022- La cour de récréation dans l’École du dimanche au XIXe siècle : « Montre-moi ta cour de récré, je te dirai qui tu es... »

Anne Ruolt

Docteur en sciences de l’éducation,
CIVIIC, Rouen (EA 2657), chercheur associé LISEC, Nancy (EA2310)

ATER Université de Lorraine, département des sciences de l’éducation à Nancy (54)

Enseignante à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne (94)

 

Mots clés : Espace scolaire – Cour de récréation – Délassement – Jeux –Socialisation – Éducation mutuelle – Éducation formelle, informelle non-formelle - Éducation nouvelle – Religion

 

Cette communication s’inscrit dans le champ de l’histoire des idées pédagogiques. Elle porte sur la « cour de récréation » fréquentée par les élèves des écoles du dimanche françaises au XIXe siècle. Comme Pierre-Philippe Bugnard tend à fonder la rémanence du modèle transmissif de l’instruction scolaire dans les représentations architecturales de l’institution monastique médiévale, posant l’hypothèse de « l’espace primordial grégorien-cathédral comme genèse de l’habitus pédagogique transmissif », peut-on dire de la « cour de récréation » de l’école du dimanche « matérialise » -plutôt qu’elle ne fonde- une idée protestante de la recréation et de l’éducation ne séparant pas le « sacré » du profane ? Un premier constat s’impose d’abord à l’observateur qui lit les textes décrivant ces écoles protestantes : il n’y trouve aucun « espace consacré » à l’expression d’une activité récréative autonome de l’élève, sans directives éducatives autres que celles présidant la sécurité. Point « d’espace délimité » dans l’école où l’élève redevient enfant et où il est autorisé à briser le silence dès lors que l’instruction a été mise en « mode pause » dans « l’espace classe ». Mais à y regarder de plus prêt, à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle les publications de la Société des écoles du dimanche parlent de moments dédiés à « l’activité récréative » : se sont les trois fêtes qui rythmaient la vie de ces écoles. Celle dite de l’arbre avait lieu en fin d’année civile, la fête générale au printemps et la promenade champêtre en été. Cependant, contrairement à la « cour de récréation » séparant souvent les enfants autant de l’espace de la classe que de celui du monde des adultes dans l’école, ces « espaces de récréation » rassemblaient les enfants, leurs éducateurs et les parents « hors murs de l’école », autour « d’activités récréatives » dans un cadre relationnel repris du modèle de la cellule familiale. Pour décrire ces « cours de récréation » et vérifier l’hypothèse d’un espace récréatif indicateur d’une approche de l’école différente de celle de Bugnard, nous convoquerons essentiellement le corpus textuel et iconographique publié par la Société des écoles du dimanche ainsi que les textes antérieurs d’acteurs de ces écoles. Pour expliquer le sens particulier du concept de « récréation » matérialisé par ces « espaces récréatifs », ce sont surtout les écrits pédagogiques du pasteur-pédagogue Louis-Frédéric François Gauthey (1795-1864) et son triangle pédagogique, qui serviront de concepts théoriques et de « pierre de touche » témoins d’un modèle pédagogique protestant identifié. Pasteur et ami de Pestalozzi, bien qu’oublié, Gauthey a été le premier directeur de l’école normale à Lausanne puis à Courbevoie. In fine, nous proposerons de prolonger la recherche en nous nous demandant si cette « cour de récréation » comme expression du modèle « d’éducation active et pananthropique » gautheyen est précurseur de « d’éducation intégrale » promut par les pédagogues de l’éducation nouvelle au début du XXe siècle. Ceux-ci ont-ils seulement laïcisé ce modèle d’éducation active plus ancien ?

 

Références:

BUGNARD Pierre-Philippe (2006). Le temps des espaces pédagogiques, De la cathédrale orientée à la capitale occidentée, PUN, Nancy, 186 p.

BUGNARD Pierre-Philippe (2007). « Le temps des espaces pédagogiques », in Rassegna di pedagogia, LXV 1-4, Pise-Rome, Serra, 2007, p. 85-102.

DELALANDE, Julie (2001). La Cour de récréation : pour une anthropologie sociale de l'enfance, P.U. Rennes, 278 p.

GAUTHEY, L. F. F., (1854 + 1856). De l’éducation ou principes de pédagogie chrétienne, t. 1 + 2, Paris, Meyrueis,542 p., 526 p.

GAUTHEY, L. F. F.,(1858). Essai sur les Écoles du dimanche, Ouvrage couronné par le Comité des Écoles du dimanche de Paris, Paris, SÉdD, 200 p.

GAUTHEY, L. F. F., (1861). Le Délassement après le travail, ou Essai sur les récréations de l'enfance et de la jeunesse, Paris, C. Meyrueis, 144p.