029 - Analyse longitudinale des devenirs socioprofessionnels d’ex-collégiens en « décrochage scolaire ».

Mathias Millet

Université de Poitiers, France

 

Daniel Thin

Université Lyon 2, France

 

Zolesio Emmanuelle

IUFM d'Auvergne, France

 

Mots-clés: décrochage scolaire / remédiation scolaire /insertion professionnelle / ressources / handicaps sociaux

 

Cette communication proposera une analyse des parcours institutionnels et socioprofessionnels de collégiens en ruptures scolaires passés par le dispositif de rescolarisation des classes relais[1]. Il s’agira à la fois d’en objectiver les étapes etd’en comprendre les logiques sociales et les principes d’engendrement. Elle proposera ainsi d’éclairer non seulement les trajectoires post-dispositif de jeunes en ruptures scolaires mais également l’impact d’une remédiation institutionnelle ayant en charge le traitement du « désordre » scolaire. La communication appuiera ses analyses sur un corpus d’entretiens réalisés avec d’ex-collégiens cinq à dix ans après leur passage en classes relais, et sur des données quantitatives issues d’une recherche en cours sur leurs devenirs.

L’objectif sera d’un côté de tester l’hypothèse selon laquelle l’orientation dans une classe relais, loin de toujours permettre la rescolarisation ou l’accès à une formation qualifiante, fonctionne, pour un certain nombre de collégiens (issus des fractions les plus dominées), comme une déscolarisation encadrée et comme une transition institutionnelle entre exclusion intérieure à l’école et relégation vers les positions les plus dominées du monde social (Millet &Thin, 2003). En effet, aucune étude ne dispose du recul suffisant pour apprécier le devenir socioprofessionnel des collégiens passés par les dispositifs relais. Les seules données quantitatives disponibles, établies six mois ou un an après (Centre Alain Savary, 2000 ; Poncet&Alluin, 2004) concluent à un retour massif des élèves dans le système de formation « ordinaire », alors même que le retour vers ces classes s’avère fragiles et semblent souvent masquerle cheminement plus ou moins rapide vers une sortie de l’école sans certification scolaire (Millet &Thin, 2005). Il s’agira donc de tester le devenir à plus long terme des collégiens passés par une classe relais pour en réévaluer les parcours.

D’un autre côté, la communication reviendra sur les différentes étapes des parcours post dispositifs relais des élèves pour mieux établir les modalités scolaires et institutionnelles de ces derniers, les logiques d’encadrement et les enchaînements biographiques les ayant conduit là où ils sont au moment de l’enquête. L’action des dispositifs relais tente en effet d’élaborer un ensemble d’assises ou de réserves sur lesquelles les collégiens pourraient prendre appui pour éviter la désaffiliation ou, à défaut, pour trouver une prise en charge « adaptée ». Il s’agit ainsi de s’interroger sur les assises sociales et cognitives (les savoirs, les ressources, les solidarités, etc.) qui, potentiellement (re)-construites par la classe relais,servent les parcours post-dispositifs des collégiens. Si l’on peut penser quela prise en charge institutionnelle ne change que marginalement les parcours inscrits dans l’histoire sociale et scolaire antérieure, on fera aussi l’hypothèse que la médiation du passage dans les dispositifs relais en modifie toutefois les modalités.

 

Références bibliographiques :

Alluin F., Poncet P. (2004), « Le suivi et le devenir des élèves accueillis en dispositifs-relais. Année scolaire 2003-2004 », Notes d’évaluation 04-08 (août), DEP.

Alluin F., Mazurier C., Poncet P., « Le suivi et le devenir des élèves accueillis en dispositifs-relais. Année scolaire 2003-2004 », Notes d’évaluation 03-02 (novembre), DEP.

Centre Alain Savary (INRP) (2000), Les élèves scolarisés dans un dispositif relais en 98-99 : que sont-ils devenus un an après ?, Ministère de la Justice, M.E.N.

Millet M., Thin D. (2003), "Une déscolarisation encadrée. Le traitement institutionnel du 'désordre scolaire' dans les dispositifs-relais", Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°149, pp.32-41.

Millet M., Thin D. (2005), Ruptures scolaires. L'école à l'épreuve de la question sociale, Paris : PUF.


[1]Créés en 1996, les dispositifs-relais désignent à la fois les classes relais etles ateliers relais (créés plus tardivement) et visent à rescolariser en collège les élèves ou à trouver pour eux une autre voie que le retour dans un cursus de scolarisation ordinaire.