Le rôle des supports pédagogiques dans l’acquisition des concepts sanitaires par les enfants de 5 à 6 ans dans les écoles maternelles comparaison entre la France et la Syrie

NOUH  SAMIRA

Doctorant en Sciences de l’Education

Université D’Aix-Marseille

EA4671- ADEF

 

Chantal EYMARD

MCF HDR

Université D’Aix-Marseille

EA4671- ADEF

 

Mots-clés : l’éducation à la santé,  les formations des enseignants, la transposition didactique, les supports pédagogiques

 

Résumé : En Sciences de l’éducation, l’essentiel des recherches portent sur l’éducation à la santé (Descarpentries, 2008). Les différentes recherches portent sur les différents acteurs de l’éducation à la santé (Jourdan, 2004a)  que ce soient les acteurs de la santé publique, les enseignants ou encore les élèves. Ces approches permettent de mettre en place des outils pédagogiques variés (Al kala & Syam, 1995) ainsi que des formations continues (Jourdan, 2004b).

L’éducation à la santé est un point primordial qu’il faut aborder dès la petite enfance, période où les enfants sont particulièrement réceptifs et en pleine découverte de leur environnement. L’école devient alors un acteur non négligeable et tient une place importante dans l’apprentissage des concepts sanitaires (Mérini et al., 2004). Elle n’efface pas ces découvertes mais tend au contraire à les renforcer pour construire les savoirs des enfants. On passera par la manipulation car l’enfant n’est alors pas capable de construire des notions sans supports, ce qui marque la véritable importance des ces supports et leur utilisation qui doit être à la fois construite selon les notions abordés et les objectifs visés et adaptés à leur âge (Al kala ,1994).

Notre étude est orientée vers l’apprentissage des concepts sanitaires par des enfants de maternelle via les supports pédagogiques. De ce fait, les enseignants donnent leur point de vue sur les méthodes et l’utilisation de supports pédagogiques qui leur semblent adaptés pour enseigner les concepts sanitaires aux enfants en classe de maternelle par un questionnaire  qui a été distribué à 100 enseignants dans deux pays (France, Syrie). Des tests écrits ont été réalisés auprès des enfants afin de connaitre l’impact de cet enseignement en fonction de l’utilisation des supports pédagogiques. Nous avons observé par la suite une nette opposition entre les enseignements français et syrien selon le concept et les supports pédagogiques utilisés. Les enseignants français s’appuient fortement sur le matériel de classe avec une utilisation plus importante des livres et de l’oral (chants, contes) que les enseignants syriens.

Par contre les supports pédagogiques, selon les enseignants (français et syriens), se révèlent utiles pour l’apprentissage des concepts sanitaires mais les contraintes rencontrées empêchent une meilleure transmission.

  1. Introduction : Ecole et santé : quelle relation ?

Depuis de nombreuses années, l’école tient une place prépondérante dans la prévention de la santé chez les enfants scolarisés (Merini et al., 2004). La notion de santé publique est apparue au début du 20ème siècle. Elle passe aussi par le biais de l’école afin de prévenir les maladies les plus fréquentes à l’époque et véhiculer les comportements sains (Nourrisson, 2002). L’éducation et la santé sont des notions construites humainement avant d’être construites par les sciences. Les relations qui naîtront de ces deux notions seront donc idéologiquement, théoriquement ou normativement modélisées (Klein, 2010). De ce fait, la définition doit être définie avec plus de justesse (Eymard, 2004) afin que l’école puisse adapter ses enseignements et obtenir un impact plus précis. Autant être en bonne santé permet de mettre en place l’éducation de l’enfant ou d’entamer une formation, autant l’éducation permet de maintenir l’individu en bonne santé (OCDE, 2009). Les questions et les études actuelles s’orientent vers la qualité de l’enseignement à préconiser afin que l’égalité des chances soit aussi valable au niveau de la santé. La santé a un coût non négligeable que les politiques publiques tentent d’enrayer mais l’éducation peut aussi permettre de réduire les écarts si les bonnes habitudes sont prises en amont et que les conséquences graves peuvent être évitées.

  1. Education à la santé à l’école : quelle place ?

L’éducation à la santé n’est pas abordée de la même manière, elle tient une place différente selon les pays. En Finlande par exemple, il s’agit d’une discipline scolaire au même titre que les mathématiques ou le français (Simar, Jourdan & Fitzgerald, 2012). En France, en Syrie et au Portugal, elle est enseignée de manière transversale et rangée dans les « éducation à », associée à la citoyenneté ou au développement personnel. Au Québec, l’éducation à la santé est considérée comme une matière scolaire mais également transversale, associée le plus souvent à l’éducation physique et sportive.

L’école se trouve investie d’une mission qui a évolué depuis la fin du XIXème siècle  jusqu’à 1995 avec le Ministère de l’Education Nationale qui a donné un cadre institutionnel à l'éducation à la santé à l'école. Cette éducation considère une partie des leçons de morale jusqu’à parvenir aujourd’hui à une éducation préventive au niveau sanitaire. L’école prend tout son sens dans le besoin de l’égalité des chances, les conceptions sanitaires s’adressent à tous les élèves citoyens afin de leur garantir un capital santé et ce, dès la petite enfance (Leselbaum, 1997).

A l’école maternelle, période où les petits sont en plein apprentissage de la propreté, il est particulièrement intéressant de les sensibiliser à la santé. Que ce soit dans les moments quotidiens où ils échangeront avec leurs pairs et les adultes responsables de leur éducation ou encore dans les moments d’apprentissages sous forme de jeux ou de découvertes, les élèves seront dans l’approche des concepts sanitaires. A cet âge, ils demandent une attention particulière et sont enclins à la découverte du monde qui les entoure. Le rôle des enseignants et acteurs de l’école est de profiter de cette phase de découverte afin d’enrichir au mieux leurs connaissances et leurs habitudes sanitaires au sein d’une société qui n’est pas le reflet de leur famille sinon une société construite à l’école et donc différente en tout point de vue dans laquelle ils vont évoluer et confronter leur avis (Jourdan & Victor, 1998).En 2003, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) et la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) mettent donc à la disposition des établissements scolaires les moyens de faire passer l’information aux élèves surtout par le biais de supports pédagogiques (MEN, 2008). Salama (2002) trouve que l’enseignant proposant des jeux, des supports pédagogiques facilite l’apprentissage des concepts abstraits par une mise en pratique pour les jeunes élèves de maternelle.Notre étude a pour objet de montrer l’importance de l’apprentissage des concepts sanitaires par les enfants de la grande section à l’école maternelle via les des supports pédagogiques.

Une grande hypothèse guide cette recherche :

Dans des écoles maternelles de France et de Syrie, le niveau de compréhension des concepts sanitaires par des enfants en classe expérimentale (avec supports pédagogiques) est supérieur  à celui des enfants dans la classe témoin (sans supports pédagogiques). Deux variables proposés pour tester leur effet sur l’hypothèse générale.

 « L’expériences des enseignants » influence l’apprentissage des concepts sanitaires par les enfants dans les classes expérimentales en Syrie comme en France.  

 «Niveau de formation des enseignants » influence l’apprentissage des concepts sanitaires par les enfants dans les classes expérimentales en Syrie comme en France.

  1. Matrice théorique

Le cadre théorique de cette étude s’appuie notamment sur trois points essentiels : l’objet que l’éducation à la santé a créé en ce qui concerne le développement de l’élève à partir de l’apprentissage et la construction des savoirs (Simar, Jourdan Fitzgerald, 2012), le message que l’enseignant a transmis aux élèves pendant l’enseignement (Chevallard, 1991) et le moyen ou le support que l’enseignant a utilisé dans son cours.

1.1. L’éducation à la santé : quel rôle à jouer au milieu scolaire

Les textes officiels intègrent explicitement l’éducation à la santé dans l’enseignement.  Elle constitue une transversalité dans les programmes scolaires français et syrien. Sa mise en œuvre peut se faire par trois entrées: 1) le développement des compétences liées à l’autonomie, la confiance en soi, la responsabilité, la relation aux autres, à l’action, l’adaptation ; 2) l’hygiène quotidienne à l’école (passage aux toilettes, lavage des mains, goûter) ; 3) une sensibilisation aux problèmes de santé (rythmes, alimentation, hygiène) conduisant à l’élaboration de règles de vie simples (Jourdan & Victor 1998 ;  Jourdan, 2004a). L’école maternelle constitue le lieu privilégié où, par les missions qui lui sont confiées, les conditions d’enseignement et l’attention portée au bien-être de l’enfant, il est possible d’éduquer à la santé de façon globale. (Jourdan, 2010).

1.2. Enseignant et élève : quelle relation

Dans ce cadre, les rôles respectifs d’enseignant et de l’élève sont parfois difficiles à délimiter. En effet, l’enseignant doit pouvoir mettre en place un cadre didactique pour que l’élève s’approche du savoir enseigné. Tout en étant acteur et meneur, l’enseignant est amené à jouer un moindre rôle afin que l’élève puisse construire par lui-même son savoir et ainsi mieux se l’approprier. L’enseignant devra aussi anticiper les imprévus qui peuvent surgir à l’intérieur d’une classe. La gestion d’une classe et l’enseignement d’un concept demandent donc une préparation conséquente pour l’enseignant. A cette raison la tâche de l’enseignant n’est pas une tâche facile selon Develay :

La fonction de l’enseignant n’est pas d’enseigner, elle est de veiller à ce que les élèves apprennent. Pari difficile qui oblige à faire œuvre d’ingénieur pour éviter l’imprévu en envisageant a priori tous les possibles, en traquant l’aléatoire. Pari osé qui nécessite d’agir en sachant que l’imprévisible surgira forcément» (Develay, 1992, p.162)

1.3. L’importance des supports pédagogiques dans l’enseignement

Utiliser un support pédagogique, bien que ce ne soit pas obligatoire, tend à se rendre indispensable dans l’élaboration de l’enseignement. Ces supports se font de plus en plus familiers et présents surtout à l’ère des nouvelles technologies dans laquelle la société actuelle se situe. La réflexion didactique met en avant les différents supports que l’enseignant peut utiliser dans les différentes matières et les différents concepts qu’il veut aborder. L’enseignant devient « critique » puis « créateur » avant de se retrouver dans sa position plus habituelle de formateur (Blanchet, 2000). Al kala (1994) définit les supports pédagogique comme :

 Des moyens qui permettent de faire passer de l’information entre l’éducateur et l’éduqué, ces moyens aident l’éducateur à bien présenter son travail de façon intéressant et aident l‘éduqué à comprendre le message que l’éducateur transmet (Al kala, 1994, p.23). 

L’utilisateur de ces moyens se doit d’appréhender l’empreinte de son auteur, sa filiation conceptuelle et contextuelle, ses positionnements innovants. Au préalable, il connaît le public concerné, le champ pédagogique abordé, les objectifs de l’action, les moyens nécessaires- en temps, en argent, en compétences- et le rôle assigné à l’outil. L’expérimentation de l’outil doit vérifier l’adéquation du scénario pédagogique dans lequel s’inscrit l’outil et de ses objectifs. A ce propos Meirieu (1989) affirme que :

Les processus d’apprentissage sont au centre de toute pédagogie : Le rôle du formateur est de proposer, observer et réguler les activités des élèves. Pour cela, il doit choisir les méthodes pédagogiques qui lui paraissent le mieux appropriées pour attendre les objectifs fixés. Les méthodes pédagogiques mettent en œuvre des outils pédagogiques et des situations d’apprentissage » (Meirieu, 1989, p.146).

Ces trois points nous conduisent à préciser le chemin méthodologique emprunté dans cette étude.

2. Dispositif de recueil de données

Situation de la recherche : Sept écoles de  maternelle dans chaque pays (Syrie, France) situés dans des villes différentes.

Population de l’étude 

100 enseignants de maternelle sont répartis également entre les deux pays ainsi que les enfants de (5-6) dans quatorze écoles syriennes et françaises.

Outil de recueil de données 

D’un point de vue méthodologique, l’analyse quantitative du questionnaire a été réalisée pour les enseignants de maternelle afin de savoir :

Leurs opinions sur l’utilisation des supports pédagogiques dans l’enseignement des concepts sanitaires, leurs méthodes d’enseigner les concepts sanitaires, les difficultés  qu’ils déclarent rencontrer concernant l’utilisation des supports pédagogiques dans l’enseignement et leurs motivations et résistances pour enseigner les concepts sanitaires. La passation a eu lieu pendant trois mois. Cela a été réalisé entre le 12 janvier et le 10 avril 2010.

3. Principaux résultats

3.1. Comparaison entre la Syrie et la France selon les méthodes d’enseignement des concepts sanitaires.

L’analyse quantitative du questionnaire des enseignants dans les deux pays permet d’esquisser des éléments de réponse aux questions concernant les expériences des enseignants dans l’enseignement de maternelle ainsi que le niveau de leurs formations. Il semble que les enseignants français présentent une expérience plus longue avec un total de 30 années d’expériences contre 23 chez les enseignants syriens pour la population de plus de 4 ans d’expérience dans l’enseignement maternel. Par contre 43% des enseignants français ont une licence contre 30% des enseignants syriens qui ont le baccalauréat, 7% des enseignants français ont un diplôme éducatif contre 2% des enseignants syriens, c’est-à-dire que le niveau d’étude chez les enseignants français dans les écoles maternelles est plus important que chez les enseignants syriens. Le niveau de formations laisse voir une notable différence pour les enseignants En effet, tous les enseignants français possèdent un diplôme supérieur au baccalauréat contre 30 % des enseignants syriens qui en sont titulaires. De même, la formation en IUFM est plus présente pour les enseignants français même si elle n’est pas obligatoire. Plus de 30% des enseignants français ont suivi une formation en IUFM  pendant laquelle, durant une année, ils étaient professeurs stagiaires sous la tutelle d’un enseignant titulaire. Cette période de stage s’accompagne de pratique avec les élèves et de cours, assumés par le stagiaire. Le diplôme et le stage sont autant d’atouts pour la pratique auprès des enfants. Les enseignants syriens ont été à l’école normale ou à un stage d’apprentissage.

Au travers des données recueillis se dégagent et se dessinent les différentes méthodes ainsi que les supports utilisés. La majorité des enseignants dans les deux pays (plus de la moitié 48 à 61%) déclarent que les supports pédagogiques présentent un intérêt pour l’apprentissage des concepts sanitaires. Dans ce sens Al kala (1983), affirme que l’enseignement en maternelle via les supports pédagogiques augmente l’intérêt chez les élèves en tuant l’ennui dans la classe. Il apparaît que l’apprentissage extérieur des enfants est pris en compte par les enseignants, 42% des enseignants français déclarent que les parents sont acteurs de l’apprentissage des concepts sanitaires. Ce résultat est cohérent avec les résultats de (Jacques, 2004)

Si les parents sont tenus pour responsables de la conduite de leurs enfants, c’est qu’ils ont dans leurs attributions et dans leurs devoirs de les éduquer, de leurs enseigner les règles de la vie personnelles et de la vie en société. Cela donne une priorité absolue à la famille en matière d’éducation (Jacques, 2004, p.21)

Alors que les enseignants syriens 21% sont moins d’accord avec ce principe. L’avis est mitigé pour ce qui est du rôle des amis. 81% des enseignants interrogés dans les deux pays affirment le rôle de l’école et son importance dans l’apprentissage des concepts sanitaires via les activités scolaires. Pourtant, l’opinion des enseignants reste toutefois partagée quant au rôle des supports pédagogiques (36%). Les méthodes d’enseignement sont prises en compte par les enseignants dans les deux pays. Ils sont conscients du fait que l’école n’est pas le seul acteur de l’apprentissage des enfants même si l’école reste pour eux le lieu privilégié où les enfants vont parfaire leur apprentissage des concepts sanitaires par les activités scolaires.

3.2. Comparaison entre la Syrie et la France selon les supports pédagogiques utilisés pour l’apprentissage des concepts sanitaires.

Les enseignants français et syriens montrent une différence dans l’utilisation des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires. En effet, les enseignants français ont tendance à plus utiliser les matériels de classe et les jeux en plastique afin d’amener les élèves à la manipulation. Les magazines et les contes sont des supports écrits qui viennent en seconde position ainsi que les photos qui occupent la troisième place dans l’apprentissage des concepts sanitaires. Les livres sont moins utilisés par les enseignants français.

Les enseignants syriens s’opposent donc aux enseignants français dans l’utilisation qu’ils font des photos et des livres et auxquels ils accordent une place importante dans l’apprentissage des concepts sanitaires tous confondus. Il est à noter la présence des chansons chez les enseignants syriens et qu’on ne trouve pas du tout chez les enseignants français. Les magazines et les contes viennent également en seconde position pour les enseignants syriens. Il est à noter que dans les deux pays, les supports multimédia ne trouvent pas un grand écho dans l’apprentissage des concepts sanitaires. Le tableau ci-dessous montre la différence entre les enseignants dans les deux pays concernant l’utilisation des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires

3.3. Comparaison entre la Syrie et la France selon les problèmes rencontrés pour l’enseignement des concepts sanitaires.

Supports pédagogiques utilisés

France

Syrie

Hygiène corporelle

18% les matériaux de classe

16% les affiches

7% les contes

6% les photos, images et cartes

3% les livres

      18% les chansons

     16% les photos, les images   et les cartes

    16% les contes

Hygiène alimentaire

28% les jeux plastiques

14% matériaux de classe

7% des photos, images, cartes

1% livres

   25% des photos, images, cartes

  12% livres

  7% chansons

  3% vidéo

  2% jeux plastiques

  1% matériaux de classe

Concepts de l’environnement

L’eau, l’air, le bruit, les animaux et les plantes

16% matériaux de classe

14% magazines (wakou et wapiti)

14% contes

6% vidéo

  19% des photos, images, cartes

  16% magazines scientifiques

  11% livres

  4% supports multimédia

Tableau 1. Comparaison entre la France et la Syrie concernant les supports pédagogiques utilisés pour enseigner les concepts sanitaires

Le tableau comparatif au-dessous permet de constater que la réalité sur le terrain donne à voir des problèmes rencontrés autant dans la préparation des séquences que dans les possibilités économiques ou pratiques. En effet, les enseignants des deux pays se rejoignent pour pointer du doigt les mêmes problèmes.

Pour ce qui est des problèmes économiques, l’enseignant français comme syrien met en avant le manque de budget nécessaire, de vidéo projecteur et de branchement internet. Les nouvelles technologies doivent donc faire partie de l’enseignement selon les enseignants et permettre de faciliter l’enseignement des concepts sanitaires.

Pour ce qui est des problèmes administratifs, les enseignants s’accordent aussi pour parler de la quantité de papiers à remplir (plus de 20%) mais la majorité des enseignants syriens (70%) ne donnent pas de réponse quant à cette catégorie de problèmes. Ce qui laisse penser que ce n’est pas le problème primordial dans l’enseignement des concepts sanitaires.

Les problèmes d’espace permettent de regrouper les enseignants des deux pays. Les enseignants syriens comme français soulignent les problèmes liés à l’observation sur la nature, l’accès à des points d’eau et au manque de lieux adaptés et spacieux. Les enseignants français y ajoutent les problèmes d’espace de restauration et d’équilibre alimentaire. Les enseignants dénoncent donc des problèmes pratiques dans la mesure où les élèves ne peuvent pas vraiment se repérer et rendre concrets leurs apprentissages au sein de l’école vu le manque de structures adéquats.

Pour les problèmes de temps aussi, les enseignants des deux pays se rejoignent et indiquent que le temps de préparation des supports pédagogiques est assez long, celui pour l’aide individuelle est assez court et que le programme scolaire est trop chargé. Les enseignants français sont plus nombreux pour dire que le temps de préparation des supports pédagogiques est long alors que les enseignants syriens indiquent en plus de ces problèmes un temps imposé trop court pour enseigner un concept.

La comparaison entre les deux pays pour les problèmes d’enseignement des concepts sanitaires montre que les enseignants syriens et français ont la même opinion dans la pratique de cet enseignement et rencontrent les mêmes difficultés.

 

Les problèmes rencontrés

  • France
  • Syrie

Problèmes économiques

28% manque de budget nécessaire

10% manque vidéo projecteur

5% manque connexioninternet

  •  

7%sans réponse

24% manque budget nécessaire

10% manque vidéo projecteur

7% manque connexion internet

9% manque audio vidéo

 

Problèmes administratifs

23% beaucoup de papiers

 

27% ne donnent aucune réponse

10% beaucoup de papiers qui empêchent l’utilisation des supports pédagogiques

40% sans réponse

 

Problèmes d’espace

15% manque d’espace de restauration

12% l’équilibre alimentaire dans la cantine est très complexe

10% l’observation sur la nature est difficile

8% manque d’accès à des points d’eau

5% manque de lieux adaptés et spacieux

  •  
  •  

13% l’observation sur la nature est difficile

18% manque d’accès à des points d’eau

19% manque de lieux adaptés et spacieux

Problèmes de temps

28% temps de préparation des supports pédagogiques est assez long

14% le temps pour l’aide individuelle est assez court

8% programme scolaire est trop chargé

  •  

 

14% temps de préparation des supports pédagogiques est assez long

 

13% le temps pour l’aide individuelle est assez court

17% programme scolaire est trop chargé

 

6% temps imposé pour un concept est très court

Tableau 2. Comparaison entre la France et la Syrie concernant les problèmes rencontrés dans l’enseignement des concepts sanitaires

 Afin de développer l’utilisation des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires, 16% des enseignants français proposent de travailler en petits groupes d’enfants pour bien montrer les supports aux enfants. 20% sont divisés entre faire la cuisine et répertorier et diffuser des listes de supports classées/par genre, thème.

14% proposent de laisser un budget réservé à l’achat des supports pédagogiques et proposent beaucoup de sortie et de visite d’usine. En revanche 21% de la population syrienne affirment que réserver un budget à l’achat des matériels est important. 11% proposent la mise en place de locaux adaptés aux jeunes enfants. 16% sont partagés entre l’achat des jeux éducatifs concernant les concepts sanitaires et l’augmentation des sorties et des visites à l’usine. Le tableau au-dessous montre les propositions des enseignants dans les deux pays concernant le développement d’utilisation des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires.   

Les supports pédagogi-ques

Petits groupes d’enfants

Jeux éducatifs

Sortie

visite d’usine

Locaux adaptés

Faire la cuisine

Liste des supports classés

 achat des matériaux

Sans réponse

Total

France

16

0

9

0

10

10

5

0

50

Syrie

0

8

8

11

0

0

16

7

50

Total

16

8

17

11

10

10

21

7

100

Tableau 3. Propositions des enseignants pour développer l’utilisation des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires

4. L’impact des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires par les enfants

Deux classes par école ont été choisies, une classe témoin dans laquelle l’enseignant a fait les cours sans supports et une classe expérimentale où l’enseignement a été fait avec des supports pédagogiques. Cet impact a été mesuré au moyen de tests écrits destinés aux enfants des deux classes. Les tests d’apprentissage des concepts sanitaires ont été distribués directement après la séance d’enseignement de chaque concept. Chaque test comporte trois feuilles de travail et chaque feuille comprend une question à laquelle l’enfant doit répondre en utilisant des crayons de couleurs ou le crayon à papier. Un guide est mis à disposition des enseignant dans lequel la préparation de l’enseignement des concepts sanitaires avec ses démarche et ses supports.

L'analyse quantitative des tests des enfants menés dans le cadre de cette recherche a permis de souligner que les groupes expérimentaux ont fourni des résultats proches et assez semblables dans la moyenne même si parfois les écart-types sont plus importants dans un pays que dans l’autre. N’oublions pas toutefois que la France présente 12 élèves de plus en effectif que la Syrie 76/64, ce qui peut expliquer la différence dans les écarts-type. Par contre les groupes témoin ont montré des résultats proches dans tous les concepts ainsi que des écarts-types semblables et importants. Il y a donc une grande dispersion des notes pour l’apprentissage des concepts sanitaires. L’enseignement seul sans supports pédagogiques n’a pas suffi afin d’obtenir de meilleurs résultats. Les concepts « l’hygiène corporelle et l’hygiène alimentaire» ont posé plus de problèmes au groupe témoin syrien avec les écarts-types les plus importants tandis que pour la France, ce sont les concepts «  l’hygiène alimentaire». Il semblerait que le concept d’hygiène soit moins perceptible pour les groupes témoins sans supports pédagogiques. Les tableaux (4,5) expliquent l’idée précédente.

 

Groupe

N

Moyenne

Ecart-type

Erreur standard moyenne

France

Syrie

Témoin

176

6.3182

2.01449

.15185

Témoin

170

5.5176

3.08503

.23661

Tableau 4. L’hygiène corporelle chez les enfants français et syriens dans les classes témoin

 

Groupe

N

Moyenne

Ecart-type

Erreur standard moyenne

France

Syrie

Témoin

176

6.3580

2.66453

.20085

Témoin

169

6.5030

3.04162

.23397

Tableau 5. L’hygiène alimentaire chez les enfants français et syriens dans les classes témoin

 

4.1.Comparaison entre la Syrie et la France selon la variance « groupe, pays et l’interaction groupe pays »

Pour étudier l’influence des variables groupe, pays et l’interaction groupe pays. L’analyse de la variance sur chacune des 7 concepts (l’éducation d’hygiène, l’hygiène alimentaire, l’eau, l’air, les animaux, les plantes et le bruit) a été prise en considération. Nous observons que l’interaction n’est significative que pour le concept « l’éducation d’hygiène », elle ne l’est pas pour les 6 autres c’est-à-dire les supports pédagogiques ont joué un rôle important dans l’apprentissage de concept « l’hygiène corporelle » notamment en ce qui concerne les groupes et l’interaction entre groupes et pays. Le tableau 6 permet de visualiser l’impact significatif des supports pédagogiques selon les groupes et l’interaction group pays.

4.2.Tests des effets inter –sujet  entre les deux pays pour le concept l’hygiène corporelle

Source

Somme des carrés de type III

Ddl

Moyenne des carrés

D

Sig.

Modèle corrigé

1685.770a

3

561.923

118.550

.000

Ordonnée à l'origine

37862.156

1

37862.156

7987.857

.000

Groupe

1572.007

1

1572.007

331.650

.000

Pays

1.449

1

1.449

.306

.580

Groupe * Pays

136.495

1

136.495

28.797

.000

Erreur

3232.655

682

4.740

 

 

Total

42626.000

686

 

 

 

Total corrigé

4918.426

685

 

 

 

Tableau 6. L’impact significatif des supports pédagogiques concernant le concept l’hygiène corporelle selon les groupes et l’interaction groupe-pays.

D’après le tableau ci-dessus, pour le concept l’hygiène corporelle, les supports pédagogiques ont joué un rôle important notamment en ce qui concerne les groupes et l’interaction entre groupes et pays. Nous remarquons que le facteur « pays » ne présente pas de particularité pour l’utilisation des supports pédagogiques. Cela veut dire que dans les deux pays, les conditions d’enseignement étaient les mêmes : que ce soit au niveau de l’enseignant, de la gestion de classe, du local, du groupe classe. La figure en fichier jointe permet d’apercevoir l’impact significatif des supports pédagogiques selon les groupes et l’interaction groupe-pays.

La figure(voir le fichier jointe) montre que la France comme la Syrie a obtenu des meilleurs résultats dans leurs classes expérimentales que dans les classes témoins. La Syrie montre une grande disparité de notes entre celles de la classe témoin et celles de la classe expérimentale. Les supports pédagogiques ont donc un impact dans les deux pays avec une plus grande importance en Syrie. L’hygiène corporelle est mise en avant dans 10 thèmes différents sur 14 thèmes du programme syrien selon l’éducation national. Son contenu est riche en connaissances scientifiques, linguistiques, sociales et physiques. L’utilisation des supports pédagogiques a facilité la compréhension de ces connaissances qui sont en lien avec le concept l’hygiène corporelle. Par contre les résultats des enfants français dans le groupe témoin sont supérieurs à ceux de groupe témoin syrien. C’est-à-dire que la transmission des savoirs concernant le concept d’hygiène corporelle par les enseignants français est meilleure que celle des enseignants syriens. Cela justifie que la préparation des enseignants français dans l’enseignement de maternelle est meilleure que la préparation des enseignants syriens

Discussion

Afin de conclure, nous pouvons dire que les enseignants doivent pouvoir mettre en place des supports pédagogiques adéquats afin de répondre au mieux aux besoins d’explication et de clarification de ces élèves. L’utilisation de ces supports est admise par les enseignants au vu des résultats de notre questionnaire. De même, les enseignants prennent effectivement en compte les représentations des élèves construites de prime abord dans la famille et qui peuvent jouer un rôle dans l’apprentissage à l’école maternelle. Ce qui amène l’enseignant à penser l’organisation des apprentissages et l’utilisation des supports pédagogqiues qui permettra à l’élève d’être dans une situation d’apprentissage adapté à ses compétences et finalement d’arriver aux compétences attendues. Préparer de tels supports et donc donner du sens aux situations d’apprentissage demande une expérience et une formation non négligeables.

Au vu de cette étude et après analyse des résultats, il est apparu qu’effectivement, les classes expérimentales fournissaient de meilleurs résultats aux tests que les classes témoins qui présentaient des résultats dispersés. cette  étude a donc mis en évidence le rôle joué par les supports pédagogiques lors de l’enseignement des concepts sanitaires. Ces supports ont été un facteur déterminant et un appui dans l’enseignement.

Nous pouvons donc conclure qu’effectivement une différence se fait ressentir entre les deux pays au niveau de la méthode.

L’opinion des enseignants montre déjà une réalité méthodologique étant donné qu’ils approuvent la nécessité et l’importance des supports pédagogiques dans l’apprentissage des concepts sanitaires. De même, la diversité de ces supports permet une meilleure transmission des savoirs.

La différence entre les deux pays se traduit par l’utilisation des supports pédagogiques : que ce soit au niveau de leur conception ou de leur fréquence d’utilisation, les enseignants syrien et français proposeront des supports divers selon le concept. Nous pouvons donc constater une approche différente pour la transmission des concepts sanitaires. Cette différence se fait ressentir au niveau des résultats étant donné que le groupe expérimental à fournir de meilleurs résultats que le groupe témoin grâce aux supports pédagogiques. Il apparait donc que le choix de l’enseignant par rapport aux supports, même si cela reste très subjectif, permet d’améliorer l’apprentissage des élèves.

Cette différence est de plus marquée par les années d’expérience et la formation des enseignants. En effet, les premières années d’enseignement pour un professeur nouvellement nommé sont difficiles car les méthodes, les supports sont divers et abondants. La formation permet déjà de savoir où mettre les pieds et ne pas se rabattre sur n’importe quelle méthode ou support trouvé à la hâte. La formation permet d’avoir un œil critique sur le travail d’autrui même si cela semble correspondre à l’objectif fixé par l’enseignant. L’expérience par la suite permettra à l’enseignant d’adapter et même de créer son propre support afin de correspondre aux attentes des élèves et de répondre à l’objectif posé. L’expérience comme la formation jouent un rôle dans la transmission des savoirs et surtout dans l’utilisation des supports, ce qui peut marquer la différence entre les groupes témoins et expérimentaux.

Les difficultés ne s’effacent pourtant pas avec l’expérience et la formation. Cela se traduira surtout pour les enseignants syriens par un problème de temps et de matériel pour préparer le cours sur des concepts abstraits alors que les enseignants français posent plus le problème des petits groupes d’enfants à réaliser afin d’avoir une meilleure communication.

Les tests passés aux enfants sont révélateurs dans la mesure où l’élève réinvestit ce qu’il a appris et on peut alors évaluer s’il a ou non acquis les concepts enseignés en classe grâce aux supports pédagogiques.

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152: Le rôle des supports pédagogiques dans l’acquisition des concepts sanitaires par les enfants de 5 à 6 ans dans les écoles maternelles

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