclate, animée par la détermination de l’établissement réel de l’égalité, le tout dans une volonté de fidélité à l’héritage de 1789. Le résultat est celui de l’échec et d’une grande déception ; la prise de pouvoir, légale, dans un premier temps par Napoléon III, puis, très rapidement le coup d’Etat du 2 décembre 1851 et l’avènement d’un Empire autoritaire qui engage une dispersion des opposants, dont Edgar Quinet fait partie.

C’est donc dans l’amertume et l’humiliation de l’exil qu’il rédige ce livre. Mais cet ouvrage commence par une préface, rarement aujourd’hui présentée comme telle, et rééditée depuis 2009 : Philosophie de l’histoire de France initialement écrite en 1857. Par conséquent, sa pensée politique est marquée par l’édition de deux volumes, finalement inintelligible l’un sans l’autre. Sa Philosophie n’a pas pour but de faire l’étude d’une métaphysique propre à l’Histoire de France, mais ce titre est en réalité cynique et est une attaque en bonne et due forme qui vise tous ces « collègues », qui se sont placés, d’une manière ou d’une autre dans un semblable combat en faveur de la liberté, de la démocratie et de la sécularisation des pouvoirs de l’Eglise.

Quels en sont les enjeux véritables ? D’abord de savoir gérer et comment hériter de la Révolution et de ses mythes, déjà puissamment installés. Mais cette question, Quinet la pose aux autres Républicains et non à l’ensemble de la classe politique. Faisant cela, il a conscience du risque qu’il fait courir à son parti ; celui d’une dislocation totale et donc de laisser le champ libre à tous ceux contre lesquels ils se battent ; les doctrinaires, les Ultras, les Bonapartistes…. L’autre problème, et non des moindres, c’est de savoir comment interpréter la Terreur : comme un bloc intégré à la Révolution, ce qui rend la notion de République, pour le coup, totalement inapplicable, ou bien comme un phénomène à part, agissant pour son compte seul ? En faisant cela, Quinet reprend l’idée de monadologie qu’il empreinte à Leibniz. L’enjeu central de ces débats, c’est de rendre une crédibilité à la gauche, et de rendre ses lettres de noblesse à la Démocratie.

 

Références :

Aeschimann, W. La pensée d’Edgar Quinet, étude sur la formation de ses idées avec essais de jeunesse et documents inédits, Editions Anthropos, 1986, Genève. Agulhon, M. 1848 ou l’apprentissage de la République, 1848-1852, Paris, Editions du Seuil, 1992. Berstein, S. Winock, M. (dir.), L’invention de la démocratie, 1789-1914, Paris, Editions du Seuil, 2002 Finley, M, Démocratie antique et démocratie moderne, précédé de Tradition de la démocratie moderne, Paris, Editions Payot & Rivages, 2003, p 21. Martin-Fugier, A. Les Romantiques, 1820-1848, Paris, Hachette Littératures, 1998. Quinet, E. Histoire de mes idées, Paris, Flammarion, 1972. Quinet, E. L’enseignement du peuple, suivi de La Révolution religieuse au XIXe siècle, Paris Pluriel, 2001. Quinet, E. La République, Conditions de la régénération de la France, Paris, Editions le bord de l’eau, 2009. Quinet, E. La Révolution, Paris, Belin, 1987.